Une folk douce, trois voix, un oiseau pour guide… Back and Forth nous emmène dans un voyage suspendu. Rencontre au Printemps de Bourges, entre pluie fine et harmonies sincères.
Révélé en 2024 avec un premier album remarqué, Time Whispers, le trio Back and Forth trace son sillon dans une folk à la fois épurée et sensible. Leur univers, nourri d’influences indie folk anglo-saxonnes, trouve un nouvel écho avec la reprise sensible d’Oiseau, titre de Bertrand Belin et Laurent Bardainne, sortie le 11 avril accompagnée d’un clip.
À l’occasion de leur passage au Printemps de Bourges le 16 avril, sur la scène du Carré d’Auron, nous sommes allés à la rencontre de deux des trois membres du groupe, Valentine et Margot. Clément, troisième voix du projet, était absent ce jour-là. L’entretien s’est tenu en plein air, dans l’espace professionnel du festival, sous une météo capricieuse qui annonçait une deuxième soirée pluvieuse à Bourges. Le duo est revenu sur la genèse du groupe, leur processus de création, la place des reprises dans leur parcours et les prémices d’un second album en préparation.
Pour commencer, pouvez-vous nous raconter la genèse du groupe ? Comment le projet est-il né ?
Valentine : Donc, ça a commencé à peu près vers 2018-2019. On a commencé plutôt en duo avec Clément, donc je regarde la chaise vide, mais voilà. Et en fait, on faisait surtout des reprises, on a commencé à écrire quelques morceaux. Et puis Margot, elle a vite rejoint le projet, moins d’un an après le début en fait. Et là, on s’est mis beaucoup plus à écrire et c’est devenu plus un projet professionnel, si je peux mettre un mot comme ça un peu fort dessus. Donc c’est devenu plus sérieux dans nos vies.
Margot : Et peut-être dans la genèse, on peut rajouter qu’on se connaît depuis très longtemps tous les trois, parce que clément et Vald étaient au lycée ensemble. Et Clement et moi nous sommes frère et sœur.
« On aime beaucoup harmoniser les chants. On chante franchement à 70 % du temps à trois. » – Valentine
Comment définiriez-vous votre univers musical ?
Margot : si on parle de genre musical, on dirait plutôt que c’est de l’indie folk.
Valentine : Notre base de musique, on va dire que c’est beaucoup partie de guitare, trois voix. On aime beaucoup harmoniser les chants. On chante franchement à 70% du temps à trois. Et parfois, il y a des leads qui se détachent. Et ouais, on a des influences qui sont très folk. Et ce indie, ça a rajouté un peu parce qu’il y a plein d’autres choses qui nous caractérisent et qu’on apporte dans cette musique qui sortent du cadre. Un peu pure folk, on peut dire un peu américaine aussi, il y a ce mot-là qui est vachement apparu il n’y a pas si longtemps, donc voilà, un peu inspiré de toutes ces musiques anglo-saxonnes des années 70-70 américaines, mais aussi plein d’artistes qu’on aime beaucoup et qui sont très actuels et ancrés dans notre époque.
Margot : Un petit climax au niveau des instruments.
Valentine : Un peu plus d’intensité, un peu plus fort, oui.
Votre premier album Time Whispers est sorti en janvier 2024. Que représente-t-il pour vous aujourd’hui ? Une carte de visite ?
Valentine : Oui, sans doute que c’est quand même un super outil pour faire parler de nous et puis pour présenter aussi notre travail. Et puis en fait, avant ça, on avait juste sorti un petit EP qui justement était assez représentatif de juste ce travail de guitare-voix. Donc là, c’était important aussi pour nous de pouvoir aller au bout de ce projet-là, qui était beaucoup plus représentatif de notre évolution et de là où on en était aujourd’hui, enfin, l’année dernière quoi. Et puis même, c’était une super expérience. C’est vraiment génial aussi d’avoir tous ces morceaux-là, de réussir à les fixer, à les mettre quelque part et de pouvoir les partager.
Est-ce que cet album a contribué à votre présence au Printemps de Bourges cette année ?
