À l’aube de la sortie de son nouvel EP prévu en 2025, Lulu Gainsbourg nous livre un regard captivant sur ses inspirations, ses défis, et son chemin unique dans l’univers musical.

Lulu Gainsbourg, fils de la légende Serge Gainsbourg, trace aujourd’hui son propre chemin dans l’univers musical. À 38 ans, cet artiste aux multiples facettes annonce un nouvel EP pour 2025, après avoir expérimenté différents styles et projets tout au long de sa carrière. Bien plus qu’un simple « fils de », Lulu cherche à affirmer son identité musicale unique, tout en explorant des thèmes variés, du poids de l’héritage familial à l’impact de l’intelligence artificielle sur la création artistique. Dans cette interview, il se confie sur ses inspirations, ses défis personnels, et ses ambitions pour l’avenir, tout en partageant sa vision du rôle de l’émotion et de l’humain dans l’art.

(C): Sarah Makharine

Salut Lulu ! On vient d’apprendre que la sortie de ton nouvel EP est reportée …

Lulu : Oui, c’est ça. L’EP est prévu pour courant 2025. On parle peut-être de mars, mais ce n’est pas encore sûr. On préfère ne pas trop annoncer de dates pour le moment.

En attendant, tu viens d’en dévoiler un extrait

Lulu : Oui, avec Elle, le premier single.

Un titre qui évoque l’intelligence artificielle. Quelle est ta position sur ce sujet ?

Lulu : Oui, ça titille un peu l’intelligence artificielle. En fait, la chanson reflète ma façon de voir les choses. L’IA a du bon, c’est sûr, notamment dans le domaine médical où elle peut faire avancer des choses incroyables. Mais, comme une pile, elle a un côté positif et un côté négatif. Le revers de la médaille, c’est que l’IA risque de remplacer beaucoup de métiers, y compris des artistes. Pour moi, la définition d’un artiste repose sur l’émotion, sur une sensibilité humaine unique. Et ça, une machine ne peut pas le reproduire. Si on laisse l’IA tout faire, on perd cette essence, cette touche humaine qui donne vie à l’art.

Tu parles de risques, mais est-ce que toi, en tant qu’artiste, tu es prêt à prendre des risques dans ta création ?

Lulu : Bien sûr, prendre des risques fait partie de la vie. Rien n’est garanti. Mais c’est important d’en parler, surtout à notre époque où l’IA est en plein essor. On ne peut plus faire comme si elle n’existait pas. Le futur est fascinant avec toutes ces avancées technologiques, mais il est aussi effrayant. Par exemple, est-ce que l’IA pourra régler le problème climatique ? Je ne sais pas, mais j’ai mes doutes.

Dans un précédent album, tu avais repris des titres de ton père. Était-ce difficile pour toi de revisiter son répertoire tout en y apportant ta propre touche ?

Lulu : Oui, c’était très difficile. Mais ce projet n’était pas pour moi, c’était un cadeau pour mon père. Quand il est parti, j’avais seulement 5 ans, je n’ai pas eu la chance de lui offrir quelque chose de mon vivant. Cet album hommage était ma façon de le faire. Je ne l’ai pas abordé comme un fils qui veut surfer sur l’héritage de son père, mais comme un musicien qui veut rendre hommage à une œuvre. Depuis, je me concentre sur mes propres projets.

Parlons de ton environnement musical. Comment cet héritage familial unique influence-t-il ta façon de créer ?

Lulu : J’ai grandi avec mes propres influences, des artistes comme Pink Floyd, Michael Jackson ou Jamiroquai, que mon père n’écoutait pas forcément. J’ai voulu me créer mon propre univers. J’étudie la musique depuis mes 4 ans, et même aujourd’hui, je continue d’apprendre. Je suis passionné et ouvert à explorer plusieurs styles, parce que pour moi, la musique est un voyage constant.

Est-ce que tu ressens une pression supplémentaire en tant que « fils de » dans l’industrie musicale ?

Lulu : Oui, c’est une énorme pression. Les gens attendent toujours des comparaisons entre mon travail et celui de mon père, alors qu’on fait deux choses totalement différentes. Moi, je ne suis pas mon père. Mais avec le temps, j’ai appris à tracer ma propre route.

Pour revenir à ton précédent album Play, est-ce que tu as pu le défendre comme tu le souhaitais ?

Lulu : Je l’ai défendu comme j’ai pu, mais pas forcément comme je l’aurais voulu. C’était une période compliquée avec le Covid. Le monde avait changé, beaucoup de choses étaient chamboulées, y compris dans le milieu musical. En plus, c’était un album particulier pour moi, un projet conceptuel qui demandait plus de travail et de préparation. Du coup, je ne me suis pas donné toutes les chances, mais malgré tout, j’ai eu de belles critiques, notamment en Angleterre, ce qui n’avait pas été le cas avec mes albums précédents. Donc, même si tout n’était pas parfait, je reste content.

Quand tu as commencé, avais-tu un plan précis pour ta carrière musicale ?

Lulu : Pas du tout. À l’époque, je voulais faire un seul album, un hommage à mon père, puis passer à autre chose, comme la musique de film ou de jeux vidéo. Monter sur scène, assumer mon rôle d’interprète, ça a pris du temps pour moi. J’étais très nerveux au début, mais avec le temps, j’ai appris à apprécier ça.

Quelle partie du processus musical préfères-tu ? Composer, écrire ou interpréter ?

Lulu : Composer, sans hésiter. Tout part de là. C’est la base. Même si j’adore interpréter et écrire, c’est la composition qui me passionne le plus. J’aime aussi beaucoup créer des morceaux instrumentaux, comme pour les musiques de film.

Tu envisages de collaborer avec d’autres artistes dans des genres différents ?

Lulu : Sur cet EP, il n’y a pas de featuring. Mais j’ai déjà collaboré avec Lilou, qui apparaît sur certains de mes titres récents. À l’avenir, j’aimerais bien explorer d’autres collaborations, mais ce n’est pas une priorité pour moi en ce moment.

Est-ce que tu aimerais explorer de nouveaux styles ou thèmes à l’avenir ?

Lulu : Oui, j’aimerais beaucoup travailler sur un projet instrumental. J’ai déjà composé une BO pour un film japonais indépendant, Turquoise Sky. La musique de film me passionne depuis que je suis enfant. Peut-être qu’un jour, je ferai un projet entièrement instrumental.

Avec le recul, comment gères-tu la notoriété liée à ton nom de famille ?

Lulu : Ce n’est pas toujours facile. Pendant longtemps, je n’assumais pas, c’était lourd. Mais j’ai appris à avancer, à ne pas me laisser freiner par ça. Aujourd’hui, je vis à l’étranger, au Portugal, ce qui me permet de m’éloigner un peu de cette bulle de notoriété.

Au-delà de ton nom, qu’aimerais-tu que le public retienne de toi ?

Lulu : Mon prénom. Lulu. Plus que mon nom de famille. Mon père n’a plus rien à prouver, mais moi, je dois encore montrer qui je suis en tant qu’artiste à part entière.