Un album de rupture, de retrouvailles et de vérité : avec Cavalcades – Ce que la nuit ne dit pas, Bandit Bandit se livre comme jamais. On les a vus vibrer au Studio Ferber, avant de les retrouver à la Maison de la Radio pour une discussion à cœur ouvert.
Cavalcades – Ce que la nuit ne dit pas s’impose comme un disque court et dense pour Bandit Bandit, où l’urgence rock des débuts se mêle à des textures plus amples et une écriture plus directe, à la fois intime et politique. En dix titres et à peine trente minutes, le duo joue sur les contrastes (des guitares brûlantes de « Rien attendre » aux respirations plus pop d’« Opaline », jusqu’à la rupture à cœur ouvert de « Pour toi »), trouvant un équilibre entre tension et apaisement. Une matière que l’on a d’abord découverte sur scène, lors de leur release party aux Studios Ferber, dans une formule live aussi brute qu’intense. Quelques jours plus tard, on les retrouvait dans les locaux de France Bleu, à la Maison de la Radio, où ils étaient attendus pour une émission en direct, l’occasion de revenir avec eux sur ce nouvel album et ce qu’il dévoile ou non de leurs nuits passées.
Maëva on sent vraiment ta patte sur ce disque. Est-ce que tu l’as écrit seule ou Hugo est intervenu dans l’écriture ?
Maëva : Ah non, pour l’écriture, en général, on est vraiment deux têtes pensantes avec Hugo. Et il n’est jamais question que l’un fasse quelque chose sans que ça plaise à l’autre. Donc, pour le tout début des morceaux, on s’est concertés sur les titres, enfin les sujets qu’on avait envie d’aborder. Par exemple pour Idole ou d’autres titres qu’on n’a pas forcément gardés. Ensuite, il y a des titres qui ont été écrits complètement par Hugo, notamment « Pour toi », qui conclut l’album, qu’Hugo a écrit la semaine de notre séparation, il y a trois ans et demi.
C’est vraiment le plus vieux titre de l’album. Et il y a d’autres titres écrits complètement à quatre mains… ou complètement par moi, ou complètement par Hugo. Il n’y a pas de recette établie, rien de figé. Mais dans tous les cas, on parle toujours de tout ensemble, et la réflexion se fait vraiment à deux, tout le temps.
Hugo : Pour les textes, mais aussi pour la musique, on a un peu changé la façon de procéder. On a travaillé chez moi, dans mon appartement, au tout début. Ensuite, on a voulu changer notre manière de faire, donc on est allés à La Rochelle chez notre ami Lionel Buzac, qui avait réalisé les deux premiers EP. On a co-composé les titres ensemble dans son studio, et c’était une nouvelle façon de travailler. Il y a six titres sur les dix qui sont nés comme ça.
Maëva : Et ces moments-là, où on arrivait en studio avec Lionel sans rien, juste avec l’envie… ça m’a permis, moi, en tant que compositrice, de vraiment participer. Je ne suis pas une grande technicienne comme Hugo à la guitare, lui joue plein d’instruments, moi pas du tout. Je gratouille à la guitare, je ne suis vraiment pas Jimi Hendrix. Mais ça m’a permis de mettre les mains dans la composition, de chanter ce que j’avais en tête et d’être dans une vraie réflexion. On était tous les trois hyper connectés, et il y a eu des moments d’épiphanie où on se disait : « Waouh, il se passe vraiment un truc là. »
Parfois, j’écrivais un texte en one shot, en quinze minutes. Ce sera ce texte-là et pas un autre. Et pour « Opaline », par exemple, j’ai écrit le premier couplet assez vite, mais j’ai mis plus de temps à terminer, parce que je voulais trouver les bons mots. Chaque titre a sa recette, il n’y a pas de règle générale.
Pour revenir sur le titre Cavalcades – Ce que la nuit ne dit pas, c’est assez évocateur. Qu’est-ce que la nuit cache encore chez Bandit Bandit aujourd’hui ?
Maëva : Je pense que la nuit nous cache encore quelques réponses. Par rapport à cet album, toute la réflexion qui a été faite derrière, c’est vraiment ces dix années passées avec Hugo. Ça fait dix ans, bientôt onze en 2026… ça met un coup de vieux. Pour moi, l’univers Bandit Bandit a toujours été un univers de nuit, avec beaucoup de questionnements et de choses qui faisaient mal. On a grandi là-dedans, on était des personnes très torturées, il s’est passé beaucoup de choses.
Et je crois qu’en sortant de ces nuits-là, quand on arrive à l’aube, on commence à entrevoir certaines réponses. « Ce que la nuit ne dit pas », ce sont tous ces questionnements qui trouvent un début de réponse à l’aube de nos 30 ans, puis de nos 35. C’est vraiment une idée de grande traversée… et aujourd’hui, on commence à toucher du doigt qui on a envie d’être.
On décrit « cavalcade » comme une chevauchée bruyante. Est-ce que c’est comme ça que vous voyez l’album ?
