Rock en Seine 2019. ©: Mathieu Foucher

Rock en Seine 2019 : Un retour gagnant aux fondamentaux 

The Cure, Foals, Jorja Smith… l’affiche était alléchante et ça n’a pas loupé, la 17ème édition du rendez-vous incontournable de la fin de saison estivale Rock en Seine, s’est achevée dimanche dernier sur une bonne note, renouant ainsi avec ses anciens succès.

Du Cabaret Vert à Rock en Seine, il n’y a que 3h de route que nous avons bravé tels des pilotes de formule 1, en respectant, bien évidemment, toutes les consignes de sécurité et les limitations de vitesse. Une fois aux portes de Paris, il nous reste moins de trente minutes pour ne pas louper le concert événement de ce premier jour. The Cure célèbre ses 40 ans de carrière avec une date unique en France ce soir et c’est sur Rock en Seine que leur choix s’est porté. L’édition 2018 du rendez-vous incontournable de la fin de saison estivale avait laissé un goût amère aux organisateurs, qui avaient misé sur l’exclusivité PNL pour attirer le public. Un choix qui s’était révélé désastreux vu la faible fréquentation et qui avait été décrié par beaucoup qui ne retrouvaient plus l’âme du festival, taxé de prendre un virage plus rnb/pop.

Let’s Rock, Is Friday I’m in love

Nous arrivons sur le site du domaine National du Parc de Saint-Cloud peu avant 21h, nous nous trompons d’entrée en nous dirigeant vers celle réservée au public. L’entrée presse et VIP se trouvant de l’autre côté du parc, à 15 minutes à pieds. Nous abandons nos privilèges face à l’urgence et sortons les invitations reçues de la Région Île-de-France. Bingo !!! il ne faut pas perdre une seconde, sur le chemin qui nous conduit vers la Grande scène, on aura un seul regret, celui d’avoir loupé la création offerte par Jeanne Added avec l’ensemble Accentus. Une autre occasion se présentera plus tard, on l’espère.

Une fois arrivée vers la Main stage, c’est une marée noire qui nous accueille, les fans de The Cure sont reconnaissables à vue d’œil. On tente tant bien que mal d’atteindre la fosse, mais c’est peine perdue, on se résous à se positionner du côté droit de la scène, un peu en hauteur, malgré une vue obstruée par les arbres.

La Grand-messe The Cure 

Il est 21h pétantes à nos montres lorsque le charismatique Robert Smith, suivi de sa bande rentre sur scène au rythme de Plainsong et sous les vivats d’une foule excitée à souhait. Toujours maquillé comme à son habitude, le pas hésitant, le leader du groupe scrute l’étendue de cette foule, qui représente l’un des derniers publics de leur tournée anniversaire en Europe. Perchés sur la pente où nous nous trouvons, on l’aperçoit sur les deux écrans géants esquisser un sourire sur Pictures Of You. 40 ans après, la magie opère toujours, pour les plus jeunes comme nous qui n’avions pas connu cette époque, on reste subjugué.

Sur Play Of Today, on a l’impression que c’est tout le domaine qui chante avec eux, c’est très rock, l’ancien musicien de David Bowie à la guitare est juste épatant. C’est sombre, puissant et presque sectaire. C’est déjà l’heure du rappel après presque 2h de concert, Robert Smith se rapproche du public pour jouer Close To Me ou encore Friday I’m in Love, l’un des succès pop que nous reconnaissons d’emblée. « Boy’s don’t cry » vient mettre un terme à 2h20 de show que Smith essaye de prolonger tant bien que mal, un moment que les plus irréductibles craignaient et qu’ils ont du mal à accepter. Mais comme le reconnaîtra l’artiste, il n’a pas le droit d’en faire plus, restant un peu sur scène après le départ de ses musiciens, pour prolonger le plaisir, qui ne se représentera peut-être plus à l’avenir.

Jour 2 : Soleil + Musique = ambiance assurée

Samedi après-midi, le soleil est au rendez-vous à notre arrivée sur le domaine national de Saint-Cloud, après avoir récupéré nos accréditations, nous fonçons vers le chœur du site sans perdre une seconde. Hier nous n’avons pas eu le temps de visiter, avec la foule monstre qu’il y avait, il ne fallait pas trop se risquer. Aujourd’hui le site est plus calme, la programmation moins rock que la veille, fait place à une cible plus large avec le rap d’Alpha Wann, la pop douce de Jorja Smith ou le show XXL de Major Lazer.

