C’est au Pan Piper, le 30 janvier, que Gervaise a choisi de célébrer la sortie de son nouvel album La Pudeur. Si l’acceptation de soi et de sa féminité constituait déjà la colonne vertébrale de son EP Chair Tendre, l’artiste a atteint un nouveau cap avec ce nouveau projet, où la vulnérabilité est revendiquée et acceptée, au lieu d’être seulement suggérée et désirée.

Retour sur un concert traversé d’émotions, où artiste comme public ont laissé tomber leurs couches de protection pour vivre une véritable communion.

Amay Laoni en première partie

C’est à la Canadienne Amay Laoni qu’incombe le rôle d’ouvrir la soirée, une choix qui s’impose dès les premières minutes comme une évidence. Chaleureuse, spontanée et drôle — « J’aime tellement la France que je récupère tout, même les virus », lance-t-elle en riant —, elle navigue avec aisance entre élan festif et fragilité assumée. Avec « Ça va », réarrangé au piano dans des teintes jazzy (loin de la pop électro de la version studio), la foule commence à se mouvoir.

L’enthousiasme monte encore d’un cran avec la relecture disco de « Du tout », avant de se fissurer joliment sur « Le Tournant ». Sa voix s’y brise sur un aveu désarmant : « Je te dis “ça ira”, mais en vrai, je sais pas ».

En une demie-heure, Amay Laoni incarne à merveille le phénix qui habite son album Le cœur des oiseaux de cendre : elle brûle, vacille, puis s’élève… Toujours dans un éclat de lumière.

Gervaise, la « guerrière fragile »

L’attente devient presque palpable lorsque les lumières s’éteignent. Les musiciens prennent place, accompagnés d’une voix pré-enregistrée, avant que Gervaise apparaisse vêtue d’un costume-armure. Une Jeanne d’Arc de la pop qui, en balayant la salle d’un regard déterminé, semble prête à prendre les armes. Pourtant, dès les premières notes de « FAME », ce ne sont pas des ennemis qu’elle affronte, mais les coeurs et les corps du public qu’elle conquiert. Les basses électro font vibrer le Pan Piper et la fosse cède immédiatement au groove.

Gervaise Release Party La Pudeur Pan Piper 30 janvier 2026

Après avoir démarré sur les chapeaux de roue, Gervaise prend la parole pour nous accueillir dans son monde : un espace où elle se déleste de ses carapaces et de ses protections, pourtant si fidèles. « HELLO » devient alors un manifeste pour les personnalités introverties, porté par une ligne de synthé irrésistible. Qui aurait cru qu’on danserait sur « les chit chat et les small talks c’est du bullshit » ?

Peu à peu, l’armure tombe. Première couche retirée pour « Ça déchire », puis Gervaise dévoile ce qui se cache sous le métal : une hypersensibilité précieuse. « ULTRASENSIBLE », aux accents électro 80’s, célèbre celles et ceux qui ressentent tout trop fort, mais avancent quand même.

Puis la dernière protection disparaît. Les musiciens quittent la scène. Gervaise reste seule. Le silence devient presque sacré lorsque débute « JE VAIS BIEN », chronique douce-amère d’une journée passée à faire le point sur ses échecs, où la pluie tombe dans son coeur tandis que le ciel brille. Mais le sommet émotionnel est assurément marqué par le titre « Quand j’enlève tout ». Pendant quatre minutes, elle se met à nu. Sa voix tremble, puis se brise : « Si je te montre sans pudeur ma tendresse, mes erreurs et mes faiblesses, est-ce que tu restes ? »

Et pourtant, alors que nos gorges étaient serrées et nos émotions à vif, Gervaise réussit un tour de force : rallumer la lumière. Le public explose de joie en entendant « Sabrina (Boys Boys Boys) », titre qui remet au goût du jour le tube interplanétaire des années 80. Le bassiste et le guitariste se déchaînent, tandis que la salle reprend en choeur : « le consentement c’est sexy » ! La célébration de la féminité et du désir se prolonge avec « J’le féminin », transformant la vulnérabilité en puissance collective.

Et pour ce dernier chapitre de la soirée, Gervaise semble totalement affranchie : elle chante au milieu du public, adresse des regards complices, grimpe sur le comptoir du bar pour danser et entraîner la salle entière dans cette effusion festive.

Au fil de cette release party, Gervaise montre que la vulnérabilité peut aussi ouvrir un espace inattendu. Oui, se regarder en face peut être déchirant, et ses chansons les plus dépouillées en gardent les cicatrices. Mais une fois les défenses tombées, le reste se libère : les corps bougent sans retenue et les émotions existent sans honte. Sur scène comme dans la salle, plus personne ne cherche à se protéger, mais seulement à être là, vraiment.