Le Nutfest autoproclamé mini festoche par les potes pour les potes prend vie à Andresy dans le Yvelines, en bordure de la Seine. Pour sa 6e édition, entre deux journées d’animations en tous genres les 29 et 31 août, neuf groupes/artistes se sont succédés tout au long de l’après-midi et de la soirée du 30 août, sur une scène installée pour l’occasion dans le jardin de l’organisateur.

Notre motivation première pour participer à ce festival, était d’encourager Kloahk, un projet que nous avons à cœur de soutenir depuis quelques années (présentation du single Black and White, chronique de l’EP Verso 3). Cependant, quelques échanges par messages avec l’équipe, via le compte Instagram du Nutfest ont tôt fait de nous convaincre que ce concept méritait d’être exploré avec attention.

Faire jouer vos groupe préféré dans votre jardin et y convier vos potes, vous en avez rêvé ? Bab l’a fait.

Le Nutfest a vu le jour en juin 2020 sous la forme d’une réunion d’une trentaine d’amis dans le jardin de la maison en travaux de Bab, en vue de compenser la frustration de l’annulation du Hellfest, covid oblige. La bande de copains avait poussé le délire jusqu’à créer une affiche très inspirée dudit festival, cependant la fête s’était résumée à boire des coups autour d’un barbecue, en se remémorant les souvenir des précédentes édition du festival de metal clissonais. Les deux éditions suivantes se sont déroulée sur le même principe, mais à 60 potes puis à 80. Au cours de la troisième version, l’éthylisme ambiant inspire l’idée d’installer une scène, toujours dans le même jardin, et de faire jouer des groupe pour l’édition suivante, la quatrième édition en 2023. D’un même élan, naît le super groupe collectif Nutfest United, un concept au line up adaptable qui mélange des membres de différents groupes de musique pour proposer des reprises déjantées du monde métal et conclure, à chaque nouvelle édition du Nutfest, la journée dédiée aux concerts, juste avant le DJ set.

Le principe de départ des ces festivités reste inchangé : il s’agit d’une fête entre potes, le respect est la règle d’or et on prend soin les uns des autres. Un festival qui garde nos clés de voiture à l’entrée, et nous les rend uniquement si notre taux d’alcoolémie est adéquat pour nous permettre de reprendre le volant, c’est trop chou ! Les membres de l’équipe organisatrices se font appeler les guerriers de la noisette ou les écureuils, en souvenir de Jean-Noisette, un bébé écureuil blessé recueilli, biberonné et remis en liberté dans le domaine où se déroulent les festivités. Pour sa 6e édition, le Nutfest c’est 65 artistes et bénévoles pour 197 participants.

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Nos contraintes horaires combinées à un guidage GPS capricieux ont eu raison de notre ponctualité, nous privant alors du set de Remy Dodds, le musicien pionnier du Nutfest puisqu’il est le tout premier à s’être jamais produit sur la scène du microfestoche à l’occasion de sa quatrième édition. Aujourd’hui comme en 2023, il est venu seul accompagné de sa guitare pour initier cette journée dédiée aux concerts. Un peu déçus d’être passés à côté de ce moment, notre curiosité nous a conduit à découvrir, a posteriori, quelques-uns des titres les plus écoutés de l’auteur compositeur interprète de chanson française / swing. Entre les très jolis textes d’une Histoire de fleurs contant une aventure toute en références florales et expressions horticoles, Le Pigeon aspirant à quitter la grisaille parisienne pour le soleil brésilien ou l’Hypochondriaque qui « chez son médecin à pris une carte fidélité en attendant qu’il propose un forfait illimité », le morceau Mélodies graphiques retient particulièrement notre attention. Ce dernier voit s’entremêler le champ lexical des arts graphiques avec celui de la musique, ainsi mélodie, harmonie, et les si, les sol, et les ré, se voient agrémentés de couleurs pastelles, d’aquarelles, et soulignés au fusain.

Remy Dodds – photo issue de sa page Facebook

Notre premier concert au Nutfest sera donc celui de Wack The Fuck, la rencontre entre deux groupes d’amis musiciens réunis pour nous proposer un set composé de reprises. Trois voix s’alternent ou se répondent, une voix masculine pour deux voix féminines. S’enchaînent alors des classiques du rock français : Éteins la lumière d’Axel Bauer, Ici Paris et Comme elle vient de Noir Désir (la voix de Vaness sur la première, Joe au chant sur la deuxième), seule Vaness se lance sur les morceaux en anglais, comme Jumpin’Jack Flash des Rolling Stones. La salsa du démon voit les deux chanteuses se transformer en anges maléfiques : cornes de diables, ailes écarlates et boas contrastés de rouge et de noir viennent pimenter leur nouvelle version de ce tube incontournable des années 80.