Quelques changements

Zed Yun Pavarotti, Rock en Seine 2019.
Zed Yun Pavarotti, Rock en Seine 2019.

Nous avons un peu de temps devant nous pour faire le tour du propriétaire et nous commençons par la scène des 4 vents qui remplace certainement la scène des Bosquet qui a été supprimé cette année. Nous tombons sur le jeune Zed Yun Pavarotti qui délivre son flow mélancolique en ouverture de cette nouvelle scène. Nous ne nous attardons pas trop longtemps, car nous avons eu l’occasion de le découvrir à la dernière édition du Paléo festival.

C’est moins Rock, mais on adore

C’est une Catastrophe qui nous attire vers la pelouse de la Grande scène où un collectif de sept musiciens sert une pop rigide qui n’a pas l’air de figer le public sur place. Ça ressemble plutôt à une joyeuse kermesse. On passe devant la scène Firestone, la plus petite au festival au rouge agressif. Le public est tapi dans l’herbe devant le rock indé des Kitchies, les vainqueurs du Tremplin Firestone pour un voyage teinté d’exotisme.

Retour sur la scène des 4 vents où la Canadienne d’origine Suédoise Tommy Genesis nous servira son rap aux paroles explicites, issu de son premier album éponyme. Ça envoie du lourd sur scène et le public est à fond, tellement à fond qu’on se demande s’il ne va pas escalader la barrière de sécurité.

Le « Stupéfiant et Noir » Alpha Wann, aura du mal à convaincre avec ses freestyles à base de « On ira tous à Courchevel » sur la grande scène. Malgré la présence de son crew qui lui donne la réplique, la sauce a du mal à passer, mais certains y trouvent leur compte, puisque ça pogote grave au milieu de la fosse. Peut-être c’est nous qui prenons de l’âge et avons du mal avec ce genre d’ambiance.

20h45 : une silhouette séduisante sur la Grande scène

C’est un moment de douceur que nous a fait vivre la séduisante Jorja Smith, que nous retrouvons sur la grande scène avec sa voix de velours pour nous interpréter les titres issus de son premier album Lost & Found. Du haut de ses 22 ans, la jeune relève de la soul Britannique, que d’aucuns n’hésitent plus à comparer à Amy Winehouse, a envouté les festivaliers dans sa petite robe à paillettes en entonnant « Don’t wach me cry ». Du milieu de la fosse où nous nous trouvons, les amoureux s’enlacent en ne perdant aucune seconde de cet instant languissant, « chaque fois que je viens en France, je reçois beaucoup d’amour… », lance-t-elle, avant de demander de l’aide au public pour reprendre le refrain de « lost and Found » avec elle.

Ce même public sera plus audible sur le tube « Blue Lights » qui dénonce les violences policières et dont il reprend le refrain en cœur, transformant la fosse en une immense chorale. « Be Honest » achève de nous envouter même si parfois on l’entend chanter par-dessus sa propre voix. L’on s’en va avec les étoiles pleines « On my mind » en apercevant au loin son nom « Jorja Smith », gravé en lettres capitales au fond de la grande scène. Une façon de nous demander Where did I go ?

On quitte cette douceur, pour essayer de se mettre quelque chose sous la dent, mais il faut se l’avouer, les prix sont tout sauf attractifs. De 7 à 10 € pour une pinte, sans compter les sandwichs et autres kebabs pas toujours délicieux. Vu le prix de la pinte, on a plutôt intérêt à bien la tenir et surtout éviter de se faire bousculer au milieu de cette foule excitée qui converge vers la scène Cascade pour un Jungle festif.

Un Jungle fiévreux

Jungle, Rock en Seine 2019. ©: Mathieu Foucher
Jungle, Rock en Seine 2019. ©: Mathieu Foucher

Ils ont assuré, c’était mortel et ils méritaient largement la Main stage à la place de Lazer Major dont on parlera tout à l’heure. Le set de jungle ne mettra pas beaucoup de temps à nous convaincre, le public est chaud bouillant et semble vouloir en découdre pour marquer cette fin de soirée. Le groupe qui était déjà programmé il y a quatre ans, revient avec un nouvel album sorti l’année dernière et le sert au public qui le lui rend bien.

