Alors que Dajak nous avouait être inspiré par les musiques qui visaient une certaine élévation mentale et spirituelle, c’est lui-même qui a connu une brillante ascension samedi dernier. En effet, cet artiste à la « musique de grands espaces » a donné un concert à l’Olympia afin de clore la tournée où il a défendu son dernier album, SOLAR STEREO.

Samedi 21 mars donc, tous les astres sont alignés dans la constellation de Dajak : dernière date de tournée, premier jour du printemps, soit une conjonction parfaite pour refléter l’énergie mélanco-solaire (pardonnez ce néologisme) de son univers. Retour sur un concert dont on ne s’est toujours pas remis.

UN CONCERT CLAIR-OBSCUR

C’est dans une salle plongée dans la pénombre, faiblement éclairée par une vidéo projetée à l’écran, que les musiciens prennent discrètement place. La voix du chanteur, accompagnée par des images d’horizons et de nature, nous annonce : « 21 mars 2026. Premier jour du printemps. L’hiver a été long, assez long pour que j’en oublie qui j’étais avant. Assez long pour que j’en oublie à quoi ressemblait le soleil ».

Comme pour illustrer ces propos, Dajak se fond parmi ses musiciens avant d’entamer les premières notes de « VERS LE SOLEIL, TU COURS ». Un faisceau de lumière descend sur lui, tel un rayon de soleil qui arrive à percer un ciel nuageux. Le concert vient à peine de commencer qu’on est déjà en pleine immersion dans cette atmosphère daja-esque (beaucoup de néologismes aujourd’hui), ce qui nous permet d’encore mieux apprécier la chanson qui suit : « CIMETIÈRE D’ÉLÉPHANTS ».

Suite à cette introduction, le parisien en profite pour adresser un bonsoir empreint de gratitude avant de nous inviter dans sa petite chambre à Aubervilliers, où il a composé son premier album LES LARMES DU SOLEIL. Lorsque les premières notes de « SABLIER » résonnent, le public se transforme en chorale et prend un plaisir particulier à chantonner le pont : « La j’bouge ap, pourtant dans ma tête, baby j’runaway ».

Le concert de Dajak est ainsi parsemé d’extraits de son premier projet, avec notamment « 4 CHEMINS » mais aussi « INFINI » qui invoque sur scène un Tuerie capuché. Les deux artistes interprètent leur featuring et le concluent par une embrassade, signant définitivement la soirée sous le signe du partage, de l’amour et de la lumière.

SOLAR STEREO connaît aussi ses moments de gloire à travers des titres comme « RAYONS » (Dajak si tu nous lis, on attend Swing pour un prochain concert !), ou encore « LES TOURNESOLS », dont l’interprétation est magnifiée par la lumière jaune-orangée régnant sur l’écran. Lever de soleil ardent ou flamme étouffée par le manque d’oxygène, nous ne saurons dire, mais ce qui est sûr ce soir, c’est que nous transformons peu à peu en tournesols, tournés vers un Dajak qui baigne dans cet éclat de couleurs.

UNE ÉNERGIE ROCK’N’LOVE

Mais la présence d’un invité surprise, la scénographie immersive et les choeurs du public ne sont pas les seuls aspects qui inscrivent cette soirée dans nos coeurs et nos mémoires.

Tout d’abord, on ne peut s’empêcher d’être hypnotisé par la voix claire de Dajak, qui arrive à s’élever au-delà de l’enveloppe instrumentale des morceaux : une sacrée surprise pour un artiste dont la discographie place les arrangements de guitare au premier plan. Chaque parole, chaque souffle et chaque silence retentissent avec intensité dans l’enceinte de l’Olympia.

De plus, il est dur de résister à l’énergie tantôt électrique, tantôt émouvante de cet homme à plusieurs casquettes — et manches ! Celui qui fut autrefois un « jeune Daj raggamuffin » se mue d’un côté en rockstar, adoubé par une Gibson EDS qui semble l’habiter à chaque vibration de corde. De l’autre, l’émotion surgit après chaque interprétation et il remercie à plusieurs reprises ses fans, son équipe… Avant d’adresser son soutien à tous les créatifs qui se démènent contre les vents et marées d’une industrie écrasante. Car plus qu’un simple artiste, Dajak est le symbole d’une musique libre et indépendante, « qui se fait avec le coeur et sans compromis ».

Mais la force ultime de ce concert, c’est que la discographie du « jeune banlieusard » se déploie dans toute sa richesse sonore. Chaque riff de guitare, chaque ligne de basse et chaque kick de batterie résonnent avec puissance et révèlent toute la maîtrise technique des musiciens, toutes les heures passées à chercher les bons arrangements, mais surtout toute la passion qui circule avec ferveur jusqu’à enflammer le public. C’est particulièrement vrai lors du break instrumental de « SOLEIL D’HIVER » ou lors de l’outro sensationnelle de « LA BOUCLE », morceau sur lequel cet Olympia s’achève.

ET QUAND LE SOLEIL SE COUCHE…

Nous pourrions continuer à vanter les mérites de ce concert et il est dur d’apporter une conclusion à cet article, tant sa rédaction nous permettait de revivre ce doux moment hors du temps. Mais ce que nous retenons plus que tout, c’est que Dajak semble définitivement prendre son envol vers des horizons lumineux. Du Trianon à l’Olympia, d’un premier projet réalisé seul dans sa chambre à un album qui a fleuri dans la collaboration avec d’autres musiciens… L’évolution de cet artiste, au style hybride mais au mood bien particulier, ne semble connaître aucune limite. À part celle du firmament, peut-être.