Le 24 janvier dernier, à l’Hyper Weekend Festival de la Maison de la Radio, Savanah nous a offert un live envoûtant, porté par les titres de son nouvel EP Céleste. En marge de sa performance, elle a partagé avec nous les coulisses de son nouvel EP, ses inspirations musicales et son parcours singulier qui l’a menée du cinéma à la musique.

Musicienne, danseuse, actrice et réalisatrice, Savanah est une artiste complète dont l’univers oscille entre onirisme et introspection. Après un parcours jalonné d’expériences marquantes, elle est de retour avec Céleste, un EP où se mêlent mélodies envoûtantes et émotions brutes. Le concept de cet EP comme une synthèse de lumière et d’obscurité, est captivant. Cela évoque la complexité de l’expérience humaine et la façon dont les artistes naviguent entre différents états émotionnels. Les chansons comme « dernier endroit » et « Vie noire » semblent être des reflets de son introspection et de ses luttes personnelles, transformées en créations sonores.

En parlant de l’importance de la voix et des visuels dans son projet, on comprend que cette touche à tout souhaite créer un univers immersif, où la musique et l’image se rejoignent. Cette approche cinématographique enrichit son art et montre son désir de toucher le public. Enfin, cette capacité à faire cohabiter les aspects personnels de sa vie et son parcours artistique, notamment à travers son alter ego Savanah, témoigne d’une belle réflexion sur la dualité de l’artiste. C’est un voyage souvent difficile, mais aussi tellement gratifiant, de pouvoir exprimer ses émotions et ses expériences à travers différentes formes d’art.

Savanah (c) : Baptiste Charruyer

En marge de l’édition 2025 de l’Hyper Weekend Festival à la Maison de la Radio, où elle s’est produite le 24 janvier, elle nous a accordé une interview. L’artiste, de son vrai nom Agathe Watremez, a partagé avec nous les coulisses de son nouvel EP, ses inspirations musicales et son parcours singulier qui l’a menée du cinéma à la musique. Elle revient également sur sa participation au festival de Didier Varrod, et sur sa vision artistique empreinte de clair-obscur.

Phenixwebtv.com : Tu as grandi dans les années 90, entourée de musique, de danse et de cinéma. Y a-t-il eu des moments où ce parcours artistique a été particulièrement difficile pour toi ?

Savanah : Effectivement, j’étais une enfant très occupée, avec de nombreuses heures passées au conservatoire et dans les salles de danse. Les conservatoires, c’était du solfège, du piano… Ce qui a été compliqué au début, et qui a provoqué une rupture avec la musique, c’est un événement marquant à mes 13 ans. Après un examen de conservatoire, un professeur m’a dit que je ne réussirais jamais en musique et que je chantais très mal. En sortant, j’ai tout abandonné. J’ai dit à ma mère : « J’arrête tout. » Quand on consacre des années à la musique, qu’on passe des concours, des examens et qu’on te dit que tu es nulle, c’est un choc. J’ai totalement rejeté la musique à ce moment-là. Heureusement, j’ai continué la danse, puis je me suis tournée vers le théâtre et le cinéma, avant de revenir à la musique plusieurs années plus tard.

Qu’est-ce qui t’a poussée à renouer avec la musique après cette rupture ?

Principalement, le fait que la musique ne m’a jamais vraiment quittée. Elle m’a toujours accompagnée. Mais c’est aussi une rencontre, celle avec H. Burns. Quand je lui ai parlé de mon parcours musical, il m’a encouragée à essayer de composer mes propres chansons. À l’époque, je n’avais pas cette habitude, car en piano classique, on se concentre sur l’interprétation plus que sur la création. Grâce à son soutien, j’ai commencé à composer à nouveau. Il m’a donné confiance et j’ai écrit ma première chanson, « Villes noires ». Par la suite, H. Burns s’est impliqué davantage dans mon projet. Nous avons commencé à co-composer, et il est même devenu le réalisateur de mon premier film.

Ton EP s’intitule Céleste. Il est décrit comme un mélange entre lumière et obscurité. Ce titre ne crée-t-il pas une certaine dissonance avec l’atmosphère de l’album ?

Un peu, oui. Céleste évoque davantage la lumière, alors que l’EP contient aussi des sonorités plus sombres. Je dirais que c’est une forme de lumière dans l’obscurité. J’ai choisi ce nom parce que les arrangements de l’EP sont très planants, oniriques, presque rêveurs. Céleste correspond bien à cette ambiance.

Parlons du titre « dernier endroit ». Quelle signification a-t-il pour toi ?

J’ai écrit « Dernier endroit » pour mon père, qui a vécu un accident le transformant complètement, physiquement et mentalement. C’est ce qu’on appelle un deuil blanc : la personne est toujours en vie, mais ce n’est plus vraiment elle. J’ai voulu exprimer cette douleur et transformer cette tristesse en quelque chose de cathartique, en une chanson qui, malgré tout, puisse être belle et moins pesante.

