Entre punk militant et rap viscéral, Chien Bleu livre ce 6 décembre, On va jamais mourir, un premier album à la fois intime et universel, taillé pour marquer les esprits. Quinze titres bruts entre transmission, paternité et blessures d’enfance. Rencontre !
Sous le nom de scène Chien Bleu, se cache un artiste pour qui la musique est bien plus qu’un moyen d’expression. Issu de la scène Punk Sharp genevoise et ancien chanteur du groupe Sergent Papou pendant plus de 10 ans, il dévoile son premier album solo, On va jamais mourir, ce 6 décembre. Une œuvre puissante et intime, où s’entrelacent les ombres de son passé et les lueurs d’un avenir qu’il souhaite dessiner à sa manière. « J’ai beaucoup écouté de rap et, à un moment, j’ai eu envie de faire mon propre truc », confie-t-il.
Un passé punk comme fondation
Chien Bleu n’est pas un rappeur comme les autres. Sa carrière commence dans les squats et les scènes underground de Genève, au cœur d’un mouvement punk militant et antifasciste. Avec Sergent Papou, il porte une énergie brute, une rage qui s’exprime autant dans les textes que dans les riffs. En 2018, il amorce un tournant en lançant son projet rap. Mais loin de renier ses origines, il transpose cette urgence punk dans une écriture frontale et des sonorités à la croisée des genres. Ses deux premiers EP, Papillon (2019) et Jours Sauvages (2023), posent les bases de son univers : des textes crus, des compositions originales, et une intensité scénique qu’on imagine folle . « Au début, je me cherchais, je savais moins qui j’étais. Aujourd’hui, je me sens plus aligné avec moi-même, et ça se reflète dans ma musique », affirme-t-il. De projets en expérimentations, il forge son identité musicale, jusqu’à aboutir à cet album, véritable synthèse de son parcours.
Cette évolution est palpable dans des morceaux comme « Saisons », où il mélange rap, pop et hyperpop avec une aisance déconcertante. « Je ne réfléchis pas en genres, je fais ce qui me vient », dit-il simplement. Le rappeur a atteint une maturité artistique qui mêle introspection et universalité, avec ce nouveau projet. L’album explore des thèmes profondément personnels : la transmission familiale, la paternité, et les blessures de l’enfance. Dans « Solo », il confie : « J’écrivais ce que je voyais depuis la fenêtre avant de voir mon reflet dans le double vitrage. »
Un héritage social et culturel revendiqué
Devenir père pendant la création de l’album a été un moteur essentiel. « L’album parle de créer quelque chose qui ne mourra pas, que ce soit de la musique ou un enfant », confie-t-il. Ce dualisme entre éternité fantasmée et fragilité réelle donne une profondeur rare à ses textes. À travers 15 titres, il raconte l’espoir fragile de transmettre quelque chose d’intemporel à un enfant né dans un monde instable. Ce paradoxe, entre la vie qui éclot et l’incertitude ambiante, imprègne chaque morceau. Le titre de l’album symbolise cette tension : « Dire qu’on ne va jamais mourir, c’est un mensonge évident, mais il y a une beauté dans cette déclaration », explique-t-il.
Le genevois puise également dans ses racines pour nourrir son art. Fils d’une famille marquée par l’histoire, il porte l’héritage de sa grand-mère, immigrée tchécoslovaque ayant fui le régime communiste. Cette mémoire familiale irrigue son écriture, entre fierté et poids du passé. Mais il n’élude pas les zones d’ombre. Dans « Génie », il aborde sans détour les injures homophobes banalisées qu’il a croisées dans son enfance : « Je croyais que PD, c’était une insulte, parce que la faiblesse des autres me rappelle la mienne. » Une phrase qui résume son talent pour explorer les failles humaines avec lucidité et empathie.
Un rappeur entre underground et accessibilité
Malgré des sonorités parfois plus accessibles, Chien Bleu reste profondément ancré dans son esprit underground. « Je marche avec l’assurance de ceux qui savent que la suite sera belle », clame-t-il dans son nouveau single « Jeune Dieu », dont les images accompagnent la sortie de l’opus. Cette assurance se traduit dans ses choix musicaux : un mélange subtil de rap, pop, et hyperpop, qui refuse les codes sans jamais se perdre dans l’expérimentation gratuite. Chaque titre est une invitation à se confronter à soi-même, à travers des récits à la fois autobiographiques et universels. « Tout est autobiographique, même si parfois, je raconte ce que j’ai vu à travers les yeux d’un ami », précise-t-il.
Les collaborations prestigieuses de l’album renforcent la portée de ses textes sans en gommer la singularité. À ses côtés, le beatmaker Loupa, son partenaire de longue date, mais aussi OEL Record, ingénieur du son bruxellois connu pour son travail avec Roméo Elvis. Le mixage est signé Jules Fradet, l’homme derrière les albums de Damso. « Travailler avec des figures aussi respectées, c’est une chance immense », reconnaît-il. L’enregistrement à Bruxelles lui a permis de donner une dimension nouvelle à son son, mariant une sincérité brute à des productions ambitieuses.
Un futur prometteur
Malgré l’ampleur de ce premier projet, Chien Noir garde les pieds sur terre. Parmi ses rêves : collaborer avec Isha, artiste belge qu’il admire pour sa sincérité, et se produire au Paléo Festival, en Suisse. « Ce serait une manière de rendre fière ma mère », confie-t-il avec humilité. Avec son va jamais mourir, le rappeur s’impose comme une voix singulière et essentielle dans le rap suisse. À la fois introspectif et engagé, ce premier opus marque une étape décisive pour un artiste qui, sans jamais renier ses racines, se tourne résolument vers l’avenir. Loin des formats convenus, il incarne une génération d’artistes prêts à briser les barrières, à allier sincérité brute et ambition artistique. Maintenant que cet opus a vu le jour, une chose est sûre : si l’immortalité est une illusion, la musique de Chien Bleu, elle, est bien partie pour durer.
