Entre averses battantes, ovations silencieuses et beats électrisants, l’édition 2025 du Printemps de Bourges a prouvé, une fois de plus, sa capacité à faire vibrer toutes les générations. Une semaine au cœur d’un festival plus vivant que jamais, malgré les vents contraires
Après un hiver long et humide, Bourges se réveille au son des balances et des rires dans ses ruelles pavées : le Printemps est de retour. Depuis 2018, on croit avoir tout vu, tout entendu… Mais cette édition 2025 offre un mélange rare d’émotions, de générations, et d’instants suspendus.
Arrivée tôt dans la matinée pour retrouver Barbara Pravi en interview ce 15 avril, la ville offre déjà son visage familier : les murs vibrants d’affiches, les jeunes aux bras chargés de programmes, les terrasses envahies malgré les 12 degrés au thermomètre. Dans l’air, cette odeur de terre mouillée mêlée aux vapeurs de café chaud, ce fourmillement joyeux que seuls les jours de festival savent installer.
Mardi 15 avril : émotions et légendes
La soirée commence avec Emma Peters sur la grande scène. Avec « Parle-moi », hommage délicat à son grand-père, puis « Déjà vu », et « Multicolore », elle ouvre en douceur cette édition. Le public écoute, attentif, dans une atmosphère feutrée, presque méditative. Les conversations s’effacent, laissant la musique prendre toute la place.
Puis, Barbara Pravi entre en scène pour un set poignant. Voix nue, intensité maximale : elle donne corps à ses mots. À travers elle, c’est une émotion brute qui traverse l’assistance, suspendant le temps. (→ à retrouver dans notre article dédié).
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Mais l’événement du soir, c’est lui : Michel Polnareff.
À 80 ans, il foule la scène comme un fantôme lumineux, coiffé de sa légendaire tignasse blonde. Derrière son piano, lunettes blanches vissées sur le nez, il attaque « Le Bal des Laze », tragédie amoureuse sortie en 1968. Polnareff conserve une voix d’une incroyable fraîcheur, oscillant entre parlé et aigus cristallins.
Le reste ? Un défilé de tubes : « On ira tous au paradis », « Tout pour ma chérie », et évidemment « Goodbye Marilou », moment d’émotion collective sous une mer de flashs. La « chanson à la demande » qu’il pratique transforme la salle en gigantesque chorale. Des frissons courent sur les bras, les regards s’illuminent. Ce mardi-là, Polnareff lance Bourges sur orbite.
Mercredi 16 avril : pluie battante, rock flamboyant
Le ciel nous tombe dessus toute la journée. Mais au Printemps, ce n’est jamais la pluie qui arrête la fête. Les parapluies se ferment dès l’entrée des salles, les parkas ruisselantes s’entassent sur les bras, et l’énergie reprend.
À la découverte de Dalaïdrama
Nous sommes également allés à la rencontre du groupe Dalaïdrama dans l’après-midi (interview à venir) avant d’assister à leur show le soir même au Triangle, jour de la sortie de leur nouveau clip « Neat ». Le quatuor livre un show des plus électriques, déployant une énergie brute et communicative. Il nous tarde de vous proposer l’échange que nous avons eu avec eux, tant leur univers mérite d’être découvert.
Lucky Love ouvre la soirée au W (→ voir notre article). Puis vient le feu d’artifice : Jean-Louis Aubert.
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Jean-Louis Aubert met le W en feu
Jean-Louis Aubert déchaîne la scène du W ce mercredi soir, malgré la pluie. Dès les premières notes de « La Bombe humaine », le public chante en chœur avec lui, se laissant emporter par la puissance de ses titres emblématiques.
La ferveur monte d’un cran sur « New York avec toi », une vague de mains levées balayant la salle. « Temps à nouveau » et « Juste une illusion » font vibrer les murs, galvanisant les fans de Téléphone. Le rock est à son paroxysme avec un Jean-Louis Aubert plus charismatique que jamais, irradiant une énergie communicative.
Le W devient une cathédrale de joie, un sanctuaire électrique où l’on oublie l’extérieur détrempé.
Clara Luciani vient clore la soirée sur ses nouveaux titres, toujours aussi dansants. Sa voix chaude, son sourire éclatant, sa présence élégante : le W danse encore, sous des nappes de synthés pop.
