Dernier jour à Bourges avec Savanah, l’une de nos artistes coups de cœur. Entre confidences et concert en clair-obscur, retour sur une rencontre lumineuse avant son concert aux inouïs.
On la suit depuis plusieurs mois, et on espérait fort la voir figurer parmi les lauréats. Pour notre dernière journée au Printemps de Bourges, c’est avec Savanah qu’on l’a commencée. Rencontre intime dans une loge le matin, concert en clair-obscur à 14h, puis regards croisés en silence lors de l’annonce des lauréats. Une journée à hauteur d’artiste, guidée par la voix douce et déterminée d’une mélancolique lumineuse.
Une journée qui commence en douceur
Il est 11 heures passées dans l’Auditorium du Printemps de Bourges. Dernier jour du festival, et on commence la journée avec une artiste qu’on chérit particulièrement à la rédaction. Après l’avoir découverte sur scène à l’Hyper Weekend Festival en janvier, puis chroniquée à la sortie de son très beau projet Céleste et plus récemment de son single « 30 ans » on la retrouve aujourd’hui en chair et en voix dans une loge sobre, loin de l’agitation extérieure. Savanah, alias Agathe Watremez, nous reçoit calmement. Fatiguée, certes, mais présente. Et toujours habitée par une forme de douceur déterminée.
« Ça déroule », dit-elle simplement. « C’est une longue semaine, donc je suis un peu fatiguée. » Arrivée samedi pour intégrer le dispositif des iNOUïS, l’artiste s’est plongée dans un rythme dense et formateur. « On enchaîne les ateliers autour du milieu musical : labels, édition, rencontres pros… On mange bien, on fait du yoga… et moi, j’essaie de dormir dès que je peux. » Une semaine sous tension mais pleine d’opportunités, où elle apprivoise à sa manière les codes du métier, sans jamais perdre le fil de ce qu’elle est.
iNOUïS : la surprise de la troisième fois
Sa sélection, elle ne l’avait pas vue venir. « Franchement, une vraie surprise. À Annecy, au Brise-Glace, c’était notre première fois à trois sur scène. On était encore un peu fragiles. Et finalement, c’est passé, donc on est trop contentes. » Elle le dit sans emphase, mais avec sincérité. Cette fois, ça a marché. Une victoire d’autant plus significative que les deux premières tentatives s’étaient soldées par un refus. « Je n’avais pas d’entourage à l’époque. Je l’avais fait toute seule. Là, c’était la troisième fois. Comme quoi, faut persévérer. »
Et ce n’est pas rien, sur un CV d’artiste émergente. « Je pense que ça donne plus d’exposition. On rencontre des pros, on découvre d’autres projets. La prog est super éclectique, parfois plus que celle du In. C’est vraiment riche. » Dans cette ambiance de découverte, elle cite deux coups de cœur : Ménades, « un groupe de rock avec une énergie folle » et Louise Charbonnel, « plus chanson, avec une voix magnifique, très lyrique et douce. »
L’épure en ligne de mire
Depuis la sortie de Céleste, Savanah trace doucement son sillon. Il y a eu des premières parties (Victor Solf, Marie-Flore…), l’expérience marquante de l’Hyper Weekend Festival – « j’ai galéré pendant le concert, vraiment », puis la sortie du single « 30 ans », comme une lettre ouverte, un point de bascule. « C’est une chanson un peu plus lumineuse, même si je n’aime pas trop ce mot. Disons, moins complexe. » Un morceau charnière, peut-être, qui annonce un deuxième EP attendu pour novembre.
L’écriture est en cours. Elle évoque un projet encore teinté de nuit, mais un peu plus affirmé, plus direct. « Il y aura peut-être des titres plus up-tempo. Et je m’autorise des choses plus lumineuses. » Parmi les idées en germe : une reprise acoustique de Bob Dylan, avec des cordes, très brute. « J’ai envie de montrer cette facette-là aussi. »
La mélancolie reste, bien sûr. « C’est mon moteur. Même dans la lumière, il y aura toujours quelque chose de teinté. » À 30 ans, elle observe ce cap comme une zone de flou fertile. « J’ai quitté Paris, j’étais en pleine remise en question. J’avais l’impression d’être entre deux âges : adulte, mais encore un peu enfant. » Une transition intérieure qui nourrit ses textes, toujours à mi-chemin entre force et fragilité.
Préparation physique et dépouillement scénique
À défaut de résidence, Savanah a affûté son set lors de ses derniers concerts, notamment avec Astral Bakers. « On n’a pas pu répéter ensemble avant Bourges, mais les 3-4 concerts précédents nous ont mises en condition. » La scène, elle l’aborde comme un corps à apprivoiser. « Je me prépare physiquement : sport, sommeil, beaucoup d’eau. Et mentalement aussi. Je me conditionne. »
À 14h, nous la retrouvons sur la scène du 22, quelques heures après notre tête-à-tête. Avant elle, le duo Genre Genre a ouvert la journée avec ses harmonies suspendues. Puis vient le moment de Savanah. Elle entre sans fracas, entourée de ses deux musiciennes. Leur set est d’une pudeur remarquable, traversé par cette intensité douce qu’on lui connaît. Les titres de Céleste défilent comme des fragments de mémoire. Pas de fioritures, mais une justesse à chaque instant. Sa voix, claire, tremble parfois, mais elle touche droit. Elle ne joue pas sa vie ici, elle le disait quelques heures plus tôt. Et pourtant, on sent que tout y est.
« Je sais qu’il y aura sûrement moins de public aujourd’hui » confiait-elle le matin même. « Mais je ne joue pas que pour les pros. Il y a aussi des gens qui paient leur place pour découvrir. Je ne me mets pas trop la pression. »
Un regard furtif à l’annonce des lauréats
Le soir, l’heure de l’annonce des lauréats sonne. Dans la foule dense, on l’aperçoit, silhouette discrète mais attentive. On ne s’adresse pas la parole. On n’en a pas besoin. Ce jour-là, elle n’est pas montée sur le podium. Mais cela ne change rien à ce qu’on a vu, ni à ce qu’on sait déjà. Le chemin se construit à son rythme. « On n’est pas obligés de tout réussir dans la vingtaine », nous glissait-elle quelques heures plus tôt. « On peut s’épanouir aussi plus tard. C’est OK. »
Et cette sérénité-là, à l’image de sa musique, vaut toutes les médailles.
