La 41e édition du festival Art Rock a tenue toutes ses promesses grâce à l’éclectisme de sa programmation qui a fédéré pendant trois jours près de 82.000 festivaiers sur plusieurs générations autour des concerts, expositions, spectacles
Depuis notre première fois en 2018 à l’occasion de l’édition Let’s Dance, nous prenons désormais nos quartiers à Saint-Brieuc chaque année durant le week-end de la Pentecôte, pour couvrir le festival indépendant Art Rock. Il n’était pas question de louper cette 41e édition qui fait rentrer de la plus belle des manières Art Rock dans sa 5e décennie. Le festival qui s’est déroulé du 17 au 19 mai dernier a démarré sous les chapeaux de roues avec les concerts de la Grande scène et de la scène B qui affichaient complets depuis plusieurs semaines, pour s’achever sur un très beau score de 82.000 personnes.
Objectif 5e décennie
Le vendredi 17 mai, une heure avant le top départ de la 41e édition, le ciel qui menaçait de sévir à nouveau après les averses de l’après-midi, a commencé à se dégager laissant présager une météo estivale sur l’ensemble du week-end. Les nuages chargés de pluies ont laissés la place au soleil qui a mis son plus beau costume coloré pour accueillir les premiers festivaliers qui s’élancent vers la grande scène dans un semi marathon. Ils seront aux premières loges pour applaudir « la femme chocolat » à qui revenait l’honneur d’ouvrir cette 41e édition du festival, 17 ans après son dernier passage à Saint-Brieuc. Sans « paniquer », elle a fait le job sans que le public soit vraiment obligé de se mouiller le derrière.
C’est à se demander si le public, composé en majorité de jeunes ados en ce début de soirée, a conscience qu’il est bénis par les dieux ? Le festival Papillons de Nuit, qui se tenait à seulement 200km de Saint-Brieuc a dû annuler ses deux dernières soirées à cause de la météo, « on est passé à travers les gouttes… » reconnaîtra la directrice du festival Carol Meyer lors de la conférence de presse bilan le dimanche 19 mai. Sur les plus de 70 artistes et formations programmés sur les différentes scènes du festival, il y’en avait pour tout les goûts et pour toutes les générations. Comme celle massée devant le jeune stéphanois Zed Yun Pavarotti en ouverture de la scène B le vendredi. Le crooner, clope à la bouche et bière dans une main, s’est révélé être un vrai showman avec sa performance qui a bluffé plus d’un. C’est d’ailleurs sur ses conseils qu’on assistera au show de The Libertines le même soir sur la Grande scène.
Un public en haut de l’affiche
La bienveillance du public de cette édition était teintée de « Love et de tendresse » comme l’a fait remarquer Eddy de Pretto dans une vibrante prestation à la suite du show époustouflant d’Etienne Daho. Le public de cette édition a donné de la voix que ce soit avec le registre empreint de mélancolie de Luidji dont il connaissait les paroles par cœur ou encore le samedi devant l’entrée, où la file d’attente n’en finissait plus. Certains ont regretté de ne pas être devant la révélation Yamê qui a charbonné en ouverture de la grande scène ce jour-là, en revenant notamment à ses débuts avec la jam session qui l’a rendu célèbre sur TikTok.
Le public a également fait corps avec Clara Ysé en ouverture de la scène B le samedi, mais Hoshi nous appelait de l’autre côté de la Grande scène où on avait besoin de tout l’amour que pouvait nous offrir son grand Coeur de parapluie afin de poursuivre cette aventure. Alors nous avons rejoint le public fou qui dansait avec elle dans une communion qui restera comme l’un des moments forts de cette édition. Car elle est comme ça Hoshi, elle rassemble tant avec sa musique que par les causes qu’elle défend. Le drapeau arc-en-ciel en écharpe, c’est en cœur avec le public qu’elle a fait un doigt d’honneur à tous les discriminations en interprétant « amour Censure ». Moment de profonde émotion avec « Marcel », le titre en hommage à son grand-père qui la fait toujours fondre en larmes sur scène. Heureusement que le public est là pour la soutenir et surtout le public breton qui reste inégalable à ce sujet.
La foule ne bougera pas trop devant la grande scène en attendant le nouveau live du groupe anglais Morcheeba et surtout le phénomène Zaho de Sagazan déjà présente sur la scène B l’année dernière, qui a fait semble-t-il, forte impression.
Saint-Brieuc est une fête
On s’était toujours demandé à quoi ressemblait la ville de Saint-Brieuc en dehors du rendez-vous annuel de son festival d’amour le week-end de la Pentecôte ? On ne le saura peut-être jamais, mais durant cet événement festif, les briochines et briochins savent recevoir et donner. Le festival a été marqué par de grands rendez-vous en plein air comme au par de la préfecture, ouvert pour la deuxième année consécutive et prouvant qu’on peut profiter du festival autrement. L’association entre le festival Art Rock et la RAPT autour d’une programmation d’artistes du métro et en hommage au créateur du métro Fulgence Bienvenüe, tient toujours ses promesses. Le public pouvait ainsi profiter gratuitement durant les 3 jours du festival, des concerts de la Place de la Résistance transformée en place du village pour l’occasion, tout en se régalant des fins mets des chefs de Rock’n toques. Mention spéciale pour le concert des Nus qui a drainé un monde fou sous le chapiteau le dimanche.
Les rues étaient animées du début d’après-midi jusqu’au petit matin avec les différents dj set dans les bars et les concerts de rue. C’est ainsi qu’on a pu faire la connaissance de l’ancien marin reconverti en musicien Soyez comme l’eau. Le « gauchiste » comme il se présente propose une musique à l’image de l’eau, plus calme qui peut donner des remous en mer, comme « L’affable » écrit pour sa fille ou encore « Douvres », chanson d’ouverture. Le tout devant le poissonnier du coin (Flomer) et un mec en bottes de marin qui connaît les paroles par cœur. De l’autre côté sur la Place de la grille, plus de cinquante portraits en grand format sont accrochés à des panneaux et font la joie des passants.
