Après une série d’EPs remarqués, Ojos passe à la vitesse supérieure avec Oui Futur, un premier album intense et fiévreux, qui capte l’urgence d’une époque et où chaque émotion se heurte au chaos ambiant. Un disque frontal, vibrant, qui ne cherche pas à rassurer mais à secouer.

Il y a des albums qui marquent une époque, et d’autres qui semblent déjà en avance sur la leur. Oui Futur, premier long format d’Ojos, appartient sans conteste à cette seconde catégorie. Après une série d’EPs remarqués, le duo formé par Élodie Charmensat et Hadrien Perretant transforme l’essai avec un disque fiévreux, frontal et insaisissable, qui capture à la fois les tourments du présent et la nécessité d’un avenir en rupture.

Une pochette à leur image

Sur la pochette du disque, Élodie, en teeshirt noir, ajuste ses cheveux d’un geste nerveux, tandis qu’Hadrien relève sa chemise à carreaux sur un marcel blanc et un jogging vert, lunettes de soleil vissées sur le nez. Deux postures qui résument parfaitement l’essence d’Ojos, un équilibre fragile entre tension et nonchalance, contrôle et abandon. Le titre en grand affirme une direction, sans promesse claire, tandis que la mise en page rappelle l’esthétique du rap et de l’électro des années 90-2000. Une image simple mais percutante, à l’image d’un album qui capte l’urgence et le trouble d’un monde en perpétuel déséquilibre.

Entre rage et vulnérabilité

Dès l’introductif « Oui », Ojos plante le décor, une pop qui cogne, électrisante et métallique, où la voix d’Élodie oscille entre confidence et confrontation. Sur « Adieu », elle tranche dans le vif avec une lucidité désarmante (« Quitte à se décevoir, je me décevrai moi, c’est ce que je fais de mieux »). Ce refus de l’illusion traverse tout l’album, tantôt sous la forme d’une introspection vertigineuse (Je dors tout le temps), tantôt d’une résilience rageuse (Encore moins).

Lire aussi : Ojos chante le malaise post-rupture dans « Je dors tout le temps »

Mais ce qui rend cet opus aussi captivant, c’est sa capacité à réconcilier les extrêmes. La douceur d’un « Pas si dangereuse », piano-voix fragile et bouleversant, cohabite avec la fureur cybernétique de « Krkrkr », banger mutant. À travers des compositions nerveuses et une production affûtée, Ojos façonne une musique de contrastes, entre pulsion de vie et vertige du chaos. Le morceau « Llorona », inspiré de la légende d’une femme vengeresse, résume bien cette dualité, une colère ancestrale transformée en puissance cathartique. Quant à « 100 Fois », ses cuivres synthétiques et ses gimmicks accrocheurs en font l’un des hymnes les plus immédiats du disque.

Un futur incertain pour une musique viscérale

Et puis, il y a cette urgence. Une sensation diffuse mais omniprésente, comme si l’album était l’instantané d’une époque qui vacille. En refermant l’album sur « Futur », morceau éclaté et fantasque, Ojos ne propose pas de réponse, mais une direction, celle d’un avenir incertain, à réinventer, à arracher.

Le duo confirme son potentiel avec ce premier album et surtout l’explose aux yeux de tous. Un disque incandescent et profondément réfléchi, qui prouve qu’en 2025, la scène française a encore de belles révolutions à offrir.

Plus d’infos