Dix titres qui se répondent sans jamais s’accorder vraiment, voilà ce que propose Sänd avec son premier album Les Signaux Contraires, qui avance dans l’instable, entre désir, mémoire vive et lignes de rupture.
Il y a quelques mois, Sänd traversait la nuit rouge avec un single qui installait un climat dense, presque étouffé. Depuis le 30 janvier, cette intensité s’inscrit dans un format plus large, celui de Les Signaux Contraires, dans lequel chaque morceau semble dialoguer avec le précédent pour mieux le contredire. Formée au jazz, passée par les marges électroniques, Sänd préfère les frottements aux résolutions. Trip-hop sombre, néo-soul minimaliste, pulsations proches de la jungle ou de la drill, respirations plus acoustiques : les textures se croisent sans jamais se lisser.
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L’instabilité comme manifeste
« Rouge » (ft. Eric Serra) en ouvrait l’accès avec basse tendue, voix au bord du débordement, montée contenue. Une colère qui ne se dilue pas. « Le Papillon Blanc », inspiré du film Hunger de Steve McQueen consacré à Bobby Sands, introduit une dimension plus politique, sans effet de manche. Puis « Petit Chat », glisse vers un territoire plus trouble, sensuel, presque performatif. Le désir y devient un espace d’affirmation. « La Tare » et « Pauvre Petite Fille » s’ancrent dans des réalités plus sociales : honte, isolement, fatigue affective. La matière sonore se resserre, les basses pèsent davantage, la voix reste proche, retenue.
Au centre du disque, « Burn In (Nuit Blanche) » donne corps à l’épuisement, aux nuits qui s’étirent. « Silence (Histoire Courte) » touche un point plus fragile encore, autour d’une perte intime rarement dite. Aucun pathos, juste une tension sourde, presque suspendue. La fin du disque se fait plus introspective, jusqu’à « Le Chose », qui laisse une impression d’étrangeté assumée.
Les Signaux Contraires ne cherche pas à plaire, il affirme une voix. Celle d’une artiste qui construit son propre territoire, où l’intime devient politique sans jamais perdre sa part d’ombre.