Jeudi 17 avril : les rois du groove et une harpe en lévitation
Adé apporte sa pop lumineuse pour débuter la soirée, répandant ses refrains solaires comme une éclaircie attendue. Puis, Yodelice prend le relais, grand seigneur du folk français. Son set est à la fois intense et élégant, habité, offrant des respirations précieuses dans cette frénésie festivalière.
MC Solaar, la légende du rap français
Le W vibre au son des rimes de la légende du rap français, MC Solaar. Ouvrant avec « Qui sème le vent », il enflamme la scène avec sa poésie urbaine et son flow inimitable. « Molécule », « Da Vinci Code » et « Nouveau western » résonnent dans une atmosphère électrique. Le public, toutes générations confondues, scande ses paroles avec ferveur, créant un lien puissant entre la scène et la fosse.
27 ans après sa première apparition sur cette scène, MC Solaar prouve qu’il n’a rien perdu de son éclat. Son élégance tranquille, son sourire complice et ses textes toujours ciselés offrent un moment suspendu entre souvenirs et présent.
Coup de cœur : Sophye Soliveau, une harpe en apesanteur
Pendant ce temps, à l’Auditorium, un autre monde s’ouvre : celui de Sophye Soliveau. Seule d’abord, pieds nus derrière sa harpe, vêtue de blanc, elle déroule un set d’une beauté fragile, presque irréelle. Chaque note semble flotter dans l’air, chaque silence devient matière.
Elle déballe des objets intimes sur scène pendant qu’elle chante à demi-voix, construit des ambiances à la harpe et au violon. Très peu de paroles, beaucoup de textures sonores. Son dernier morceau, « Live », dédié aux peuples meurtris (Palestine, Soudan, Congo…), emporte la salle entière dans une émotion collective rare. Standing ovation méritée pour cette ovni gracieux, inoubliable.
L’électro en force : The Avener et Fatboy Slim clôturent la soirée
En soirée, l’électro prend le relais, avec des performances de The Avener et Fatboy Slim. Leurs sets enivrants électrisent la salle du W, poussant les festivaliers à danser jusqu’au bout de la nuit. The Avener en profite pour jouer live sa nouvelle track « Lunae Veritatis Ft. Drax Project (Stay) ». Fatboy Slim, avec ses beats imparables, réussit à transformer le W en véritable dancefloor, achevant cette soirée dans une explosion d’énergie.
Vendredi 18 avril : entre riffs furieux et beats électrisants
La soirée rock au Palais d’Auron est un feu d’artifice musical, avec des groupes comme Bandit Bandit, Kokomo et The Limiñanas qui secouent le public avec des rythmes puissants. (→ notre article dédié).
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Côté 22 : électro pop déchaînée
Au 22, l’énergie est tout autre : Piche, Miki et surtout Theodora, qui défend son nouvel album explosif Bad Boy Lovestory. Ambiance survoltée sur « Kongolese sous BBL », la foule hurle, danse, se laisse emporter. La sueur perle sur les fronts, les basses font vibrer les murs. Le 22 devient une cocotte-minute sonore.
Côté W : première soirée rap explosive
Le W se transforme en un véritable temple du rap pour cette première soirée dédiée au genre. JRK19 ouvre les hostilités avec « Bolide Noir » et « Booyakasha », des morceaux qui captivent immédiatement l’attention du public grâce à leur énergie brute et leurs beats percutants.
Kalash prend ensuite le relais, enflammant la scène avec sa fusion unique de dancehall et de trap. Son charisme naturel et sa présence scénique captivent l’audience, qui reprend en chœur ses titres phares.
Enfin, Vald arrive
Ovations, cris, un W en ébullition pour accueillir celui que tous attendent. Nouveau disque sous le bras, il déballe un set incandescent : un torrent d’énergie brute, un mélange d’arrogance scénique et de second degré qui fait mouche. La foule est en fusion, mosh pits spontanés, chants hurlés à l’unisson. Le sol vibre sous les pieds, la sueur colle aux tee-shirts : c’est la victoire totale du rap.
