Dans son nouvel album Letters, Tiphanie Doucet dévoile une série de chansons intimes, telles des lettres ouvertes où se mêlent douceur et vulnérabilité. Un opus émouvant qui invite à la confidence et à la contemplation, et dont elle se fait la meilleure ambassadrice. Rencontre !

Dans une époque où la musique est souvent un écho amplifié de l’agitation du monde, Tiphanie Doucet fait le choix de l’introspection et de la délicatesse. Son nouvel album, Letters, est un projet d’une rare sincérité, une collection de morceaux qui semblent être des lettres écrites à soi-même, à ceux qu’on a aimés et peut-être perdus en chemin. Un opus folk teinté d’indie et de soul qui invite l’auditeur à entrer dans un univers personnel, entre douceur et vulnérabilité. Plus qu’une simple collection de chansons, Letters est une plongée dans les pensées et les sentiments de l’artiste, une exploration de ses propres fragilités et de ses forces, qui résonne comme une confidence.

Dès les premières notes, on est frappé par la finesse de la voix de Tiphanie Doucet qui est une constante invitation à plonger dans les profondeurs de ses récits, une voix fragile mais puissante qui se teinte de nuances éthérées, et explore des thèmes personnels avec une émotion brute. En somme, avec Letters, Tiphanie Doucet nous livre une œuvre magistrale d’émotion et de délicatesse. Un album qui se ressent plus qu’il ne s’écoute, et qui révèle une artiste à la fois sincère et profondément humaine, avec qui on a pris plaisir à discuter, dans le showroom où elle se préparait à en direct.

Qu’est-ce qui t’a poussé à devenir auteur-compositeur et à faire de la musique ?

Tiphanie Doucet : C’est venu assez naturellement. J’ai intégré une école de comédie musicale à New York, où j’ai rapidement été sélectionnée pour un spectacle. Là-bas, le processus est très intense : on passe des auditions, et si on est retenu, on se produit dans des théâtres de plusieurs États. Un jour, j’étais dans un théâtre du Wisconsin avec beaucoup de temps libre, ce qui m’a donné envie de réapprendre la guitare. Je l’avais déjà tentée plusieurs fois sans persévérer. À ce moment-là, je regrettais de ne pas l’avoir prise avec moi. Heureusement, deux filles de la troupe, qui vivaient à côté, m’ont prêté une guitare. J’ai alors commencé à composer.

Quand je suis retournée à New York, j’ai repris le rythme : scènes ouvertes, open mics… Au début, c’était intimidant, on me demandait de rester debout alors que je voulais m’asseoir. Ces moments de malaise m’ont poussée à m’entraîner, d’abord dans ma chambre, puis dans la rue, pour m’habituer au regard des passants. Le contact direct avec le public a été une révélation : j’étais simplement moi-même, sans personnages. C’est là que j’ai compris que je voulais faire ça pour de bon.

J’ai continué à écrire, à jouer dans des restaurants, puis j’ai enregistré un premier album avec des artistes extraordinaires à New York. J’ai envoyé une démo à un producteur, qui m’a invitée à Woodstock pour enregistrer deux chansons, et finalement, on a fait un album complet. C’est à ce moment-là que j’ai vraiment décidé de me consacrer à ma propre musique, en laissant la comédie musicale de côté.

La musique, c’est un univers dans lequel tu as baigné depuis l’enfance ?

Petite, j’ai commencé par la harpe. C’est curieux, personne ne sait pourquoi, mais j’étais attirée par cet instrument. J’ai toujours été entourée de musique, même si je n’ai pas commencé par le chant, car entre la harpe, la danse et le solfège, c’était déjà beaucoup. J’ai aussi appris un peu de piano, et bien sûr, tenté la guitare plusieurs fois avant de laisser tomber. La musique a toujours été là, comme un fil rouge dans ma vie.

(C): Aerodroner

Ton nouvel album, Letters, est sorti récemment. Quelle a été son inspiration initiale ?

Au départ, Letters devait être un simple EP, mais il s’est transformé en album. Sa création s’est étalée après le Covid, une période où j’ai recommencé à jouer de la harpe et à produire mes morceaux moi-même. Cet enthousiasme m’a amenée dans tous les sens, d’où le temps pris pour le finaliser. Je cherchais à exprimer ce que je ressentais, mais j’étais influencée par des tas de choses, comme mon retour en France. Ici, l’approche de la musique est très différente des États-Unis. J’ai aussi ressenti la pression des réseaux sociaux, où on nous dit constamment de poster, de produire du contenu parfait.

