Le 27 mars, Claïmax dévoile son premier EP, un projet intime où chaque mot raconte l’adoption, le regard sur soi, et où les silences portent autant que les chansons.
Née à Port-au-Prince et adoptée très jeune, Claïmax a grandi dans le sud de la France avant de passer par le théâtre. Mais ici, il n’est plus question de rôle. Ce qu’elle pose dans Journal d’une adoptée vient d’ailleurs : de ses écrits intimes, de ses poèmes, et de fragments d’histoires qui ne lui appartiennent pas toujours entièrement, mais qu’elle porte avec justesse.
Écrire sur ce projet dérange, parce que l’adoption n’est pas un thème que l’on observe de loin. C’est une mémoire qui remonte, un souffle qui serre la poitrine. Ce sont des années à apprendre à disparaître pour exister, à contenir ses émotions, à s’adapter à un monde qui ne vous attendait pas. Claïmax ne raconte pas une histoire simple : elle ouvre un espace fragile où les mots ont longtemps été retenus, et où chaque phrase compte. Ce premier EP ne cherche pas à rassurer. Il avance dans l’auto-fiction, là où tout n’est pas clair, mais où chaque mot posé devient une victoire. Elle ne force jamais l’émotion : elle la frôle, et c’est précisément ce qui la rend plus réelle, plus douloureuse.
Écrire à côté de soi
« Prélude » ouvre la porte avec une pudeur rare. Dire « je » semble encore fragile, presque incertain. Pourtant, tout affleure déjà : les origines, les mères, ce qui a été transmis, et ce qui est resté en suspens, parfois sans mots, parfois sans place.
Avec « MR5H », Claïmax déplace le regard. Elle observe un homme, jour après jour, sur un quai. Elle n’explique pas, elle n’interprète pas : elle regarde, simplement. Et dans cette distance, quelque chose se révèle. Écrire à côté de l’autre, sans prendre sa place, c’est aussi une manière de parler de soi. Le titre devient un miroir discret. On y sent les gestes appris pour s’adapter, pour se fondre, pour tenir. Et dans cette retenue, la chanson touche juste, sans jamais forcer.
Dire ce qui dérange
Le projet change de tension avec « Haïti ». Claïmax ne contourne plus, elle regarde en face. Et ce qui surgit dépasse son histoire : des voix que l’on n’entend pas, des blessures que l’on ne nomme pas, des réalités que l’on préfère ignorer. Le titre donne enfin la parole à l’enfant adopté. Pas au récit rassurant, pas au point de vue extérieur, mais à cette voix fragile, souvent laissée de côté. Une parole qui questionne l’histoire, les liens, et les traces que cela laisse dans les corps et les identités.
L’interlude autour du « pire aspect de la diversité » prolonge cette tension. Une phrase violente, reprise sans détour, qui dit ce que beaucoup vivent sans pouvoir le formuler. Être réduit à une place, à un rôle, à une présence tolérée. Ici, rien n’est théorique : tout est vécu. Derrière ces mots, il y a une éducation à l’effacement : parler sans accent, contenir, lisser, faire oublier. Et une question qui reste, simple et brutale : qu’est-ce qu’il reste, à force d’oublier ?
Ce que fait Claïmax ici est rare. Elle ne cherche ni à expliquer, ni à convaincre. Elle prend un espace qui lui a manqué, et y dépose une parole longtemps retenue. Quand elle écrit que « seuls les mots peuvent apaiser les maux », la phrase pourrait sembler simple. Mais ici, elle arrive après le silence, après les tentatives, après tout ce qui n’a pas suffi. Elle sonne comme quelque chose de vécu. Journal d’une adoptée ne cherche pas à séduire. Il cherche à être dit. Et ça suffit pour toucher, serrer la gorge, et rester longtemps après.