Valentine : J’espère, peut-être. Je pense aussi qu’on a un super réseau qui nous suit. Notamment là, nous, on va jouer dans l’espace de la région Centre et de la Fracama. Et je pense que c’est aussi grâce à eux parce qu’ils nous suivent, ils nous accompagnent, ils nous soutiennent dans notre évolution, notre parcours. Et ils nous aident quelque part à franchir des étapes. Mais on a une super équipe, en fait. C’était le cas avant l’album, et depuis l’album aussi. On est avec Vlad, c’est un label rennais, donc c’est grâce à eux qu’on a pu enregistrer ce premier album. Il y a Liloprod qui nous suit depuis pratiquement le début, et c’est grâce à eux aussi, tout ça. Donc en fait, cumulé, il y a Daydream évidemment… c’est toute cette équipe-là qui est vraiment chouette et qu’on a beaucoup de chance d’avoir. Je pense que c’est ce qui fait qu’on arrive à ce genre de soirs. Donc c’est super.
C’est un festival que vous connaissez bien ? Avez-vous déjà tenté l’aventure des Inouïs auparavant ?
Valentine : Ah oui, alors nous, on postule tous les ans aux Inouïs. Après, je ne sais pas si on est assez dans la mouvance de ce qu’ils recherchaient. Mais en tout cas, c’est bien de le faire. Et nous, en fait, on est à Argenton, à une heure et demie d’ici. Donc comme on disait tout à l’heure, on a pas mal fréquenté le festival. Quand on était au lycée, on venait beaucoup. Là, ça faisait quelques temps qu’on n’était pas venus quand même, mais on venait voir les concerts, que ce soit les Inouïs ou les concerts du soir avec les stars.
« Ce serait mon pouvoir préféré si je devais en choisir un. […] Les oiseaux, c’est merveilleux et ils sont importants. » – Margot
Vous venez de sortir une reprise du titre Oiseau de Bertrand Belin et Laurent Bardainne. Pourquoi avoir choisi ce morceau ?
Margot : On a choisi ce titre parce qu’à un moment, on faisait des petites capsules pour les réseaux, des reprises. On en publiait régulièrement, parmi des morceaux qu’on aime beaucoup et qui ne sont pas forcément de notre style à la base. Et on avait envie d’un morceau en français aussi. On aime beaucoup ce que font Bertrand Belin et Laurent Bardainne. Et ce titre en particulier, parce qu’on avait l’impression de pouvoir y apporter quelque chose. On a mis des harmonies vocales, on a pu se l’approprier. Et puis parce qu’il touche. Comme disait Clément (qui n’est pas là) L’Oiseau, le fait de voler, c’est un rêve qu’on a tous eu à un moment. Moi je sais que ce serait mon pouvoir préféré si je devais en choisir un. J’y pense souvent à ça. Et les oiseaux, c’est merveilleux, et ils sont importants.
Avez-vous eu des retours de Bertrand Belin ou Laurent Bardainne à ce sujet ?
Valentine : Quand on avait fait la petite capsule l’été dernier, on avait eu un retour super gentil de Laurent Bardainne, qui a composé le morceau. Mais non, pas encore de retour de Bertrand Belin. On espère que ça arrivera à leurs oreilles.
Margot : Mais c’est tout frais aussi.
Est-ce que cette reprise s’inscrit dans un projet plus large ou s’agit-il d’une initiative ponctuelle ?
Valentine : On aimerait bien peut-être prendre cette habitude de sortir des reprises. Ce n’est pas forcément un objectif immédiat, mais c’est quelque chose auquel on pense, parce qu’on en a toujours fait depuis le début du groupe. Et certains morceaux sont vraiment appropriés et assez différents de l’original, donc c’est un exercice sympa.
Comment fonctionne votre processus créatif à trois ? Comment se répartissent les rôles ?
Margot : Eh bien, généralement, chacun travaille sur des textes et des musiques. On arrive avec une création plus ou moins élaborée, qu’on va enrichir, transformer, arranger ensemble. Mais globalement, on fait tout à trois : paroles, musique.