Le Daho Day
À Saint-Brieuc, le chanteur rennais Étienne Daho est comme au bercail où il est très heureux de revenir. C’est ce que laisse entendre la principale tête d’affiche de cette édition dans ses premières déclarations à l’endroit du public. Son déhanché fait toujours autant mouche derrière des lunettes noires qui font corps avec son cuir quand vint le moment de revisiter son répertoire que le public chante en cœur. Pour cette 41e édition, le festival a proposé une carte blanche au dandy de la chanson française qui a composé la programmation du dernier jour et ainsi ramener dans ses bagages des artistes qu’il a précieusement sélectionnés. Une carte blanche que le dandy a dédié à son ami Frank Dorcel, le cofondateur et guitariste hors norme de Marquis de Sade mort en mars dernier.
La majorité des artistes que Étienne a sélectionné pour cette carte blanche a déjà ouvert pour lui en concert, que ce soit le trio rock Unloved ou encore le duo électro pop Global Network qui a travaillé sur plusieurs titres de son dernier album Tirer la nuit sur les étoiles. Ils sont tellement mignons tous les deux devant leurs machines sur cette scène trop grande pour eux qu’on leur pardonne leur improvisation totale et le yaourt sur des titres jamais joués en concert. Tandis que Lou Doillon revisite son album Places en bonne place sur la grande scène, on fonce au Grand Théâtre où Mathilde Monnier donne la dernière des deux représentations de son nouveau spectacle Black Lights inspiré par la série télévisée choc H24. Il faut s’accrocher pour ne pas jeter l’éponge dès le monologue d’ouverture, heureusement que ses élèves, et leurs apartés très bien maîtrisés, convainc beaucoup à prolonger le plaisir.
Et le rock dans cet Art ?
Les plus nostalgiques reprochent au festival Art Rock d’avoir cédé à la mode actuelle en privilégiant la musique urbaine au détriment du rock. Pourtant il y’avait de quoi se mettre sous la dent pour les amoureux de la musique qui tache. C’est ainsi que nous avons suivis le conseil de Zed Yun Pavarotti qui nous exhortait à ne pas louper le meilleur groupe de l’histoire en parlant de The Libertines. Armé de leur dernier album All Quiet on the Eastern esplanade, le mythique quatuor britannique emmené Peter Doherty et Carl Barat a fait mouche dès l’entame sur « Up the bracket », du nom du premier album sorti en 2002, jusqu’au final sur « Don’t look back into the sun« . Il est loin le temps de la mésentente qui a entraîné autrefois la séparation des deux compères quand on les voit feignant de s’embrasser devant le micro qu’ils partagent. Plus connu pour sa consommation d’héroïne et ses démêlés judiciaires que pour sa musique, le sulfureux chanteur britannique Peter Doherty a mis sa mauvaise réputation de côté pour offrir des moments chargés d’émotions au public. Qu’on l’aime ou le déteste, il a ce petit truc en plus devant lequel on ne reste pas insensible. D’ailleurs le documentaire Peter Doherty : Strange in my now skin qui vient de sortir revient longuement sur son combat contre l’addiction aux drogues dures.
La salle du forum n’est pas en chantier, mais les membres de Ditter ont entrepris de grands travaux sur sa scène lors de leur passage le samedi 18 mai où il était question de Me Money & Politics, leur nouvel EP sorti en février. Pour le trio « Everything is politic » comme le rappellera très nerveusement la chanteuse entourée de ses deux comparses prêts à se jeter dans la fosse avec leurs instruments. Deux heures plus tard, ça pogotait à n’en plus finir dans la fosse où le rock énervé du quintet Fat Dog et ses mélodies entraînantes faisaient des dégâts. Pour nous qui ne sommes pas très rock, on a pris une claque devant ses anglais et la voix puissante de leur chanteur charismatique.
La nuit était électro pop
Transformer la fosse de la grande scène du festival Art Rock en club géant Julien Granel l’a fait et ça tombait bien, puisqu’on était un vendredi soir, ou plutôt dans la nuit de vendredi à samedi dernier. Sa cool attitude et son univers électro house ont mis les paillettes dans les yeux du public. Une soirée feel good durant laquelle il a joué un titre inédit « sunlight » et retourné la scène (au sens propre) jusqu’aux coups de deux heures du matin. Une heure plus tôt, entre deux crêpes d’Helene et Jules, on assistait à la fin du set électro pop de la clermontoise Romane Santarelli en clôture de la scène b. C’est sur cette même scène que l’Australienne Sam Quealy envoûtera le public avec ses chansons érotiques et une présence scénique olé olé qui en a détendu plus d’un dans la foule.
On ne sait pas comment s’est débrouillé Flavien Berger avec sa performance live sur la scène b? mais nous on a préféré terminer cette édition mémorable dans le monde hypnotique d’Irene Dresel. Son tapis de fleurs donnent un air joyeux à cette grande scène qui ouvre grand ses bras pour accueillir la première femme récompensée pour le César de la meilleure musique de film en 2023. Mais Irène n’est pas du genre à dormir sur ses lauriers, même si ce soir on n’est pas sur la Croisette, c’est « À plein temps » et vêtue d’une robe au blanc immaculé, qu’elle se consacrera au public pour lui offrir une techno colorée à l’image de son dernier album Rose Fluo. Et c’est sur cette ambiance colorée que nous remontons l’ancre en se donnant rendez-vous les 6, 7 et 8 juin 2025 pour la 42e édition.

Les commentaires sont fermés.