Faded, le nouvel album des Limiñanas, est une claque psychédélique entre rock garage, new wave et atmosphères cinématographiques. Avec des invités de prestige, le duo signe une œuvre hypnotique et intense, à écouter sans modération avant leur concert à l’Olympia le 10 avril !

Il y a des albums qui s’écoutent, d’autres qui s’éprouvent. Faded, le nouvel opus de The Limiñanas, fait résolument partie de cette deuxième catégorie. On n’y entre pas comme dans un disque classique, mais comme dans un film où chaque titre est une scène, un instantané de mémoire réinventé. Plus qu’un simple assemblage de chansons, Faded est un trip sensoriel où les silhouettes du passé dansent avec celles du présent, dans une transe psychédélique d’une richesse foisonnante.

Une odyssée en clair-obscur

Dès les premières notes de « Spirale », qui ouvre l’album sur une montée instrumentale vaporeuse, le ton est donné, ce nouveau disque sera un voyage, une immersion dans cet univers unique que Lionel et Marie Limiñanas façonnent depuis des années, quelque part entre garage rock, psychédélisme et cinéma noir. Mais cette fois, le duo pousse encore plus loin son exploration, délaissant la narration linéaire de De Película pour une structure plus fragmentée, presque impressionniste.

Loin de se laisser happer par la nostalgie, les Limiñanas transforment l’érosion du temps en force créative. Le titre de l’album, Faded, évoque autant l’effacement des icônes que leur résurgence sous d’autres formes. C’est cette mécanique de la mémoire que le groupe s’amuse à déconstruire, avec une science du contraste qui fait toute la singularité de leur son.

Un casting de haute volée

Comme à leur habitude, les Limiñanas ne voyagent pas seuls. Pour cette odyssée sonore, ils s’entourent d’un casting impressionnant, où chaque invité apporte sa couleur et sa texture à l’ensemble. « Prisoner of Beauty » marque ainsi une rencontre explosive entre l’énergie brute de Bobby Gillespie (Primal Scream) et la rythmique implacable de Marie, dans une cavalcade rock sous tension. Autre sommet du disque, « Space Baby », où Jon Spencer et Pascal Comelade s’invitent pour une plongée hypnotique entre new wave glaciale et électricité garage. Le morceau est une collision parfaite entre les influences du duo et l’identité sonore de ses invités, preuve de leur capacité à absorber et réinventer.

Bertrand Belin, lui, apporte son flegme et son phrasé singulier sur « J’adore le monde », un titre qui résonne comme un manifeste à la croisée des Rita Mitsouko et de l’ironie d’un Philippe Katerine. Quant à « Où va la chasse », il ne s’agit pas d’un hommage posthume à Françoise Hardy, mais d’une déclaration d’amour à une artiste qui a su traverser les époques sans jamais perdre de son éclat.

Un album manifeste

Au fil des titres, Faded déploie une atmosphère unique, oscillant entre envolées instrumentales, spoken word captivants et refrains entêtants. Chaque chanson est une pièce d’un puzzle qui, une fois assemblé, dévoile un paysage sonore hypnotique et foisonnant. Les guitares fuzz, marque de fabrique du duo, grondent comme une menace sourde, les basses vrombissent, et la batterie martèle un tempo implacable, donnant à l’ensemble une tension quasi cinématographique. Il y a chez les Limiñanas cette capacité rare à transcender leurs influences pour créer un univers qui n’appartient qu’à eux. Un univers où la nuit est toujours un peu plus bleutée, où les fantômes du rock’n’roll continuent de murmurer à l’oreille de ceux qui savent écouter.

Avec Faded, les Limiñanas signent sans doute l’un de leurs albums les plus denses et les plus aboutis. Un disque qui ne se livre pas immédiatement, mais qui, écoute après écoute, révèle une richesse insoupçonnée. Une œuvre où chaque invité trouve sa place sans jamais éclipser l’ADN du duo, où chaque titre explore une facette du même thème avec une liberté et une audace remarquables. Le couple perpignanais, fidèle à lui-même tout en se réinventant, prouve une fois encore qu’il est l’un des groupes les plus passionnants de la scène rock actuelle. Et s’il fallait encore une preuve de leur capacité à envoûter, il suffira d’aller les voir sur scène, où Faded prendra toute son ampleur. L’Olympia les attend le 10 avril. Vous savez ce qu’il vous reste à faire.