« Kingsley, carnet de route d’un immigrant clandestin »

Kingsley voulait immigré en Europe illégalement, comme beaucoup de jeunes Africains qui espèrent trouver l’eldorado de l’autre côté.

Il avait déjà tenté l’aventure deux ans plus tôt depuis son Cameroun natal avant d’abandonner une fois arrivé au Nigeria faute de moyens suffisants.

Décidé à retenter sa chance, il prépare mieux son périple illégal et fait la connaissance de Olivier Jobard, Photo-Journaliste français. Ce dernier, cherchant justement à comprendre et à partager l’histoire d’un migrant, qui au risque de sa vie, décide de rejoindre l’Europe en passant par le Nigeria, Le Niger, Le désert du Sahara, l’Algérie Le Maroc et les Canaries.

Il se chargera d’immortaliser les étapes de ce périple, au combien périlleux, pour en faire un carnet de voyage.

Les images sont saisissantes, elles racontent six mois d’angoisse, de peur et de déboires. Elles témoignent de la réalité de vie de ceux qui, chaque jour tentent de traverser en empruntant des embarcations de fortunes aux mains de passeurs sans scrupule.

On est à la fois surpris et admiratif devant tant de courage et d’abnégation. Mais l’objectif recherché ici est une prise de conscience de la part des migrants qui espèrent traverser illégalement, comme Le dit Kingsley lui même, « s’il avait su ce qu’il allait endurer, il n’aurait jamais tenté d’emprunter la route ».

Aujourd’hui Kingsley vit et travaille en France.

Voici le périple de Kingsley raconté à travers ce tableau composé de 16 photographies.


« Toutes les familles dans mon pays souhaitent que leurs enfants partent en France pour s’en sortir. Ici les pauvres sont de plus en plus pauvres chaque jour. Mes parents ne pouvaient réunir tout l’argent du voyage, alors je me suis débrouillé. »

« Le 27 mai 2004, il est 9h00 quand je monte dans le bus pour Yaoundé, la capitale. Ça fait deux jours que je n’arrive pas à manger, ni à dormir. Je pense aux conseils de ma mère  » soit un garçon sage en France, ne crée pas de problèmes et n’oublie pas ta famille. »

« Sur la route qui mène à Agader, au Niger, j’ai voyagé sur la benne d’un camion. J’avais acheté un foulard pour me protéger de la chaleur et du sable. Les autres passagers me posaient des questions sur mon voyage, j’ai préféré me taire. »

« Après 7 jours d’attente, on nous a entassés, 33 hommes, les uns sur les autres en équilibre à l’arrière d’un 4*4. J’avais peur de tomber, mais surtout je craignais les brigands. Un ghanéen battaient les voyageurs pour les voler. »

« Quand la voiture s’arrête, la moindre parcelle d’ombre est précieuse. On en profite pour se reposer et manger. J’avais acheté des biscuits avant le depart. D’autres ont du tapioca et du sucre. C’est chacun pour soi. C’est rare de partager. »

« Dans Le desert, tu dois donner ta vie à Dieu. Alex, un camerounais, bloqué depuis 4 mois à Agader, avait payé un passeur qui l’avait escroqué. Il n’avait plus rien, ni pour manger, ni pour continuer, ni pour rentrer.je lui ai donné l’argent pour le transport. »

« De la décharge d’ordure située près du Camps, on peut voir l’Espagne. Les camarades viennent la et ils rêvent. L’une des façons de se retrouver en Europe est de franchir les barrières de 4m de haut dont on peut voir les lumières. Mais les passeurs prennent chers. »

« Les mouches et les guêpes me réveillent. J’ai passé ma nuit au village des camarades, couché sur le sol. On se regroupe par nationalités, reconstituant des mini-pays avec un président et des lois à respecter. »

« A Rabat j’ai passé Le mois d’août dans un « guetho » de camarades. Ils étaient plein d’africains qui rêvent d’aller à Malaga ou Tariza en Espagne. »

« J’ai coulé puis j’ai nagé aussi vite que possible pour sortir de l’eau glacée. Les autres criaient, ils se noyaient. Je suis retourné deux fois à l’eau pour les aider à regagner le bord. Puis je me suis écroulé. Il manquait deux personnes à l’appel. »

« Un Comorien avait perdu son frère, il n’arrêtait pas de pleurer. Je ne croyais plus que ce « panier percé » pouvait flotter sur l’océan. J’étais vide et découragé. Je voulais rentrer chez moi. Mais comment? Avec quel argent? »

« Après Le naufrage, sur notre groupe de 34 hommes, seuls, 4 dont moi, avaient encore nos chaussures. Les autres avaient tout perdu, leurs vêtements aussi. Alors, ils se sont fabriqués des sandales. »

« Nous n’étions plus que 26 personnes pour la deuxième traversée. Nous avions Le même bateau avec le même vieux moteur. Nous avions encore plus peur que la première fois. Les passeurs nous surveillaient armés de leur couteau. »

« Les hommes avaient peur, très peur. Ils n’avaient jamais vu l’océan. Ils ne savaient pas nager. Ils n’avaient pas bouger du fond du bateau. Certains avaient Le mal de mer et vomissaient. D’autres se faisaient dessus tellement ils étaient effrayés. »

« C’est la joie des retrouvailles. Je pense alors que j’ai fait le plus dure et que j’ai réussi. En réalité, ça continue. Je suis un hors la loi car je suis clandestin. Et ça fait mal. Je ne peux rien faire sans avoir peur. »

« Tout ça pour vivre en France. Si j’avais su avant mon départ, toutes les épreuves que je devais affronter, je ne serais peut être jamais parti. Jamais je ne recommanderai à l’un de mes frères de suivre mon exemple. » 

8 réflexions sur “« Kingsley, carnet de route d’un immigrant clandestin »

  1. gaïa dit :

    Merci pour cet article dont je sors bouleversée. J’en ai lu et vu des témoignages de ce genre et à chaque fois, cela me remue les tripes de savoir ce que ces personnes peuvent endurer et le sort qui leur est réservé une fois arrivées. On les traite comme des criminels, et parfois, j’ai honte pour l’humanité.

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