Le quatuor Bela a présenté des œuvres de compositeurs contemporains, Francesca Verunellli, Robert Pascal et Henri Fourès dans le cadre de la Friche de la Belle de mai. C’était le 20 févier 2024, et c’était le deuxième spectacle d’un cycle de concerts de musique contemporaine qui s’étant jusqu’au mois de mai.

C’était la première fois que nous allions à la friche de la Belle de mai, une bonne heure de route depuis chez nous, un peu plus un soir d’embouteillage. Nous sommes arrivés en passant par la rue sous l’autoroute. L’éclairage public jetait une lumière blafarde, on pouvait se croire Popeye dans « French Connection » et je m’attendais à apercevoir Marcel Bozzufi derrière un mur décrépi ou tagué. Les scooters nous frôlaient de tout coté. Les livreurs se croyaient Daniel au début de « Taxi ». Nous devons éviter une trottinette électrique qui prend la rue à contre-sens.

Nous arrivons à la friche de la Belle de Mai. Un endroit raccord avec ce que nous venons de traverser. Le décor est grandiose. C’est une ancienne usine de tabac reconvertie en centre multiculturel. La cours d’entrée est couverte de tags et donne sur un garage de rames ferroviaires. Les anciens bâtiments sont immenses, percés de fenêtres et de portes. Il faut parcourir escaliers et coursives pour arriver à la salle de concert.

La salle est pleine à craquer. Le quatuor est pourtant une forme assez aride de de la musique classique, et l’art contemporain a parfois la réputation d’incommunicabilité. Mais un public fervent se presse dans la salle et écoute le compositeur Henri Fourès présenter le programme, avant l’entrée du quatuor.

L’œuvre de Francesca Verunelli, une création de l’année ouvre le concert. Elle est faite de frottements, de glissades, de tapotements sur les cordes. On croirait entendre des souris courant dans un grenier, ou des passereaux piaillant dans un ciel vide.

Le programme enchaine sur Obscure Lumière une pièce de Robert Pascal. Elle a été composée en mémoire des victimes du camp des Milles, en référence à l’Hymne des Milles composé en 1939 par Adolf Siebert alors en détention au Camp des Milles. C’est une pièce courte, énergique, exécutée par furia par le Quatuor Bella. Les cordes sonnent, chantent sous les doigts des concertistes.

Et voici un Bel éclair qui durerait une œuvre d’Henri Fourès. Les cordes des musiciens dialoguent avec Jean Geoffroy, un percussionniste qui s’agite en tout sens, change de position, modifiant sans arrêt le dispositif scénique tout en tapant avec ses mains, ses baguettes, ses mailloches sur des instruments de bois ou de métal. Le son de tous les instruments est ensuite repris, modifiés par l’électronique. On ne sait si le percussionniste joue ou s’il fait danser ses doigts dans la lumière. Après les deux premières pièces, incisives mais austères, la musique s’étant en des diaprures chatoyantes, multisonores comme on dirait multicolores.

Voila, le concert est terminé. Nous repartons dans l’ennui du quotidien, la misère des problèmes au travail. Mais un instant, la musique nous a rechargé les batteries, nous respirons mieux, les poumons regonflés, nous sommes comme Thelma et Louise, dont la Thunderbird s’envole dans la lumière du Grand Canyon.

Pour en savoir plus

Le GMEM qui organisait ce concert propose des concerts les troisièmes mardis du mois à la Friche de la Belle de Mai, et un dimanche par Trimestre à l’Opéra de Marseille. Suivez le lien pour voir le programme Modulation.