Il y a des artistes qui cheminent sans plan préétabli, guidés uniquement par l’instinct et le besoin de créer. Laces, de son vrai nom Dhali Sebie, fait partie de ceux-là. À seulement 21 ans, il a déjà sorti un premier projet et amorce une mue artistique assumée, entre héritage, expérimentation et ambition renouvelée. Nous avons eu l’occasion de le rencontrer et de discuter de sa philosophie artistique ainsi que de son prochain EP.

Pour ceux qui ne te connaissent pas encore, pourrais-tu te présenter et nous parler de ton projet musical ? 

Je m’appelle Dhali et j’ai 21 ans. Je suis né dans le sud, j’ai des origines algériennes et italiennes du côté de ma mère. Ça fait huit ans que je fais de la musique, mais ça fait seulement cinq ans que j’écris et deux ans que je publie officiellement mes sons sous le nom de Laces. C’est le fruit d’une envie assez spontanée, celle de montrer mon univers et mes influences. 

Si tu devais définir les influences de Laces, ce serait lesquelles ?

Pour les projets à venir, je dirais que c’était si Talking Heads et The Cure avaient fait un enfant avec Radiohead et la new wave, avec comme parrains Rachid Taha et Fela Kuti. J’ai beaucoup d’influences et j’essaie surtout de me faire kiffer. Les sons, je les fais d’abord pour moi. Et je pense que quand on part de ce principe-là, ça va forcément toucher des gens. 

Talking Heads, The Cure, Rachid Taha… Ce sont les artistes qui t’ont le plus marqué ?

J’ai plein d’influences. Mon père écoutait beaucoup de funk, donc la rythmique m’a beaucoup marqué, mais aussi du Bruce Springsteen, des sons algériens…Ma mère est plus dans le folk et la musique des années 80. Ils ont une culture musicale large. Je suis aussi très inspiré par les rythmiques africaines, type afrobeat, yoruba, highlife. Tout ça, ajouté à mes origines, m’ont poussé à me tourner vers ces sonorités-là et j’ai encore plus envie de les mélanger avec tout ce que j’aime.

© Aya Omrani

Le rock britannique a aussi une place importante dans ton héritage musical. Qu’est-ce que t’en as retenu pour ensuite le retranscrire dans ta musique ?

Je ne saurai pas te dire, parce que je ne fais pas les choses en ayant un but précis. Ce sont plus des choses qui me viennent, qui résonnent en moi et qui finissent forcément par ressortir. J’ai une approche plutôt enfantine par rapport à la musique, je ne l’intellectualise pas trop. J’ai jamais pris de cours de musique, j’ai toujours tout appris tout seul. Je ne suis pas du genre à dire « j’ai créé ce riff parce que je voulais faire ça ». Ça ne m’intéresse pas et ça me fait chier quand les artistes le font. 

Quand tu as commencé à faire de la musique il y a huit ans, est-ce que tu t’es directement dit que c’était ce que tu voulais faire de ta vie ? 

Je ne m’autorisais pas forcément à me dire ça, sans doute des croyances limitantes. Mais je me suis rendu compte qu’au final, rien d’autre ne me faisait vibrer. 

Quand est-ce que tu t’es donné l’autorisation de vraiment faire de la musique à un niveau professionnel ? Est-ce que c’est quand tu as commencé à écrire ? 

J’ai commencé à écrire il y a deux ans, mais je me disais que c’était un petit truc à côté. Et je pense que quand on veut réussir quelque chose, on doit s’y mettre à 100%. C’est cet été où j’ai réalisé que je voulais m’engouffrer dans ce chemin, car je ne vois que celui-là. 

pochette de l'EP Yaméba de Laces
Pochette du premier EP de Laces : Yaméba. © Dhali Sebie

T’as déjà réalisé un premier EP. Est-ce que tu peux nous en parler ?