Lazer où est Major ?

C’était leur seule date française, en conclusion de la journée du Samedi à Rock en Seine. Si pour certains Diplo et Walshy Fire ont fait le show, entouré de danseuses les plus suaves en jouant leurs grands tubes, pour nous c’était un peu loupé. Si le groupe américain a mis pleins les yeux avec son jeu de lumières et vidéos parfois aveuglantes, le mixe des tubes d’Aya Nakamura ou encore Booba avaient du mal à passer. Nous ne serons pas aussi catégoriques que notre voisine qui l’a trouvé « nul », l’important c’était qu’ils fassent danser le public et ils y sont parvenus, vu le monde qu’on a laissé derrière nous en quittant le domaine.

Dimanche : un dernier jour mémorable 

Le soleil est toujours le premier invité à prendre possession du domaine national du parc de Saint-Cloud. On évitera de passer par l’accueil VIP aujourd’hui, on a envie de profiter de cette dernière journée en se mêlant au public dans lequel se trouve une majorité de nos amis.

Villejuif Underground, Rock en Seine 2019.
Villejuif Underground, Rock en Seine 2019.

La scène des 4 Vents est en ébullition avec le joyeux bordel des trublions du Villejuif Underground qu’on ne présente plus. Pour les habitués du festival, ils ont eu l’occasion de les voir à l’œuvre lors de leur dernier passage il y a deux ans. Mais cette fois-ci, c’est armé de leur nouvel album « When Will The Files In Deauville Drop ? » que le quatuor signe son retour dans un parc qui prend des allures de fête au village.

Sur la grande scène, c’est le trio irlandais Twoo Door Cinéma Club qui électrise le public, avant de laisser la place aux metalleux de Bring Me The Horizon, qui réconcilieraient volontiers tous les réfractaires à ce genre de musique.

Foals, on en redemande 

C’est sans doute le meilleur show de ce dernier jour du festival, que nous ont fait vivre les quatre membres du groupe d’indie rock Britannique Foals. Trois ans après leur dernier passage à Rock en Seine, le quatuor originaire d’Oxford, rentre sur scène à 21h conduit la voix puissante de Yannis Philippakis, Jack Bevan à la batterie, Jimmy Smith à la guitare et Edwin Congreave aux claviers. La bande ne se fait pas prier et offre 1h de pure folie à son public en ouvrant le show avec On The Luna. Armés de la première partie de leur dernier double album « Everything Not Saved will Be Lost 1 », ils nous offriront une longue version du single Exits.

« Fuck Trump, fuck Boris Johnson, fuck Brexit…« 

foals, Rock en Seine 2019. ©: Zelie Noreda
Foals, Rock en Seine 2019. ©: Zelie Noreda

Yannis se lâche au micro et distribue des « Fuck » à ceux qui selon lui, conduisent la planète à sa perte, de Boris Johnson, à Trump en passant par Bolsonaro, chacun est rhabillé pour l’hiver. Avant de jouer le titre « Black Bull », un inédit qui se trouvera sur la deuxième partie de leur dernier album annoncé pour octobre prochain. La prestation s’achèvera en pogo géant au milieu de la fosse, auquel Yannis n’hésitera pas à se mêler, donnant du fil à retordre aux agents de sécurité. On en ressort lessivé et complètement K.O. Quel show !!!

Aphex Twin, Rock en Seine 2019. ©: Olivier Hoffschit
Aphex Twin, Rock en Seine 2019. ©: Olivier Hoffschit

On avait prévu d’assister au final de cette édition avec Aphex Twin sur la grande scène, mais on déchante très vite après vingt-cinq minutes d’interrogations face aux lasers aveuglant. Mais pas de raison d’être déçu, Foals a fait le boulot tout à l’heure et on n’est pas encore redescendu de notre petit nuage. On apprendra le lendemain que le show d’Aphex Twin valait l’attente et qu’il fallait juste être un peu patient, une fois les trente premières minutes passées.

Voilà une édition de Rock en Seine qui s’achève sur une bonne note, après un vendredi Sold Out avec l’exclusivité The Cure, le festival a renoué le succès après une édition en demi-teinte l’année dernière. Avec près de 100.000 festivaliers sur trois jours, grâce à une bonne programmation, Rock en Seine opère un retour aux fondamentaux qui avait un temps manqué à son public.

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