Maëva : Oui. Dans l’univers de Bandit Bandit, il y a toujours eu quelque chose de viscéral, d’urgent. On est des personnes avec de grands tempéraments, on vit les choses à 100 %. On n’aime pas la demi-mesure, ni la tiédeur. C’est soit très haut, soit très bas. Et on a toujours voulu mener ce projet comme ça : quelque chose qui avance, quoi qu’il arrive. Même si parfois on tombe, l’idée c’est de se relever. Il y a une forme de résilience.
On sent des guitares plus apaisées. Est-ce une forme de maturité sonore ?
Hugo : Ce n’est pas du tout volontaire. Le choix des sons de guitare se fait toujours pour servir le titre. Je ne pense pas avoir beaucoup changé mes sons par rapport au début. C’est peut-être la façon de jouer qui évolue, selon les morceaux. On voulait des guitares plus amples, avec une production moderne mais très boisée, qui respire. Et ça vient aussi de ce qu’on écoutait à ce moment-là, comme Fontaines D.C. ou Wet Leg.
Vous n’êtes plus ensemble. Est-ce que ça change votre manière de créer ?
Maëva : Oui, bien sûr. Avant, on partageait tout, donc on se nourrissait des mêmes choses, et ça réduisait peut-être le spectre. Aujourd’hui, on vit chacun notre vie artistique, on est touchés par des choses différentes, et ça nourrit énormément la musique.
Hugo : Et Et puis, on n’a pas les mêmes timings. Quand on se voit maintenant, c’est vraiment pour travailler. Il y a un cadre plus clair. Avant, on pouvait passer vingt minutes sur une prise, puis faire autre chose… Là, c’est plus structuré.
Travailler avec son ex, c’est plus simple ou plus dangereux ?
Hugo : Ça dépend des gens. Mais pour nous, la musique n’a jamais été le problème.
Maëva : Moi, j’adore toujours faire de la musique avec Hugo. On a un langage commun, qui vient aussi du fait qu’on a été ensemble longtemps. On se comprend même sans termes techniques. Il y a une vraie confiance. Et travailler ensemble, c’est toujours très fluide.
Est-ce que le Bandit Bandit version « Bonnie & Clyde » est terminé ?
Hugo : On nous a beaucoup appelés comme ça. C’était un peu une imagerie. Mais bon… ça ne me parle pas tant que ça.
Maëva : Ce qui est sûr, c’est qu’il y a toujours une alchimie. Même sans être amoureux, il y a un lien. On se connaît par cœur. Et ça, ça ne changera pas.
Hugo : On n’a buté personne.
Maëva : Voilà, on n’est pas des méchants.
Pas le temps représente-t-il l’ADN de l’album ?
Maëva : J’adore ce titre, il est très physique, très désarticulé, un peu à la Rita Mitsouko. Mais réduire l’album à ça serait trop simple. Peut-être que « Rien à attendre » représente mieux l’ensemble, avec ce mélange de puissance et de douceur.
Hugo : L’album est nuancé, et ce titre aussi, c’est pour ça qu’il ouvre le disque
C’est une sorte de manifeste aussi ?
Maëva : Ouais, bien sûr. Il est toujours question de prendre le temps, de ne pas se précipiter parfois. Bien sûr que je passe mon temps à me précipiter, que ce soit dans les grands sentiments comme dans ceux qui sont un peu moins jolis, parce que je suis faite de ce bois-là… Mais ouais, de toute façon, tout est assez manifeste, je crois. Et ce qui est assez drôle, c’est que les textes de cet album résonnent toujours en moi.
Il y a de grandes latences entre le moment où tu écris, où tu enregistres et où tu sors un titre. Il peut se passer un an, deux ans, trois ans. C’est toujours assez frustrant pour un artiste, parce qu’il a le temps de vivre mille choses entre-temps. Et le fait est qu’aujourd’hui, je me sens toujours en totale adéquation avec ces titres et ce qu’ils racontent. C’est assez plaisant de se dire que ce n’est pas juste une photographie d’il y a trois ans. Il y a quelque chose de très instantané avec Cavalcades, et ça me donne encore plus de force pour en parler.
Sur le précédent album, il y avait Méchant garçon. Tu disais « je sais mieux que toi-même comment t’aimer ». Et dans ce nouvel album, avec Pour toi, on a l’impression d’un écho. C’est une réponse ou pas du tout ?
Hugo : Moi, j’adore les interviews parce que souvent les gens cherchent des signes… et c’est trop bien !
Tu dis justement « on est liés, on finira par se retrouver ». C’est un message codé ou pas du tout ?
Hugo : J’adore, c’est hyper intéressant. En fait, « Méchant garçon », c’est le seul titre de notre discographie qu’on n’a pas écrit, c’est Chien Noir qui nous l’a donné. Et le texte nous parlait beaucoup parce qu’il connaît notre histoire. Mais non, ce n’est pas une réponse. On est peut-être trop spontanés pour faire des ponts comme ça entre les titres.
