Le 30 janvier, Alex Beaupain et ses musiciens étaient de passage au Théâtre des Jacobins à Dinan pour une seule date de leur tournée « Pas plus le jour que la nuit ». Alors entrons.

Arrivée parmi les derniers, je retire ma place à la billetterie, contente de constater que le concert n’a pas encore débuté. La femme à l’accueil, en me tendant mon billet, me demande si je connais bien. « Pas tant que ça, j’aime beaucoup certaines chansons, mais je ne connais pas si bien que ça » me justifiais-je. Elle me confia alors « C’est triste quand même ! » avec un petit clin d’œil de compassion pour moi qui allait bientôt m’enfermer dans le théâtre avec les mots d’Alex. Elle ajouta « Il fait une reprise, c’est vraiment bien ! ». Ah, me voilà rassurée et je peux m’installer au 4e rang, entre deux femmes assez âgées, dont une qui tient fermement son sac sur ses genoux tout en se mouchant régulièrement. J’ai le temps de voir que le public est assez âgé dans l’ensemble, et à part quelques élèves de lycée juste devant moi, je me demande comment ça va être, un peu inquiète par ces signes avant-coureurs.

La lumière s’éteint alors, et les musiciens entrent en scène. Le show pouvait m’emporter. Arrive Beaupain, qui commence avec un titre que je ne connais pas, «Ektachrome », comme sa mémoire, comme « une passoire  polychrome« , en morceaux. Une flopée d’images pas claires, qui fondent avec le temps. Une chanson toute en nuances, qui parle de la place de nos souvenirs, ceux qui s’envolent pour laisser place aux plus sensibles, aux plus chers. C’est beau et je me fous qu’il y ait des vieux dans la salle, j’aime ces mots tristes et l’ambiance me convient très bien. Puis il enchaîne avec « Grands soirs » et « Au Ciel »… la poésie ciselée de ses mots, accompagnés par des musiciens talentueux m’emporte vraiment, malgré mes réticences du début. « J’en laisserai au placard des squelettes, pour te garder en tête ». Tomber en amour…

« Vous allez bien ? » lance-t-il après ces trois chansons où il était resté assez discret. « Non mais, je veux dire, ça va ? Parce que, faut avoir le moral ! Un jeudi soir, à Dinan, vous êtes courageux! » Et il commence à parler, beaucoup, avec humour et auto-dérision, sur ses textes, sa réputée tristesse, l’âge moyen de son public, ses musiciens, la Bretagne, le chouchen… Bref, il nous fait rire et ça contraste totalement avec la teneur de ses textes. Il nous annonce aussi qu’il a une reprise dans son set (je le savais ;)) et qu’il nous fera chanter, histoire d’ambiancer son concert. Et ça arrive assez vite avec « Tout tombe », B.O. du film « Les malheurs de Sophie »… C’est simple, d’après lui, mais pas si facile à chanter. Tomber en enfance…

Petite et belle surprise, « Avant la haine » chanté en duo avec Valentine Duteil (violoncelle, choeur, piano et chant). Cette chanson est juste un pur bijou d’écriture, et en live c’est juste magique. « Je préfère les tempêtes de l’inéluctable à ta petite idée minable. Avant la haine […] avant la peine et le dégoût […] Je pourrais t’éviter le pire mais le meilleur est à venir ». Tomber sous le charme…

Changement d’ambiance avec « Orlando», issue du dernier album, qu’il chante seul devant un rideau de lumières, avec un éclairage magnifique, qui vient accompagner des mots forts et sobres, un bel hommage à « des gens qui s’embrassent, mais pour certains c’est déjà trop, et c’est ainsi que l’on trépasse, à Orlando ». Une chanson pour celles et ceux à qui il pense de son piano, qu’il n’oublie pas. Tomber sous les feux de la haine…

Beaucoup d’émotion aussi avec « Cours camarade », un des « tubes » d’Alex Beaupain, qu’on est content d’écouter en live, ce jeudi soir à Dinan. Tomber sur les barricades…

Puis voilà la reprise, le tube de Daho « J’ai gardé cette photo sur moi, ce photo-maton que t’aimais pas ». Et dire qu’on est tout près de Sables-d’Or-les-Pins, dont parle Daho dans cette chanson, « pour te voir, cinq minutes encore à Sables d’Or près des dunes ». Elle avait raison la dame de l’entrée, c’est hyper bien cette reprise. Tomber pour la France…

Après encore quelques titres, beaucoup de blagues, beaucoup de rappels, et pour terminer la chanson un peu tubesque aussi « Pas plus le jour que la nuit » nous indique qu’il est temps de quitter l’univers tendre, poétique et sensible d‘Alex Beaupain. « Peut-être que j’avais froid, peut-être que j’avais peur, je ne sais plus pourquoi, pourquoi battait mon cœur ». Un très beau concert, dont on sort, non pas triste, mais avec plein de chansons d’amour dans le cœur.