À propos de « Vie noire », tu avais partagé sur les réseaux sociaux que tu hésitais à la sortir. Pourquoi ? Et qu’est-ce qui t’a finalement convaincue de la dévoiler ?

J’ai écrit cette chanson à un moment où je vivais à Paris, après un long séjour au Mexique. Là-bas, dans de grandes mégapoles, je me sentais très seule et un peu déprimée. En revenant à Paris pour le cinéma, j’ai ressenti la même chose : c’est une ville dure, surtout quand on ne vient pas d’ici et qu’il faut se créer un réseau en tant qu’actrice. J’ai enchaîné les petits boulots pour survivre. J’ai hésité à sortir « Vie noire » parce qu’elle était très intime. Mais finalement, je me suis dit qu’il fallait que je l’assume. De plus, le texte peut être interprété à plusieurs niveaux, ce qui permettait une certaine pudeur malgré son caractère personnel.

Tu as collaboré avec Jordan sur « Nuits américaines », un morceau travaillé à distance. Comment as-tu vécu cette expérience ?

C’était une expérience incroyable. Je lui ai envoyé la chanson et elle m’a renvoyé une centaine de pistes de voix. Dès que j’ai commencé à les intégrer au morceau, l’émotion était forte. Sa voix est tellement puissante et belle que j’en ai eu les larmes aux yeux. Tout s’est fait naturellement et simplement. Plus tard, en septembre, je suis allée à Los Angeles, où nous avons enfin pu nous rencontrer. C’était magique, et c’est aussi grâce à la musique et aux réseaux sociaux que cette connexion s’est faite.

Comment abordes-tu le processus de composition ? Quelle est ta manière de travailler ?

Quand je compose une chanson, je n’ai pas forcément une idée précise au départ. Tout commence au piano. Je joue une suite d’accords qui me semble jolie, puis j’imagine une mélodie vocale. Ensuite, selon l’émotion que dégage la musique, je réfléchis aux paroles.

J’ai deux manières d’écrire. Parfois, je m’entoure de livres d’auteurs que j’aime et je pioche des mots ou des expressions qui m’inspirent, que je réarrange ensuite. D’autres fois, tout me vient d’un seul coup, comme un flash. Petit à petit, la chanson prend forme.

Tes expériences personnelles influencent-elles beaucoup ton écriture ?

Oui, je pense que l’artiste a forcément une part d’égocentrisme, mais pas dans le mauvais sens du terme. J’écris d’abord sur ce que je ressens, sur mes propres émotions. Peut-être qu’avec le temps, j’arriverai à prendre plus de distance et à écrire autrement. Mais pour l’instant, c’est en puisant dans mon vécu que je suis la plus sincère et la plus honnête dans mes chansons.

Tu réalises aussi des clips. Comment construis-tu ton univers visuel ?

Quand une chanson est terminée, des images me viennent naturellement en tête. Ensuite, je les pose sur papier, je crée des moodboards sur Pinterest avec des références visuelles. Petit à petit, cela devient un véritable projet de clip. C’est très instinctif. La musique m’évoque des sensations qui se traduisent en images.

Tu as une double identité artistique : Agathe et Savanah. Comment fais-tu cohabiter ces deux facettes ?

J’ai toujours aimé la notion de dualité. David Lynch, par exemple, aborde souvent ce thème, et j’y suis très sensible. Savanah, c’est moi, mais c’est aussi une version plus assumée, plus à l’aise sur scène. Ce n’est pas un personnage à proprement parler, mais une extension de moi qui me protège en quelque sorte.

Si tu devais résumer l’univers de Savanah en une seule image cinématographique, laquelle choisirais-tu ?

Je dirais la scène de Mulholland Drive où le personnage principal avance seule sur une route bordée de palmiers, dans la nuit, disparaissant peu à peu dans le lointain. C’est une image qui correspond bien à mon univers.

Que représentent pour toi des scènes comme celles de l’Hyper Week-end Festival ?

C’est une opportunité incroyable de présenter mon projet devant un public, dans un lieu prestigieux comme la Maison de la Radio. C’est une belle mise en lumière pour un artiste émergent.

Tu travailles actuellement sur un documentaire consacré à Lana Del Rey. Peux-tu nous en dire plus ?

Oui, j’ai commencé l’écriture et j’espère qu’une production pourra le concrétiser. C’est un projet ambitieux, car il faut trouver des financements. Ce documentaire retracera le parcours de Lana Del Rey qui est une véritable idole pour moi.

Entre la musique, le cinéma et les arts visuels, pourrais-tu choisir une seule discipline ?

Ce serait très difficile. Pour moi, Sabana est un projet qui fusionne musique et cinéma. J’aimerais encore plus explorer cette dimension visuelle, que ce soit sur scène ou à travers mes clips.

Qu’aimerais-tu que le public ressente en écoutant Céleste ?

J’aimerais que mes chansons les touchent, qu’elles leur parlent, qu’ils puissent s’identifier. Et si, à la fin de l’écoute, ils se disent simplement qu’ils ont passé un bon moment, alors ce serait déjà une belle réussite.