Du 12 au 15 Mars 2026, le Grand Palais de Lille a accueilli l’une des plus célèbres foires d’art contemporain : Art Up!. Sous le thème « Horizons Nouveaux », artistes et public étaient invités à l’exploration de territoires en devenir. Cette année encore, nous nous sommes rendus sur place pour (re)découvrir artistes et galeries. Voici nos coups de coeur.

The Gaze of Medusa – Joan Godergh & Javier Malavia (Isculpture)

Empreinte de légèreté, la sculpture de Méduse entourée de ses serpents nous happe lors de notre passage. Ses yeux plongent dans les nôtres avec une humanité troublante. Après le regard, c’est la force de la légèreté qui nous frappe. Le bronze devient léger, souple et pourtant solide. Méduse repose avec facilité sur l’un des serpents, les jambes à peine fléchies. Le travail du sculpteur est remarquable : les serpents semblent véritablement onduler autour d’un corps en apesanteur. Méduse, quant à elle, semble figée en plein saut artistique. Le travail du bronze est particulièrement appréciable avec des serpents d’apparence lisse et brillante et la peau texturée du personnage. Dernier détail offert par la foire : la lumière apportée par le dessus projette les ombres des serpents sur Méduse elle-même et son socle, un effet poétique qui apporte encore plus de légèreté et de mouvements.

Mes Nuits ne sont pas à jour MMCCV– Arto Pazat (La maison de la photographie)

Cette année encore, La maison de la photographie de Lille met en avant plusieurs artistes. Ce sont d’abord les clichés d’Arto Pazat qui nous attirent. Sur le papier glacé, les corps sont utilisés comme des lieux de rencontres. Les bouleversements de la vie sont reflétés par des photographies renversées qui évoquent aussi la chute. Les clichés mettent en avant un instant suspendu dans le temps à tout point de vue : figé dans le temps par la photo mais aussi immobilisé dans la chute, en plein vertige. Des photographies pleines d’émotion brute, prêtes à captiver les visiteurs.

Transparence (alpha zéro) – Alban Gernigon (La maison de la photographie)

Au sein de la même galerie, les photographies d’Alban Gernigon envoutent mystérieusement les visiteurs. Les clichés, opposent netteté et flou et suggèrent autant qu’ils dissimulent. La volonté de l’artiste était de proposer des oeuvres capable à la fois de dévoiler des parties du corps précises et d’en dissimuler d’autres, un écho de sa vie personnelle. Le photographe, présent sur la foire, donne ses motivations et explique un moment de lutte contre le cancer qu’il a choisi de mettre en avant à travers des images volontairement mystérieuses. Les photographies représentent ses émotions du moment mais aussi sa manière de communiquer sur son traitement à ses proches. Il indique une farouche volonté de ne pas érotiser le corps de la femme mais de l’utiliser pour exprimer au plus fort les émotions qui ont marqué sa vie. Ses clichés mettent en avant l’apparente facilité avec laquelle une personne peut mettre montrer voire exposer certaines parties de son corps tout en en dissimulant d’autres complètement : une métaphore poétique de son combat mais aussi de la vie en général.

Etienne Mottez (Galerie Lagrange)

Etienne Mottez, artiste français révélé après le covid-19, propose plusieurs de ses toiles à Art Up. Inspiré par la sculpture d’un Dogon dans son atelier, l’artiste met en scène des personnages colorés dans des univers aux couleurs vives. Les contrastes marqués créent un chaos qui oblige l’oeil à s’habituer à la quantité d’informations pour apprécier l’oeuvre dans tous ses détails. Les peintures, saturées de détails et de couleurs laissent apparaître des peuples qui se combattent sous les étoiles. Des scènes néanmoins empreintes d’une délicatesse inouïe. Le travail de l’artiste se lit jusque dans les détails apportés au cadre et il est difficile de s’arracher à la contemplations des oeuvres tant il y a de détails à observer.

Thierry Feuz

Les tableaux proposés ici sont plein de délicatesse : les couleurs pastels et les motifs floraux semblent exploser dans un nuage printanier. On se croirait en plein bouquet ou perdu dans une course entre les champs fleuris. Les tableaux sont aussi particulièrement réfléchis : chaque fleur a sa place et apporte sa propre couleur et dimension à l’oeuvre. Une certaine naïveté se fait ressentir dans les tableaux les plus épurés notamment : la fleur est placée au centre de l’oeuvre, simplement assortie d’un arrière plan très flou qui se fait oublier.

Night -Nathan Chantob (PM gallery)

Difficile de rester insensible à la beauté de cette peinture aux dimensions impressionnantes. Le peintre met en scène un couple qui s’enlace avec tellement de poésie qu’au milieu même de l’exposition, on s’arrête et on semble rentrer dans l’oeuvre pour ne plus faire qu’un avec elle. Les émotions sont vives : le couple vient-il de ses retrouver après une course effrénée, mains tendues vers l’autre ? Est-ce une scène d’adieu sous la pluie ? Dans tous les cas, le couple occupe la quasi totalité de la toile, reléguant l’arrière plan à quelques lignes, comme si on était entré dans la bulle des personnages et que le reste du monde n’avait plus d’importance. Avec Night, c’est un instant volé, suspendu dans le temps qui est offert.

Maurizio Galloro

Parmi les nouveautés de cette année, on découvre les nouvelles propositions artistiques de Maurizio Galloro, un peintre que nous avions déjà pu découvrir lors d’éditions précédentes. Ses nouvelles oeuvres placent une silhouette humaine au centre de la peinture mais remettent en réalité l’Homme à sa place. L’humain est présent mais il est minuscule, entouré par les villes qu’il a bâties et la nature qui reprend le pas sur le paysage. Dans des tableaux aux airs post-apocalyptiques, les forêts reprennent leurs droits et envahissent une grande partie du décor. L’homme se retrouve isolé, marchant vers l’horizon, perdu dans l’immensité qui l’envahit. les visiteurs eux, sont invités à se perdre dans un imaginaire grandissant.

L’édition 2026 d’Art Up! a su tenir ses promesses avec des découvertes d’artistes en devenir mais aussi la présence de galeries habituelles qui ne déçoivent jamais le public. Cette année encore, la mixité entre les galeries locales et internationales a permis de faire rayonner l’art sous toutes ses formes. L’ambiance de la foire est restée chaleureuse et ouverte à un public néophyte autant que de connaisseurs. Cette année, la présence de stickers indiquant les oeuvres aux prix les plus abordables indiquait bien la volonté de s’adresser à tous et une volonté assumée de rendre l’art accessible au plus grand nombre. Plus encore, les galeries et les artistes présents étaient, comme toujours, à l’écoute du public et ont permis des rencontres enrichissantes et passionnantes. Les dates d’Art Up 2027 ont déjà été annoncées et la foire aura lieu du 11 au 14 février au Grand Palais. On a déjà hâte, et vous ?


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