J’avais effectivement sorti un premier EP l’année dernière qui s’appelait Yaméba. J’ai fait beaucoup de jams à Paris et ça m’a appris à composer de manière organique. Des riffs que j’avais sortis en jammant ont été réutilisés dans ce projet. Cet EP est très important car c’était quelque chose que j’ai fait pour moi, pour me prouver que je pouvais le faire. Je pense que je vais faire table rase pour repartir sur de bonnes bases, même si il sera toujours disponible en format physique. C’était un mixage un peu DIY, alors que là c’est vraiment professionnel et mes influences ont changé depuis. Mes objectifs aussi, d’ailleurs. Quand tu enregistres des sons dans ta chambre ou même dans ta cuisine comme j’ai pu le faire, ça a un certain charme mais ce n’est pas le même type d’ambition. Là, c’est plus évolué. Je pense que le projet sortira en mai. On prévoit des clips, dont un que j’ai déjà sorti sur les réseaux. 

Est-ce que t’as l’impression que ton premier EP ne résonne plus avec l’artiste que tu as envie de devenir ?

Il résonne encore énormément. Mais il ne correspond plus à mes ambitions. Certains couplets sont bien, mais j’en veux plus. Même avec des sons que j’ai finis pour le prochain projet, je pense pareil. J’ai toujours envie de peaufiner, de rajouter, mais à un moment il faut s’arrêter. C’est comme les peintres qui risquent de faire le coup de pinceau en trop. 

Quand on t’entend, on dirait que t’es rarement satisfait de ce que tu fais. Mais est-ce qu’il y a un moment où tu te dis qu’un de tes titres a atteint sa forme parfaite et finale ?

Je pense que c’est surtout le cas pour les morceaux plus introspectifs. Parce que j’ai dit tout ce que j’avais à dire. J’atteins une étape où je ressens quelque chose qui me dit : “là, tu as tapé au bon endroit”. Notamment celui que j’ai sorti récemment, « Old Shoes », où je me suis dit qu’il se suffisait à lui-même. 

D’ailleurs, pourquoi tu as illustré « Old Shoes » avec un clip DIY, avec une esthétique VHS ? 

J’avais déjà fait un clip, « Keep Me Young », avec des amis. Mais ce son-là, « Old Shoes », je l’avais enregistré tout seul dans ma chambre. J’avais envie de faire un clip tout seul aussi. Avec l’ambiance de cette chanson, je n’arrivais pas à voir un clip produit. J’avais une vision du titre un peu surréelle : c’est filmé avec un ancien appareil, mais la musique est récente. C’est entre le passé et le futur, comme une sorte de « lost media ». D’ailleurs le clip à taper les 100k sur Instagram, va connaître les joies de l’algorithme…

Pourquoi c’est le premier titre que tu avais envie de sortir ? Et pourquoi c’était cette esthétique que tu voulais montrer en premier ? 

D’abord, parce que c’est un morceau qui m’a touché à faire. C’est aussi le morceau le moins produit de l’EP et ça crée une passerelle entre ce que j’avais fait avant et ce que je fais maintenant. Puis ça me permet aussi de garder la surprise lorsque les morceaux plus produits sortiront.

Et le prochain titre que tu vas sortir ?

Ce sera mon premier single de l’EP, « Green Park Hotel ». C’est le premier son que j’ai enregistré pour le projet. C’était une phase assez particulière de ma vie : j’avais fait une rencontre créative qui m’a permis d’enregistrer ce son qui correspondait à mes envies et mes attentes. Je venais aussi de sortir assez brutalement d’une relation, j’avais fini mes études et je savais pas ce que j’allais faire après. C’était le flou total. Ce son est arrivé et il m’a fait me rendre compte que j’étais en train de passer à une étape supérieure. Et que je voulais m’engouffrer dans ce nouveau chemin. Ce titre, c’est vraiment une mue. J’ai donc envie que ce soit le premier single, parce que non seulement il y a une grosse production, mais aussi pour tout ce qu’il représente à titre personnel, c’est un peu une revanche.

Single qui sera accompagné d’un clip ? 

C’est ça. Dis-toi que quand j’étais tout petit, je voulais être réalisateur de film. J’ai envie de faire de très belles images pour ce morceau. En fait, quand je compose, j’ai des images dans la tête. D’ailleurs, « Green Park Hotel » n’est pas du tout un titre personnel : j’imaginais un homme en Corée qui poursuivait le fantôme d’une femme dans un hôtel. 

