La célèbre foire d’art contemporain se tenait à Lille le week-end dernier et a attiré plus de 24 000 spectateurs au Grand Palais, lieu où elle se déroule chaque année.
Pour 2025, la foire mettait en avant un nouveau thème « libérer la matière » et une trentaine de galeries s’étaient prêté au jeu en mettant en avant des oeuvres spécifiques au thème voire en innovant et en créant des oeuvres autour de ce thème. 2025 s’est notamment différenciée des années précédentes grâce à 42% de nouvelles galeries, une initiative saluée par les connaisseurs de la foire qui ont pu redécouvrir une foire loin des modèles des années passées.
Retour sur quelques nouveautés de cette année au milieu des 17 000 km2 d’art contemporain.
GALLERY VAN WAAIJEN
La galerie hollandaise, présente pour la première fois à Art-up, me fait rencontrer Annette van Waaijen et nous discutons des oeuvres qu’elle présente sur le stand F6. Je les contemple d’abord les de loin et les confonds pour des peintures. Quand l’artiste commence cependant à me parler de son procédé de création, elle m’indique de m’approcher et me montre qu’il s’agit en réalité de photographies imprimées sur toiles qui forment la base des oeuvres. Elles sont complétées par un travail de broderies ou d’ajout de matières appliqués comme pour rehausser certains détails. En regardant de près, on voit effectivement tout le travail de l’artiste qui s’amuse à mettre en avant des détails imperceptibles, sublimer des couleurs, modifier des formes… voire ajouter de nouveaux éléments à la composition ! L’artiste, sensible à ma surprise quant à la technique discrète et pourtant particulièrement réussie, me montre les coulisses de ses créations et retourne les oeuvres afin de que je puisse observer toute la minutie de son oeuvre. Finalement, l’art se découvre des deux côtés de la toile !
Sur cette une autre photographie, l’artiste aime particulièrement le contraste offert par les arbres. Elle a ensuite ajouté un travail de broderie et d’appliques en feutre et de peinture en aérosol pour créer une toute nouvelle composition sortir tout droit de son imagination.
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CASTANG ART PROJECT
Pour la première fois cette année, la galerie originaire de Perpignan expose à Art’up et présente notamment les oeuvres de l’artiste catalan Patrick Loste. L’artiste avide de liberté, utilise des bâche de l’armée comme support et peint par dessus avec la volonté de n’utiliser que des pigments naturels, ce qui contribue à la fois à créer des oeuvres sombres mais aussi à leur conférer une certaine unité malgré leurs différences. Le galeriste m’indique la présence de trois séries reprenant chacune leur propre thème : la mythologie, le paysage et le conte. Parmi les toiles du thème conte, il y a notamment une représentation très forte du « Petit Chaperon Rouge ». Les paysages reprennent des arbres, la natures et les chevaux chers à l’artiste et visibles depuis son atelier. La mythologie enfin, comporte des pégases, nymphes ou sirènes. Parmi les oeuvres, trois toiles représentent d’ailleurs la chronologie dans l’approche d’un homme par une sirène. Avec des couleurs de plus en plus sombres, Patrick Loste suggère la noyade de l’homme vers les abime après avoir été entraîné dans les fonds marins par une sirène.
Les toiles libres, accrochées uniquement en hauteur révèlent leur verso, tâché de la peinture qui recouvre l’atelier de l’artiste.
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D2 GALERIE
La galerie met en avant l’artiste japonais Ryo Hikosaka. Véritable précurseur des artistes japonais venus à l’école Boule à Paris, celui-ci propose un travail autour de la patine et du martelage du métal, deux techniques qu’il met au service de l’art. Deux thèmes bien distincts se s’opposent et se rassemblent sur le stand : le premier, très japonisant avec du laiton patiné et ciselé pour créer une forme de vague caractéristique propose une approche très classique et contemporaine du travail au métal. L’autre thème, représenté surtout par la série des « Picture frames » est beaucoup plus moderne et européen. Cette dernière série met en avant la volonté de créer un cadre avec une image suggérée par la profondeur et la patine du métal. Avec cette technique, Ryo Hikosaka cherche à créer une représentation presque abstraite du cadre et propose au public d’imaginer sa propre interprétation des reflets de la lumière sur le métal.
EXIT ART AMSTERDAM ART GALLERY
La galerie met notamment en avant l’artiste hollandaise Lieke Marleen van Kalken et son travail de photographie et de déformation des formes et de la lumière, un procédé qui prend concrètement la forme de plaque de verre sur lesquelles sont imprimées à la main des motifs colorés. Sur le stand, j’ai la chance de pouvoir rencontrer Lieke en personne qui prend un plaisir manifeste à m’expliquer son procédé créatif. Tout d’abord, elle me montre des sérigraphies composées de plusieurs couches de verre avec des formes et couleurs différentes. L’artiste indique sa volonté de créer des oeuvres changeantes et modifiables. On peut s’amuser à ajouter ou retirer des plaques de verres et en modifiant l’ordre des plaques, des nouveaux motifs se forment par superposition de la couleur et de la lumière.
Pour arriver à un tel résultat, l’artiste a besoin d’une base colorée : elle choisit par exemple une peinture ou un dessin qu’elle photographie en plaçant des matériaux transparents mais aussi des plastiques ou des matériaux naturels entre les lentilles de l’appareil. Le plus important pour elle, c’est surtout d’utiliser des matériaux colorés et de prouver qu’ils peuvent tous être beaux à leur manière et dans leur forme transformée. Le processus de création est d’ailleurs aussi important que l’oeuvre finale et Lieke confie qu’elle aime y passer du temps et ralentir les procédés : « ça me me calme, ça m’hypnotise ».
L’une de ses œuvres exposées en particulier, touche particulièrement l’artiste. Elle m’explique que l’œuvre originale était une aquarelle réalisée par sa grand-mère décédée. Elle l’a ensuite photographiée en plaçant des matériaux transparents entre les lentilles de l’appareil photo et en jouant avec la distorsion de la lumière pour créer une oeuvre originale. Un véritable hommage à la vie et à la mort qui s’entremêlent dans les lumières colorées. Lieke aime aussi photographier des dessins qu’elle a réalisé enfant, une manière de retrouver sa vision de la vie à cet instant et d’y confronter celle qu’elle en a aujourd’hui. Le résultat est assez saisissant et les contrastes de couleurs sont une belle analogie à ceux de la vie. Les gens y voient ce qu’ils veulent car il est difficile de retrouver le motif original qui a été photographié et se font leur propre interprétation des couleurs et des formes imprimées sur le verre. Les œuvres sont à la fois empruntes d’une beauté légère mais prennent aussi un aspect ludique et unique grâce aux plaques de verre dont l’ordre est interchangeable pour que chaque personne puisse arriver au résultat qui lui plaît le plus.
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Cette 17ème édition a permis de mettre en avant la libération de la matière et par extension au matériau sous toutes ses formes. La venue de nouvelles galeries, certaines étrangères, confirme le rôle prépondérant d’Art’Up dans le monde des foires d’art et surtout, souligne la volonté de découverte proposée par la foire : jeunes artistes hollandais ont autant leur place que les habitués et artistes locaux. Cette année à nouveau, nombres d’ateliers collaboratifs et participatifs permettaient au public de devenir artistes le temps d’une journée, un concept entretenu au fil des années par la foire.
Art’up parvient à rester le rendez-vous incontournable pour les passionnés d’art contemporains et nous donne rendez-vous pour sa 18ème édition à Lille du 13 au 16 mars 2025.
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