À la veille de la sortie de son EP Sayonara, Allan Védé nous ouvrait son univers dans l’intimité d’une soirée suspendue. Portrait d’un artiste indépendant, sincère et libre.

Les rires montaient doucement dans le salon feutré de l’hôtel Pley, ce jeudi soir-là. Quelques flûtes de champagne s’entrechoquaient dans une lumière tamisée, à deux pas de l’Élysée. Au fond de la pièce, entouré d’amis, de journalistes, et de regards curieux, Allan Védé confirmait ce que sa musique laissait déjà entrevoir : une sincérité sans fard, une ambition assumée, et une envie inaltérable de tracer sa propre route. Une poignée d’heures seulement avant que son nouvel EP, Sayonara, ne voie le jour.

Allan Védé en session live intimiste à l’hôtel Pley, le 24 avril 2025

La soirée avait le parfum rare des moments suspendus, ceux où l’on sent qu’une histoire s’écrit. Après plusieurs rendez-vous manqués, notamment son concert au Supersonic le 27 mars dernier, nous découvrions enfin Allan, non pas dans le tumulte d’une salle comble, mais dans l’intimité d’une release party prolongée jusqu’à tard dans la nuit. Et très vite, derrière l’artiste, se dessinait un portrait plus large : celui d’un jeune homme qui, loin des projecteurs faciles, a choisi la voie rude et belle de l’indépendance.

Quelques semaines plus tôt, au détour d’un appel téléphonique ponctué par le bruit d’une cafetière en marche, Allan nous avait confié sans détour ses ambitions et ses doutes. « C’est un peu la course en ce moment, mais c’est pour de belles choses », glissait-il, la voix légère malgré la fatigue.

Dédicace du vinyle « Sayonara » par son auteur.

L’apprentissage de l’indépendance 

Depuis son premier EP, il a avancé seul, multipliant les tentatives, les concerts, les sorties de singles, jusqu’à ce petit miracle inattendu : « C’est quand même fou », chanson écrite entre Paris et Bruxelles avec son ami Jaco, qui a trouvé un écho retentissant sur les réseaux et en concert. « Il y a toujours une part de magie dans la sortie d’un single » reconnaît-il avec humilité. Ce succès, il l’a doublé d’une version en duo avec Vernis Rouge, apportant une intensité nouvelle au morceau.

Mais Allan ne s’est jamais laissé happer par les coups d’éclat passagers. Avec Sayonara, il propose un véritable tournant. Un au revoir tendre et mature à ses premières années d’artiste. « Sayonara, ce n’est pas un adieu. C’est la fin d’une période pour moi, le début d’une autre », explique-t-il. Le mot, choisi autant pour sa résonance émotionnelle que pour sa musicalité, ancre ce projet dans une esthétique plus rock, plus organique, assumée de bout en bout.

Un aurevoir chargé de promesse 

Les six titres de l’EP naviguent entre élans du cœur et vagues de mélancolie. Dévore-moi explore la passion dévorante, La lune est immense chante l’absence et la distance avec une grâce suspendue – écrite en quelques heures seulement, après un au revoir Gare du Nord, lorsque la solitude se transforme en poésie. « C’était un moment suspendu, où tout semblait possible. »

Même « Saint-Malo » et « Rhum Coca », derrière leurs rythmes entraînants, traduisent un besoin d’évasion, un appel au lâcher-prise. « Saint-Malo, c’est l’idée de s’échapper du quotidien étouffant. Rhum Coca, c’est une chanson de fête, de plaisir simple. »

Mais derrière ces histoires universelles, il y a aussi l’histoire singulière d’Allan Védé, jeune artiste qui refuse de rentrer dans les cases.

Libre et fidèle à lui même 

L’indépendance, pour lui, n’est pas un caprice : c’est un choix vital. « J’ai créé ma propre structure en Belgique. Aujourd’hui, je suis entrepreneur autant qu’artiste », affirme-t-il. Derrière cette autonomie chèrement acquise, se cachent des sacrifices invisibles : gérer les plannings, organiser les sorties, démarcher les partenaires. Un travail de l’ombre, rarement glorieux, mais essentiel pour rester libre.

Il aurait pu chercher à plaire, lisser son discours, s’adapter aux tendances. Il a préféré rester lui-même. C’est ce qui donne à Sayonara sa couleur si particulière : l’énergie brute d’une guitare électrique, la chaleur d’une voix qui ne triche pas, et des textes qui disent, sans détour, les beautés et les cassures de l’amour. Sur scène, Allan défend ce projet avec la même intensité. Chaque concert est différent, vivant, habité. « Le live, c’est essentiel. J’aime improviser, sentir le public, rebondir sur l’instant » confie-t-il.

Demain, Allan Védé écrira sans doute d’autres chapitres. Peut-être plus lumineux, peut-être plus tourmentés. Peu importe. Ce qui est certain, c’est qu’il continuera d’avancer, fidèle à son instinct, loin des sentiers battus. À travers ce nouveau projet, il ne dit pas seulement « au revoir ». Il dit : je suis là, et je continuerai d’avancer, libre.