Samedi 19 avril : émotion et jeunesse
La fatigue commence à se faire sentir, mais l’envie est plus forte. Il faut tenir pour cette dernière journée où l’on ne manquerait pour rien la fin des concerts de la promotion des inouïs et surtout le palmarès de cette édition 2025.
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Joanne Radao : la chaleur du Triangle
Plus tôt dans l’après-midi, nous avons eu le plaisir d’interviewer Joanne Radao (à venir) avant de la retrouver en live au Triangle. Vêtue d’un ensemble veste rouge, elle défend les titres de son dernier EP Jélinne, sorti le 4 avril 2025.
Elle interprète notamment le titre éponyme dédié à sa grand-mère, qu’elle débute a cappella au piano avant de terminer accompagnée d’un batteur et d’un guitariste. Elle invite ensuite le public à la rejoindre sur le très dansant « Magoya » repris en chœur par la salle. Un moment joyeux, festif et irrésistiblement entraînant.
La force tranquille du 22
Le début de soirée est plus calme : au 22, on arrive juste à temps pour attraper la fin du concert de George Ka, qui clôt sa prestation en beauté. Noé Preszow prend ensuite le relais. Sa voix vibrante, son intensité naturelle embarquent directement l’assistance. C’est une vague de sincérité brute qui s’abat sur le 22. (→ article complet en ligne).
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Puis Victor Solf s’installe. Avec « Tout peut durer », extrait de son nouvel album, il ouvre un set à la fois posé et vibrant, porté par ses musiciens fidèles. « Figure » déclenche une ovation discrète mais sincère, comme un souffle chaud dans la salle.
Claude : la fougue tendre
Arrive ensuite Claude, accompagné de ses excellents musiciens Antoine et Max. Après un petit échauffement complice avec le public, Claude déroule son univers tendre et nerveux. Il défend fièrement In Extremis (sorti en octobre 2024) avec « La pression », « Addition » et l’inévitable « Baisodrome » moment de liesse collective. On reviendra plus en détails sur cette soirée grâce à l’interview qu’il nous a accordé.
La soirée au 22 s’achève en beauté avec St Graal, lauréat des Inouïs 2022, qui livre un concert inspiré, parfait pour refermer ce chapitre.
La scène rap explose au W
Retour au W pour la deuxième nuit rap. Le jeune prodige Tiakola clôture la programmation avec classe et intensité. Sa maîtrise vocale impressionne. Chaque titre déclenche une vague d’enthousiasme, chaque hit récent retourne littéralement la salle. Le W devient une marée humaine en mouvement, sautant, criant, vibrant.
Electro jusqu’à l’aube
Pendant que Bourges dort, au Palais d’Auron, l’électro bat son plein. Nous arrivons vers 3h du matin, happés par la chaleur moite de la salle, les basses profondes qui bousculent la poitrine. Mandragora, alias Eduardo Neto, électrise les festivaliers avec son « futureprog », une fusion détonante de trance, house, techno et rythmes latins. Son set est une invitation au lâcher-prise, un trip collectif où le temps se dissout.
Puis vient Billx : la claque finale.
Massifs beats hardtek, secousses gabber, influences psytrance… Impossible de rester statique face à cette déflagration sonore. La foule explose, hurle, danse, rit, oublie la fatigue. Le Palais d’Auron tremble jusque dans ses fondations : c’est l’apothéose d’un Printemps d’anthologie.
À l’année prochaine, peut-être …
Cette édition 2025 du Printemps de Bourges s’impose comme un moment d’exception : des performances éblouissantes, une ambiance brûlante, et des découvertes à couper le souffle. Le festival confirme son statut de rendez-vous incontournable, où artistes et festivaliers font vibrer la ville avec passion.
Mais derrière cette énergie, une menace plane : celle des coupes budgétaires massives qui fragilisent ces lieux essentiels de création. Avec plus de 400 000 euros de subventions en moins, le Printemps de Bourges lutte pour préserver sa diversité et son audace. Dans un contexte politique tendu, soutenir la culture devient un acte de résistance. Le festival tient bon, porté par ses équipes, ses artistes et son public fidèle. Mais l’alerte est lancée : sans soutien, ces espaces de liberté et de rêve risquent de s’éteindre.
Rendez-vous l’an prochain pour un Printemps que l’on espère encore plus libre, encore plus vibrant