Valentine : Ça dépend de chacun. Moi, je ne pars jamais du texte. Toi, tu pars souvent du texte. On a tous nos manières de faire. Et ce qui est chouette, c’est que tous les trois, on écrit et compose. Les arrangements se font tous ensemble, même si chacun a ses facilités. Margot joue de la batterie, de la guitare, elle chante. Clément joue de la guitare, de la batterie, il chante aussi. Moi, je joue un peu de guitare et je chante. Par exemple, moi, je ne proposerais jamais d’arrangement de batterie. Donc ce sont les forces de chacun qui se révèlent. On essaye toujours toutes les idées, on enregistre… Ça se passe comme ça.
Margot : Oui, l’idée c’est que les trois adhèrent à la proposition, sinon on ne se retrouvera pas tous dans le morceau. Même si le morceau part d’un individu, il doit ressembler au groupe à la fin.
« Ce qui est bien d’être trois aussi, c’est qu’on peut se partager ses doutes. […] C’est une belle force. » – Valentine
Travaillez-vous en ce moment sur un nouveau projet ou un deuxième album ?
Valentine : Oui, on commence, c’est déjà bien entamé. On écrit des nouveaux morceaux, on prépare un nouvel album, et un nouveau live aussi. C’est une super période. On est contentes, même si c’est parfois la tempête : des doutes, des incertitudes… Mais comme on est trois, on peut se relayer, partager nos moments de doute. On ne repose pas sur une seule personne pour écrire, c’est une vraie force.
Comment naissent vos chansons ? Est-ce que c’est l’histoire d’une seule personne ou vous essayez de vous retrouver dans une histoire commune ?
Valentine : Je pense que ça part d’une personne, mais chacun peut s’y retrouver. C’est universel. La langue anglaise permet aussi ce flou, ces images. Une chanson sur le deuil peut être perçue comme une chanson de rupture, par exemple. Ce que le public y projette dépasse souvent l’intention initiale. C’est ce qui rend les chansons vivantes.
Pour quelqu’un qui ne vous connaît pas, à quoi peut-on s’attendre en venant vous découvrir sur scène ?
Valentine : On va présenter une formule plutôt acoustique. Il faut s’attendre à un moment de douceur, je pense, avant d’aller voir des gros concerts de soirée. Peut-être un petit apéritif musical, une mise en bouche avant la suite.
Le live que vous présentez ce soir est-il différent de votre formule habituelle ?
Valentine : En fait, on a deux formules. Celle-ci, plus acoustique, et une formule plus complète, avec batterie, guitare électrique… On aime bien jouer les deux. Ce sont deux parts de nous.
Vous êtes artistes émergents. Est-ce que vous vivez aujourd’hui de votre musique ?
Margot : Oui, pour l’instant, on y arrive. Ça fait trois ans qu’on est intermittents. On a chacun d’autres petits projets autour, mais notre gros projet, c’est celui-là. On croise les doigts pour que ça continue.
Valentine : Notre force, c’est qu’on est super bien entourés. Mais ce n’est pas toujours facile. La première année, on a fait toute notre intermittence avec ce projet. Depuis, on complète avec d’autres groupes, d’autres dates, ou de la médiation culturelle. Et avec le contexte actuel, où les financements se réduisent, c’est un peu inquiétant.
Margot : Et comme on fait de la folk, qui n’est pas dans le courant dominant, c’est parfois plus difficile à défendre.
Enfin, si vous deviez donner un parfum ou une couleur à votre prochain album, lequel serait-il
Valentine : Après la pluie ? (Référence à la pluie qui tombait ce jour là) Je ne sais pas… Moi dans ma tête, je vois plein de couleurs. Des couleurs primaires. Notre premier album était noir et blanc, ça représentait bien là où on en était. Là, on revient peut-être à la couleur… Mais c’est hyper personnel. Peut-être que Clément serait d’accord, Margot pas du tout ! On verra. Je pense qu’on reste dans notre ligne directrice, mais j’avoue que je ne sais pas trop.
