Carte blanche à Camille Henrot avec l’exposition «Days are Dogs» au Palais de Tokyo

Le palais de Tokyo à Paris, connu comme le plus grand espace d’exposition d’art contemporain en France, a donné carte blanche à Camille Henrot pour s’approprier l’ensemble de ses 6000m2 avec l’exposition “Days are Dogs” du 11 octobre au 07 janvier 2018.

Partant du simple constat que la semaine n’est qu’une invention humaine en contraction avec les années, les mois ou les jours, Camille Henrot nous invite au voyage en décortiquant chaque jour de la semaine, ce qui forme les 7 thématiques de cette exposition.

Installée à New-York depuis 2010, la jeune artiste française de 39ans, avait déjà séduit le Palais de Tokyo par le passé, qui n’avait pas hésité à exposer ses œuvres.

Chaque partie de l’exposition correspond à un jour précis de la semaine, où chacun pourra, comme le souhaite cette exposition, donner un sens au modèle de la vie quotidienne.

Elle s’ouvre d’ailleurs sur “Saturday”

Saturday

Camille Henrot consacre son film le plus récent, Saturday, à l’Église adventiste du septième jour. Pour cette confession chrétienne (évangélique et millénariste), le samedi, jour de sabbat, est le jour sacré où sont pratiqués les rituels du baptême par immersion.

Le film renvoie à l’espoir d’une vie meilleure, comme à la volonté d’échapper au quotidien, que cela s’incarne par la pratique religieuse ou celle de sports extrêmes. Essentiellement tourné en 3D, Saturday mêle des images filmées auprès d’adventistes (aux États-Unis, en Polynésie et au Royaume de Tonga) à des scènes de cuisine, de surf et d’analyses médicales. Le film nous immerge dans un monde parallèle d’espoir et de croyances, de transparence et d’opacité. Si le texte qui défile en bas des images constitue une source d’information bienvenue, il renvoie également au désir de s’en détacher.

Dimanche

La communion spirituelle et des rêveries solitaires. C’est un jour hors de la société, que l’on passe chez soi.L’art japonais de l’ikebana, basé sur des agencements de fleurs réalisés selon des codes précis, a été adapté de manière hétérodoxe par Camille Henrot. Ses ikebana forment des conversations avec la littérature, chacun ayant été pensé en dialogue avec un livre de sa bibliothèque.

À travers eux, c’est bien l’esprit du jour dominical, propice aux moments de lecture, à la solitude et à l’introspection, qui est mis en évidence. C’est aussi l’appartenance à un ordre – l’ordre des ikebana et, plus largement, l’ordre social et politique – qui est révélé, soit la confrontation du principe de plaisir à ceux de la productivité et de l’idéologie.

Lundi

La « chambre » conçue par Camille Henrot est comme la crépusculaire entre le rêve et l’éveil, où les frontières établies entre le désœuvrement et la productivité, la superficialité et le pertinent, le trivial et le monumental, se brouillent.

La figure de l’inépuisable Drinking Bird, inspirée en partie du poème Ivre trop tôt de Yuan Zhen, auteur Tang des VIIIe et IXe siècles, se penche au-dessus d’une soucoupe en forme de pleine lune pour siroter du whisky.

Mardi

Résolument hostile, compétitif et belliqueux. Le quadrillage uniforme du tapis de jiu-jitsu couvrant le sol de cette salle signale que nous sommes dans une arène où l’espace est lui-même un objet de contrôle et de lutte.

L’installation Tug of War évoque à la fois la douleur de se faire tresser les cheveux et le plaisir d’être l’objet de tels soins. Un élément crucial des rapports de pouvoir est ici mis en jeu : le masochisme, et l’inversion temporaire et fictive des rapports de pouvoir auquel il est associé.

Mercredi

Le mercredi – jour de Mercure en français, celui du vent en anglais –, est fait de bruits et de signaux : le dieu-messager s’incarne dans la communication globale.

Le monde entier s’exprime à travers les horoscopes, téléphones, journaux, emails, réseaux sociaux, et tant d’autres modalités qui participent toutes de la circulation permanente du Office of Unreplied Emails figure les messageries pleines à craquer.

Dans celle-ci, les messages envoyés, touchant aussi bien aux grandes affaires du monde qu’aux dernières offres commerciales, invitent à envisager comment toutes ces formes de communication véhiculent ce qui se rapproche le plus, aujourd’hui, d’une opinion publique fragmentée du point de vue de l’individu.

Des téléphones semblent indiquer les multiples offres d’une assistance sans limite, mais notre confiance enfantine en l’autorité impersonnelle de la technologie se trouve cependant rapidement déçue. Les bancs conçus par Nancy Lupo (née en 1983 aux États-Unis) sont des répliques de bancs publics. Reproduits à l’échelle d’un enfant de neuf ans, ils s’offrent aux adultes infantilisés par la société.

Jeudi

Jeudi est le jour de Jupiter, roi des dieux, père de bien des dieux de l’Olympe. Jupiter incarne la puissance, celle du patriarcat qui, dans les sociétés occidentales, a longtemps symbolisé le pouvoir en lui-même.

Dans l’installation Cities of Ys, l’artiste associe le récit de l’engloutissement par l’océan de la ville mythique d’Ys – une célèbre légende de Bretagne, région d’où̀ sa famille est originaire –, aux marais en voie de disparition des Houmas, une tribu indienne de Louisiane de tradition matriarcale.

Un chemin de pièces, intitulé Small Change (un jeu de mots en anglais, l’expression signifiant à la fois « petite monnaie » et « petit changement »), serpente à travers les salles constitutives de ce jour jusqu’à un espace où sont exposées des œuvres de Maria Loboda (née en 1979 en Pologne).

Young Satyr Turning to Look at His Tail, doublement phallique et doublement tronqué, reprend un type de la sculpture grecque, tandis que d’élégantes chaussures masculines émergent de la boue dans les photographies de la série The Evolution of Kings.

Vendredi Vendredi est le jour de Venus, déesse de l’amour, du désir et de la beauté́. Dans Jewels from the Personal Collection of Princess Salimah Aga Khan, des fleurs collectées dans les halls d’immeuble de l’Upper East Side, quartier huppé́ new- yorkais, sont placées à la manière d’un herbier au-dessus des pages du catalogue de la vente de la collection de bijoux de la princesse après son divorce, en 1995.

Plus loin, la dernière salle révèle le premier film de l’artiste, Deep Inside, qui superpose une effusion d’émotions mélancoliques à un film pornographique amateur.

Ce contraste est souligné́ par la couleur singulière du film – surexposé au soleil –, comme celle d’une peau elle-même brulée par le soleil.

L’exposition s’achève par des vers graffités sur les rampes d’escaliers qui mènent à la sortie, œuvre du poète Jacob Bromberg.

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Days Are Dogs

tous les hours sauf le mardi

12h – minuit

Palais de Tokyo

13 avenue du Président wilson75116 paris

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