Est-ce que ça veut dire que t’as besoin d’exercer un grand contrôle sur la réalisation de tes clips ?

Oui, mais je suis totalement ouvert à la collaboration, vu que ce n’est pas moi qui réalise mes clips, mais j’écris les scénarios. Il faut juste que je travaille avec des gens qui sont similaires sur pas mal de points. J’ai déjà refusé de travailler avec des gens parce qu’ils ne partageaient pas les mêmes valeurs que moi et j’en n’ai pas honte.

© Mathieu Raber

On a déjà un nom pour ton prochain projet ? Ce sera d’ailleurs un EP ou un album ? 

Je pense que je vais d’abord balancer un EP avec 5-6 titres, histoire de montrer ce que je vaux. Et ensuite peut-être défendre un album par la suite. À voir ! Pour le moment, je suis en phase d’enregistrement et de mixage, puis je me laisserai porter par le vent.

Quand les gens écoutent et écouteront ta musique, qu’est-ce que tu voudrais qu’ils se disent ou ressentent ? 

Juste qu’ils comprennent mon univers. Je me fiche de ce qu’ils peuvent dire ou comment ils peuvent l’interpréter, car c’est propre à eux. En fait, j’arrive pas à penser aux autres. Je dois d’abord le faire pour moi et je dois être 100% aligné avec ce que je fais. Je suis mon premier auditeur. Kevin Parker de Tame Impala disait : quand je fais un son, je veux que ce soit mon son préféré pendant une période de temps. Pour le moment, j’en suis encore à ce stade. Mais il y a quand même des moments où je me pose cette question. Avant, j’avais un style d’écriture un peu plus introspectif, mais là j’essaie d’exprimer des choses qui sont concrètes et j’aimerais qu’on les comprenne. Par exemple, il y a un des sons qui est politique et j’ai envie que ce que je dis soit compris stricto sensu. 

Donc dans ta musique on retrouve de l’introspection, des propos politiques mais aussi de la narration… Si tu devais définir une ligne directrice pour ton prochain projet, ce serait laquelle ? 

Je pense que ce serait dans la production de l’album. Même si les intrus ne se ressemblent pas toutes, ma ligne directrice serait ma façon de voir les choses. Même si ça passe par l’introspection, c’est quand même moi qui porte un regard sur quelque chose et qui l’exprime par les instruments, les rythmiques, mes influences, etc. 

Laces concert 31 janvier 2026 galerie Boadicee Paris

D’ailleurs, tu vas défendre ton projet lors d’un concert le 31 janvier. Tu peux nous en dire plus sur cette date ? 

Ce sera dans la galerie Boadicee à Paris. C’est un endroit cool pour faire le rodage de mes morceaux. J’ai hâte de pouvoir retranscrire mes intentions. Parce que j’ai des morceaux ultra produits, mais pendant ce concert ce seront des versions assez dénudées avec peu d’instruments, quasi acoustiques. Ça me permettra de voir la vraie force des morceaux et si j’arrive à bien transmettre l’énergie du message. Et bien évidemment, j’ai envie de voir comment les gens réagissent. Même si je ne fais pas de la musique pour les autres, j’aime le partage du live. Si les gens se font chier, je vais tout changer (rires)

Laces, à l’origine, c’est un projet d’impro car comme je t’ai dit, j’ai appris à composer en faisant beaucoup de jams. Et pour le concert du 31 janvier, j’ai dit aux musiciens qu’ils devaient se faire kiffer. On va jouer 9-10 morceaux et sûrement quelques covers en plus. Je veux qu’il y ait un échange entre nous mais aussi avec le public. Ça va être comme si j’étais dans ma chambre, on va revenir au moment où je les ai créés, dans une capsule d’énergie. 

Est-ce qu’il y a des titres que tu aurais rêvé d’avoir composés ? 

Il y en a tellement, mais je sais ce que je voudrais faire. Mon rêve, ce serait de faire un jour un album d’afrobeat rendant hommages aux sonorités nord-africaines, mais aussi New wave, Rock et Alternatives.

Si vous êtes férus de découvertes et de rock alternatif, vous savez ce qu’il vous reste à faire : rendez-vous le 31 janvier à la galerie Boadicee !