Avec à peine trois apparitions européennes en 2025, dont une au Main Square festival, la tournée officielle de Deftones était très attendue. Quand l’annonce est tombée, les fans français étaient plus que ravis de voir la première date se dérouler en France, à l’Adidas Arena. Un concert qui s’annonce iconique, mais aussi généreux avec deux premières parties.
En voyant le public sur place, on devine vite que l’audience de Deftones est très variée. Le choix de Drug Church (punk-rock alternatif) et de Denzel Curry (hip-hop) en première partie était donc particulièrement malin pour s’adresser à ce véritable melting-pot de profils et de générations présent.
Une sélection d’invités éclectique
Drug Church ouvre le bal avec une performance simple mais efficace, sans artifice. L’absence de décor et de scénographie, d’abord déconcertante, a finalement permis de recentrer notre attention sur la prestation musicale pure : des mélodies aussi lourdes qu’accrocheuses, auxquelles s’ajoute la voix brute de Patrick Kindlon, qui nous rappelle par moment le style de chant de Joe Talbot (IDLES). Le chanteur a d’ailleurs mis un point d’honneur à déchainer le public, encourageant pogos et tutti quanti. Le passage du groupe s’est particulièrement distingué par les nombreuses interactions avec la salle, permettant de créer une connexion authentique et d’allumer la mèche d’une ambiance prête à s’enflammer.

Le set de Denzel Curry nous a agréablement surpris. Beaucoup s’interrogeaient sur la pertinence d’avoir choisi un rappeur pour ouvrir les concerts de Deftones, mais l’artiste nous a clairement prouvé qu’il était en place, dépassant largement nos attentes. Accompagné de son DJ, il a su mettre tout le monde d’accord grâce à une performance de rap exceptionnelle et sans compromis, mêlant a capella et beats entraînants, sublimée par des jeux de lumières et une forte présence scénique. Parmi nos coup de cœur interprétés sur scène : la reprise de « GOATED »(Armani White) et de « Victory Lap Five » (par Fred Again, sur lequel Denzel Curry apparaît) et l’incontournable « Ultimate », un titre intense et brutal et qui a fini par mettre le feu à la salle, sans retour en arrière possible.

Deftones, une douceur explosive et sublime
« Be Quiet and Drive (Far Away) » : c’est sur ce titre fulgurant et envoûtant que Deftones a fait son arrivée sur scène, à 21h45. Une entrée qui a posé le cadre de la suite du concert, mettant définitivement la foule en délire. Chino, le chanteur, nous a captivé tout le long du show avec son énergie tantôt délicate et fragile, tantôt explosive, à l’image de « My Own Summer (Shove it) ». Une atmosphère aérienne, des visuels planants, des riffs puissants, un mélange addictif de shoegaze et de nu métal : on en attendait pas moins d’un concert de Deftones.
La setlist nous a fait passer par toutes les émotions, avec la sublime impression d’être coupés du monde, comme dans un éternel rêve enivrant. « Change (In the House of Flies) » était sans doute le moment le plus éthéré du concert : un coucher de soleil chaud enveloppant la salle d’une chaleur onirique, et le public agitant les bras à l’unisson… En bref : un instant chargé d’émotion, presque irréel quand on y repense.
Quand on voit Deftones en live, on comprend pourquoi presque 40 ans après leurs débuts, la recette fonctionne toujours autant. Crowdsurfing, mosh pits, festival de gobelets en l’air… Le public a coché toutes les cases pour faire honneur à cette soirée aussi chaotique que poétique qui, malgré un son parfois saturé et sourd, nous a transporté loin.
Vers 23h15, le concert touche à sa fin, nous laissant l’envie de revivre ce moment hors du temps, bercé par la voix de Chino et par les mélodies si envoûtantes du groupe. Le show aura peut-être explosé nos oreilles, mais il aura aussi réparé l’âme et le cœur : n’est-ce pas ce qu’on cherche d’un concert de Deftones ?

Bonne nouvelle : le groupe revient en France pour la saison des festivals, à l’occasion de deux dates à ne pas rater : le 20 août au Cabaret Vert, et le 29 août pour Rock en Seine.
