On l’avait découverte au festival Avec le Temps à Marseille, le 13 mars. Depuis, on n’a pas décroché. Son premier single « Trop Tôt ou Trop Tard » nous avait déjà marqué, le clip, sorti le 3 avril, confirme tout le bien qu’on pense de Liquid Jane. En attendant son premier EP prévu le 16 mai, plongée dans son univers
On l’a découverte au festival Avec le Temps à Marseille, le 13 mars dernier. Trop tard pour entendre « Trop Tôt ou Trop Tard » en ouverture de son concert, mais pas trop tard pour tomber sous le charme. Dès le lendemain, on se rattrapait en écoutant ce premier single, et on en parlait déjà dans notre live report. Depuis, l’impression ne s’est pas dissipée : Liquid Jane a cette justesse rare, celle qui marque dès les premières notes et ne s’efface pas.
Sorti le 14 mars, « Trop Tôt ou Trop Tard » est un morceau à la beauté trompeuse. D’apparence légère, avec son groove feutré et ses chœurs vaporeux, il cache une profondeur bien plus trouble. L’artiste y chante cet instant où l’on ne sait plus si l’on retient ou si l’on abandonne. Pas de grands éclats, pas de drame : juste un constat lucide, presque clinique, sur les hésitations et les renoncements. Tu perds tes mots et tends vers les larmes, c’est déjà trop tôt ou trop tard.
L’écriture est affûtée, chaque phrase tape juste. « Les maux enchaînés au comptoir, tu voudrais bien les laisser au bar ». Une ligne qui dit tout d’un quotidien qui pèse, des soirs où l’on croit encore pouvoir faire table rase. Mais Liquid Jane ne s’appesantit jamais. Tout est en retenue, dans la voix comme dans les arrangements. Le morceau avance sans éclats inutiles, porté par une précision qui évite le pathos.
Puis vient l’image. Jade Garnier, à la réalisation, tisse un écrin de chair et de béton. Pas de narration linéaire, mais une succession de scènes qui traduisent ce flottement émotionnel. Un bouquet de roses dans les mains, Liquid Jane coupe les tiges, descend dans la ville, erre dans le métro, distribue ses fleurs sans un mot. Un inconnu lui en vole une, elle laisse faire. Rien n’est figé, tout est dans le mouvement.
L’image oscille entre douceur et violence sourde. Des mains anonymes la pointent, une main lui tord le visage, elle échange ses fleurs contre des verres dans un bar. À la fin, elle est seule, assise sous une pluie de pétales rouges. Pas de résolution, juste une dernière sensation.
Liquid Jane ne choisit pas entre la lumière et la gravité. Elle s’y abandonne, en équilibre. Trop tôt, trop tard… Peut-être juste au bon moment.