Pour les avoir découvert en co-plateau avec Kloahk au Barde Atomique (un lieu de concerts et de répétitions très sympa qui a malheureusement fermé ses portes en mars dernier) le 5 octobre dernier à l’occasion de la sortie de leur premier EP From Nowhere to Somewhere, nous étions impatients de retrouver TumblWudd dont nous avions beaucoup apprécié la performance quelques mois plus tôt. Nico, Thibault, Clémence et Félix (derrière la batterie, certains auront peut-être reconnu le technicien lumière et régisseur sur certaines dates de la tournée du groupe Shaârghot) bénéficient aujourd’hui du soutien appuyé d’un public très enthousiaste : peintures de guerres sur le visage (logo du groupe, prénoms des membres), pancartes peintes, ces belles attentions sont dignes des plus grands fanclubs ! Cette joyeuse assemblée s’investit pleinement dans les pogos, circle pits, applaudissements intenses et autres cris de joie. Cela nous encourage à reprendre nous aussi, des paroles toutes simples de type Fuck You, Drink Now ou Wake Up. Sur le titre The Red Road on se retrouve même à accompagner le groupe de nos mélodieux oh oooh ohohooohooo vocaux. On déplore un pétage de plomb, non pas le comportement des fans qui déraille, mais une crêpière branchée en même temps qu’une bouilloire, à moins que ce soit la foudre, tombée pas très loin qui se soit transmise via les rails jusqu’à la Seine, électrocutant ainsi un poisson responsable de l’incident technique (Bab a beaucoup d’imagination quand il s’agit de justifier quelque mésaventure). Qu’importe, cet évènement fortuit justifie idéalement un moment de chant a cappella par Nico et nous offre une belle occasion d’exprimer notre coup de cœur pour sa voix et sa façon de chanter. Et puis c’est raccord avec le morceau Voice of Silenced, dédié à toutes les personnes silencieuses face à ce monde bruyant. En tous cas, TumblWudd nous a fait crier, et ça fait un bien fou !

Arrive notre moment tant attendu, notre bulle suspendue. L’univers de Kloahk fait tellement écho en nous, que notre écoute en est devenue ritualisée : depuis plus deux ans, le projet rock indus planant mélancolique onirique magique fantomatique cathartique plafonne invariablement dans notre « top trois » mensuel d’artistes les plus écoutés. On n’a peut-être pas de pancarte ou pas de peinture sur le visage comme la fanbase de TumblWudd, mais nous formons une petite brochette de t-shirts estampillés Kloahk (achetés au merch officiel s’il vous plait, même si l’on déplore des ruptures de stock un peu trop fréquentes à notre goût) scotchés à la barrière devant la scène. On est plus calme que devant le concert précédent, il faut dire que l’ambiance se prête ici davantage à la contemplation. Quelques tensions palpables chez les membres du groupe lors de la mise en place du plateau qui s’avère plus complexe que prévu, s’évaporent dès les premières notes jouées. Aujourd’hui, les médiators et baguettes utilisés par les musiciens sur scène sont offerts par des fidèles du groupe, présents dans le public, pour compenser leurs nombreuses demandes de ces accessoires en souvenir, à l’issue des précédents concerts. Kloahk se produit en trio pour la première fois : Paul (guitare, machines, chant, composition, tout ça) toujours accompagné d’Olivier à la batterie, a recruté dernièrement Pierre-André (bassiste du groupe Vestige) pour se délester des parties de basses qu’il assurait lui-même jusqu’alors. Les musiciens adoptent le visage d’un fantôme au regard torturé : maquillage blanc, yeux noirs, costumes chemises cravates sobres, uniformément noirs ou contrastés de blanc. Si la météo incertaine attisait nos craintes de voir des trombes d’eau s’abattre sur nous, la grisaille du ciel prend, sous les mélodies de Kloahk, sa dimension la plus apaisante et nous invite à faire de notre mélancolie notre meilleure alliée. Lorsque nous nous laissons gagner par l’univers de ce petit fantôme cloîtré dans un poste de télévision, nos paradoxes, nos aspérités et nos excès se sentent alors particulièrement compris et l’acceptation de nos inconstances nous entraîne vers la délivrance de nos entraves émotionnelles. Les guitares lourdes et sombres s’étalent sur les mélodies aériennes sans pour autant les écraser, accentuant le contraste qui donne à la musique de Kloahk toute sa particularité. La voix de Paul plus nuancée qu’au précédent concert, progresse encore pour agripper nos tripes avec toujours plus d’intensité. Nous étions déjà conquis, et le public derrière nous semble également répondre de manière enthousiaste à cette magnifique prestation. Une pluie fine s’invite en fin de set pour prolonger les effets de cette mélancolie libératrice.