À un moment, j’ai décidé de lâcher prise en publiant des poèmes sous forme de lettres sur Instagram. J’ai partagé une première lettre sur les difficultés que je ressentais, et la réaction des gens m’a énormément touchée. C’est ainsi que j’ai eu l’idée d’appeler l’album Letters, car chaque chanson est devenue comme une lettre adressée à quelqu’un ou quelque chose de significatif.

Toutes ces lettres, tu les as vraiment envoyées ou elles sont restées privées ?

Non, elles sont restées des écrits personnels, des confessions que je n’ai jamais envoyées.

La chanson-titre Letters s’adresse-t-elle à quelqu’un en particulier ?

Letters, c’est une lettre ouverte pour ceux qui écoutent l’album. J’y ai glissé des paroles de plusieurs chansons, comme un clin d’œil. À l’époque, l’album n’était pas encore achevé, donc il n’y a pas tous les titres. J’y parle aussi de mes doutes, notamment sur les arrangements, et cela fait écho aux remarques que j’ai pu recevoir. En France, par exemple, on me dit parfois que ma musique est “trop jolie” ou “trop lisse”. Aux États-Unis, quand c’est joli, les gens apprécient sans cette réserve.

(C): Anthony passant 

Il y a des lettres qui revêtent une importance particulière pour toi, comme celle à ton père ?

Oui, la lettre à mon père est particulièrement importante, surtout qu’il est décédé entre-temps. Mon père avait un caractère très fort, il m’a toujours encouragée à viser plus haut, parfois maladroitement. Avec le recul, je comprends certaines de ses critiques, même si elles étaient difficiles à entendre. Cette chanson a émergé alors que je me posais des questions sur une rupture amoureuse, et j’ai réalisé que mes blessures venaient davantage de ma relation avec mon père.

Et la lettre à un ex ? Notamment celle qui a inspiré « Toi et moi je ne sais pas » ?

Ah, celle-là ! « Toi et moi je ne sais pas » c’est un clin d’œil aux histoires de “dating” à l’américaine, où il faut “officialiser” une relation pour être vraiment en couple. Ça m’a toujours amusée et, en même temps, ça m’a parfois rendue folle ! J’ai vécu des situations où on ne sait pas trop où on va dans une relation, et ça m’a inspiré la chanson. L’idée de départ vient d’une anecdote : je partais en week-end avec un garçon que j’aimais bien, je pensais que quelque chose se passerait… et en fin de compte, rien ! Il m’a juste dit au revoir sur le pas de la porte. J’ai voulu lui dire ce que je ressentais, mais je n’ai jamais osé. « Toi et moi je ne sais pas » raconte cette frustration de ne pas être sur la même longueur d’onde.

Certaines lettres ont été plus difficiles à écrire que d’autres ?

Les difficultés étaient surtout du côté des arrangements. Pour les chansons en français, j’avais cette crainte que ce soit perçu comme “trop lisse” ou “trop romantique”. Les gens en France sont parfois sceptiques quand la musique est très “jolie”. Après, d’autres morceaux se sont imposés plus naturellement.

(C): Deborah S 

Tu chantes en français et en anglais. Comptes-tu privilégier une langue à terme ?

Je ne décide pas vraiment. Le choix de la langue est très spontané. J’ai même parfois deux versions de la même chanson, en anglais et en français. Ce bilinguisme me définit : je pense dans les deux langues, et les mots viennent comme ça, sans que j’aie besoin de choisir.

As-tu reçu des premiers retours sur Letters ? Les gens se reconnaissent-ils dans les chansons ?

Oui, et ça me touche beaucoup. Les gens me disent souvent que les chansons les émeuvent, particulièrement la première, qui est un poème. Certains m’ont dit : « J’aurais pu dire ça moi-même », ce qui est le plus beau compliment possible.

Enfin, comment perçois-tu ta place en tant qu’artiste, maintenant que tu es de retour en France après avoir vécu aux États-Unis ?

Je me sens parfois un peu perdue ici, surtout pour trouver des dates de concerts. Le circuit est plus fermé qu’aux États-Unis, où l’on ressent une réelle ouverture, même quand on est un artiste indépendant. Malgré tout, je suis déterminée à me faire une place en France. Je sais que j’ai quelque chose à apporter, et je suis prête à avancer, un pas après l’autre. Pour moi, la France et les États-Unis se complètent : j’aime l’ouverture et le soutien que j’ai trouvés là-bas, mais j’ai aussi beaucoup de choses à partager ici.