Placé sous le signe de la liberté, la scène Zebrock – Nina Simone a célébré cette année ses 20 ans de partenariat avec la fête de l’Humanité au cours de sa 89e édition qui s’est déroulée du 13 au 15 septembre dernier. Au menu des festivités Thérèse, Mademoiselle, Alice Animal ou encore Voyou
Depuis deux décennies, la scène Zebrock illumine la Fête de l’Humanité, mettant en avant des artistes engagés et des valeurs humanistes. Cette année, sous le signe de la liberté de création et en résistance aux pressions idéologiques, Zebrock a une fois de plus prouvé sa pertinence et sa force.
Avec une affiche pensée par Edgar Garcia, fondateur de Zebrock, pour sa dernière année avant une retraite bien méritée, des artistes comme Mademoiselle, Alice Animal, Thérèse, et Voyou ont porté haut les couleurs de la scène. Une célébration de l’éducation populaire et de la musique comme outil de médiation, dans la lignée de 30 ans d’accompagnement artistique.
Une édition marquée par la détermination à penser, agir et créer librement, un véritable acte de résistance face aux vents contraires. Vive la scène Zebrock et ses valeurs intemporelles !
Mademoiselle chante le blues oriental
Alors que l’on commémorait les six ans de la disparition de Rachid Taha, la scène Zebrock Nina Simone a vibré au son d’un hommage poignant. Le trio Mademoiselle, composé de Rodolphe Burger, du maître du oud électrique Mehdi Haddab, et du ténor du Raï Sofiane Saïdi, a transporté le public avec son “Raï’n’roll”, mélange audacieux de Raï, électro et rock. Sur des textes mêlant français et arabe, ce blues oriental puissant a fédéré les spectateurs autour de l’héritage engagé et inoubliable du leader de Carte de Séjour. Portée par la voix frémissante de Sofiane Saïdi, les solos envoûtants de Mehdi Haddab et le chanté-parlé de Rodolphe Burger, cette prestation a été une véritable ode à la liberté, à la fusion des genres et à l’esprit de Rachid Taha. Un moment inoubliable, empreint d’émotion et de puissance musicale.
Alice Animal, immaculée explosive
Samedi dernier, la scène Zebrock-Nina Simone a vibré au son explosif de Alice Animal, chanteuse et guitariste connue pour son énergie rock’n’roll. À peine 24 heures après la sortie de son nouveau single « À quoi tu joues », et quatre ans après son premier album Tandem, Alice a offert un show électrique, entourée de ses deux musiciennes dans une configuration trio girl power.
Vêtue de blanc immaculé, guitare électrique en main, elle a littéralement ensorcelé l’assistance, comme portée par une énergie animale qui traversait la foule. Un moment puissant et captivant, malheureusement trop rare en cette journée anniversaire, où elle était la seule femme à l’affiche. Alice Animal a prouvé une fois de plus qu’elle est une force incontournable de la scène rock actuelle.
Thérèse, six ans plus tard
Dimanche dernier, Thérèse a marqué les 20 ans de la scène Zebrock à la Fête de l’Humanité, six ans après avoir été lauréate du Grand Zebrock avec son duo La Vague. Pour ceux qui suivent son parcours depuis ses débuts, ce retour était un moment à ne pas manquer.
Portée par son premier album, L’attente, dévoilé en mars dernier, Thérèse a livré un concert à la fois intime et puissant, fidèle à son talent de conteuse passionnée. Parmi les morceaux marquants, « Mala Diva » a touché le public en plein cœur, une chanson dans laquelle elle partage son rapport à la maladie et l’épreuve bouleversante de sa greffe de foie, suite à une polykystose hépatorénale héréditaire.
Entre émotions palpables et résilience, Thérèse a offert un témoignage poignant, célébrant la vie tout en rendant hommage à son incroyable cheminement. Une artiste qui ne cesse de se réinventer et d’inspirer.
Jamais seule sur scène, Thérèse peut compter sur son complice et alter ego Adam Carpels, producteur et trompettiste, qui sublime ses textes avec des arrangements incisifs et une intensité palpable. Ensemble, ils ne forment qu’un, notamment sur « No Right Time », un titre chargé d’un message d’espoir, invitant à apprivoiser peurs et traumatismes.
Au cœur du set, Thérèse bouscule et captive : « Si j’étais un homme j’s’rais déjà Orelsan… » lance-t-elle avec nervosité en interprétant « Shonen », mais il ne fait aucun doute que sa singularité dépasse les comparaisons. Sur scène, elle incarne une artiste entière, libre et engagée, que le public préfère justement pour ce qu’elle est.
La conclusion arrive en apothéose avec « Toujours trop », une lettre de rupture percutante à un système oppressif. Ce titre fédérateur embrase la foule, chacun s’abandonnant à l’énergie libératrice, en écho au combat contre les discriminations. Avec sa musique à la fois sensible et militante, Thérèse continue de nous envoûter et de nous inspirer. Une artiste inclassable pour qui la liberté et l’engagement sont autant de moteurs qu’elle porte avec une intensité rare. Et c’est tant mieux.
Voyou, pas si seul
Pour terminer en beauté les 20 ans de la scène Zebrock, le chanteur pop lillois Voyou (alias Thibaud Vanhooland) a su faire vibrer la foule une dernière fois dimanche soir. Tandis que Calogero occupait la scène Angela Davis, Voyou offrait à Zebrock un moment suspendu, porté par les mélodies syncopées et les textes empreints de mélancolie de son troisième album, Les royaumes minuscules.
Avec une aisance naturelle et sans se prendre au sérieux, il a tissé un lien chaleureux avec le public, naviguant entre percussions, guitares et basses, tout en explorant des sonorités soul et jazz issues de son dernier EP, Seul. Un contraste saisissant avec le titre de ce projet, puisque la pochette rassemble douze “voyous” fringants, incarnant son univers collectif et vibrant.
Voyou a prouvé, une fois de plus, que la musique est un puissant vecteur de connexion et d’espoir, clôturant cette édition anniversaire de Zebrock sur une note lumineuse et engagée. Une fin parfaite pour un week-end riche en émotions et en créativité.