« Pour toi », c’est juste un cri du cœur, lié à la séparation avec Maëva. Un truc un peu naïf de se dire « je vais écrire une chanson et peut-être que… » Et c’est le titre le plus vieux, donc on n’a surtout pas voulu le modifier. Aujourd’hui, il résonne différemment. Quand je l’ai écrit, je ne pensais pas du tout comme ça. Et maintenant, je me dis qu’on s’est déjà retrouvés, mais autrement. Et ça, c’est intéressant : les chansons évoluent avec nous. Le but, ce n’est pas qu’elles parlent que de nous, mais que les gens puissent se les approprier.
La release party aux Studios Ferber, ça représentait quoi pour vous ?
Maëva : C’était la première fois. Studios Ferber, c’est un lieu mythique. Il y a des artistes incroyables comme Nick Cave qui y sont passés. Donc déjà, fouler le même sol, ça met un peu de pression. Mais le lieu est dingue, il y a une vraie énergie. Et faire cette release party en live, avec une captation, en direct radio, entourés de proches et de gens bienveillants… c’était hyper rassurant.
Et surtout, c’est rare qu’on sorte de scène en se disant tous les quatre : « Là, il s’est passé un putain de truc. » Et ce soir-là, c’était le cas. On était hyper fiers. Ça m’a aussi rappelé que j’ai toujours des gros moments de doute avant une sortie. J’ai passé un mois et demi à me dire que c’était nul, qu’on allait se planter, que personne n’en aurait rien à foutre…Vraiment, crise d’ado totale. Et en fait, ce moment-là nous a rappelé qu’on avait bossé comme des chiens et qu’on pouvait être fiers.
Hugo : On est vraiment fiers de cet album.
Maëva : Et maintenant, ça ne nous appartient plus. On avait juste hâte qu’il appartienne aux gens.
Hugo : On lit tous les retours, on regarde quels morceaux touchent les gens. C’est hyper important pour nous. Quand quelqu’un nous dit qu’un titre parle exactement de ce qu’il vit, c’est… c’est ça, en fait.
Sur scène, vous restez à quatre ?
Maëva : Oui.
Et toujours avec Pas le temps en ouverture
Maëva : Pour l’instant oui, mais ça peut évoluer. En tout cas, on sera toujours quatre sur scène, ça c’est sûr.
Hugo : Et le live sera plus long, autour d’1h20 – 1h30. On a aussi travaillé une scénographie avec un ami à la lumière, c’est une nouveauté sur cette tournée.
La date au Trianon, ça représente quoi pour vous ? La fin de la tournée ?
Hugo : On ne termine pas la tournée là-bas, contrairement à ce qui a été dit. On continue après.
Maëva : Le Trianon, c’est un lieu magnifique, plein de moulures. Moi je préfère La Cigale, mais le Trianon reste très beau. Mais on ne veut pas privilégier Paris. Chaque date est importante. Les gens donnent du temps, de l’argent, ils viennent pour nous, donc on doit leur rendre ça. Après, c’est une grosse salle, donc forcément il y a une pression différente… même si on ne devrait pas.
Hugo : Les dates parisiennes mettent toujours une pression, parce que c’est celles que les pros regardent.
Maëva : Et puis il y a des gens qui viennent de loin pour nous voir. Ça, c’est encore plus précieux.
Message pour O, c’est un message caché ?
Maëva : Oui, c’est pour ma sœur, Ophélie. Quand on écrivait ce morceau à La Rochelle, elle m’a appelée. Elle me racontait à quel point c’était dur pour elle de recommencer sa vie à zéro à chaque fois, pendant que ses amis construisent une vie plus classique. Et moi je lui ai dit : « Mais attends, tu vis des choses incroyables, tu vois le monde, tu rencontres des gens partout… » C’est un message pour lui dire de se faire confiance, de continuer.
Hugo : C’est un message pour Ophélie.
Après un album aussi personnel, vous allez continuer dans cette direction ?
Hugo : Franchement, c’est trop tôt. L’album vient de sortir, on est encore en train de comprendre ce qui se passe.
Maëva : On a écrit 23 titres, on en a gardé 10. Peut-être qu’il y en aura d’autres plus tard. Mais là, on est focus sur la sortie. Moi, cet album m’a beaucoup appris sur moi. Je me suis découverte, j’en suis très fière. Et j’ai aussi écrit un recueil de poèmes en parallèle. Je pense que j’ai trouvé quelque chose stylistiquement, et j’ai envie de creuser ça.
Les premiers retours sont bons ?
Hugo : Oui, franchement, on a que des super retours. Même des gens qui n’étaient pas forcément fans avant sentent qu’il s’est passé quelque chose. On voulait faire un disque rock mais élégant. Et on est vraiment contents d’avoir réussi ça.
Maëva : Et maintenant, il va falloir se nourrir à nouveau, vivre, voir des concerts… parce qu’après un album, il y a toujours une phase où je n’arrive plus à écrire du tout.