Sinveil a tôt de fait de nous ramener dans une dimension plus terrienne. Ce projet bien mystérieux, quasiment introuvable sur internet si ce n’est via un compte Instagram ouvert le 5 juin dernier, une succincte chaîne Youtube proposant deux demi vidéos et un Linktree dont le lien Spotify renvoie vers Zouk Machine, déboule avec son metalcore puissant (et mélodique, mais notre première impression est plutôt explosive). Nous sommes peu enclins à nous extirper de la torpeur dans laquelle Kloahk nous a plongés, mais Sinveil a les moyens de nous en extraire. Un fois nos brumes intérieures dissipées, nous reconnaissons notre hôte Bab à la guitare et au chant (c’est pratique de se programmer dans son propre festival, Bigflo et Oli le font aussi), Dylan lui répond en voix saturée, Stéphane est à la guitare, Edouard à la batterie et Vince à la basse. La suite du set nous apprend que le groupe a été créé lors d’une soirée au feu le Barde Atomique le 7 décembre dernier et que Wonderwall d’Oasis peut être cool quand elle est reprise en mode tartouille dans la tronche. Ce soir, nous assistons au tout premier concert de Sinveil, voilà donc pourquoi les informations à leur sujet se font si rares. Une enquête minutieuse nous apprend que Dylan et Vince tentaient de convaincre Bab de les rejoindre sur ce projet depuis plusieurs années et que ce dernier a cédé lors d’une soirée organisée pour son anniversaire (l’alcool encore, générateur d’idées saugrenues mais toujours menées à bien par cette joyeuse bande de potes), qu’un clip est à paraitre prochainement et que leur premier album arrivera vite mais on ne sait pas quand. Débrouillez vous avec ça, mais surtout allez les découvrir sur scène si l’occasion se présente.

Du metalcore encore ! Lies we Sold ouvre son set avec Sun le titre d’introduction de son premier album Words sorti en 2020, la mélodie laisse rapidement place à l’intensité et donne le ton d’un univers dans lequel s’alternent colères et désillusions en cohérence avec l’ambiance lumineuse majoritairement rouge et bleue. Anthony assure le chant en voix claire comme en voix saturée, sa présence scénique impose une force tranquille et lui confère un capital sympathie non négligeable, provoquant une attraction magnétique vers la scène. La setlist pioche équitablement dans les trois disques parus depuis le début du projet. Quentin et Alexandre aux guitares, Maxime à la Basse et Florian à la batterie s’appliquent à nous imprégner d’une atmosphère puissante et envoutante qui motive quelques pogos dans lesquels on reconnait certains musiciens qui foulaient la scène précédemment (voilà tout le charme d’un festival de potes pour les potes). Les derniers morceaux nous réservent des pépites comme Fragments, le dernier single en date et le magnifique Ethereal Dreams notre morceau préféré. Début octobre, Lies We Sold partira en tournée au Royaume-Uni et s’arrêtera à Bristol, Norwich, London et Derby. Il se sont également produits sur la Menn’Stage du Mennecy Metal Fest quelques jours après leur prestation au Nutfest.

Eux-mêmes se disent racailles du 95, T.E.M.P. (TRIBAL ENGINE FOR METAL PLAYERS) débarque avec son metal fusion crossover aux textes en français. Sur scènes, ils se charrient entre musiciens avec bonne humeur et mettent un point d’honneur à communiquer abondamment avec le public. Les pogos s’intensifient et les taux d’alcoolémie croissants génèrent quelques chutes humaines et évasions de téléphones portables ou de casquettes, tous relevés et ramassés en un rien de temps dans la bienveillance qui caractérise si bien l’esprit de ce petit festival. T.E.M.P. connu pour son franc-parler, ne se prive pas d’apporter un note contrastée à cette euphorie en nous rappelant que « ça ne sert à rien de faire des enfants dans un monde déjà niqué » pour introduire le morceau Naître ou ne pas être, ils ne manquent cependant pas de cohérence : quoi de plus logique, pour conclure un set, que de choisir un morceau qui s’appelle Stop. Ils nous laissent ainsi, à mi-chemin entre l’enthousiasme et la réflexion.

L’enchainement des concerts à pris une bonne heure de retard, nous sommes contraints de prendre le chemin du retour avant le début du set de Nutfest United, ce collectif super groupe conceptuel né d’esprits alcoolisés à l’occasion de la 3e édition du Nutfest. Le line up de cette édition inclut les cinq membres de Sinveil, les quatre membres de Tumblwudd, Vaness de Wack The Fuck, Remy Dodds puis quelques musiciens qui n’ont pas encore joué aujourd’hui : Alex E20 et Geoff du groupe Coal ainsi que Rafi et Thomas de Nutfest United. Nous avons donc manqué Bab sur le toit en introduction du concert et plein d’autres pépites déjantées de reprises métal.

La soirée s’achève avec le DJ set de Julien R et un feu de camp qui voit flamber une représentation en carton de Jean-Noisette, en hommage au petit animal, inspiration majeure du nom de ce très chouette microfestival par les potes pour les potes qui nous a converti à ce concept particulièrement fédérateur (mais n’y venez pas trop nombreux, le jardin de Bab n’est pas extensible).

Je souhaite adresser remerciement tout particulier à Cyril alias Kolmas Paiva pour m’avoir suivi dans ce délire au pied levé et m’avoir permis d’illustrer ce live report avec ses très jolies photos.