Rencontre avec Malaka, interviewé le mois dernier aux Bars en Trans, à l’occasion de la sortie de Mang, leur nouvel EP nourri d’un retour aux sources et du live. À découvrir avant leur passage à l’Hyper Weekend Festival, le 25 janvier.

Deux voix qui s’entrelacent, des racines qui vibrent et une musique qui se vit autant qu’elle s’écoute. Malaka trace son sillon à la croisée des territoires, entre Guadeloupe et Auvergne, douceur et transe, folk, soul et pulsations créoles. Porté par Laurina et Sacha Moïsa, le duo affirme avec Mang une identité organique et profondément habitée, nourrie par un retour aux sources et une énergie scénique contagieuse. À quelques jours de leur passage à l’Hyper Weekend Festival, où elles se produiront le 25 janvier, Malaka se confie sur la genèse de ce nouvel EP, la force du live, le travail en sororité et l’importance de célébrer ses racines plutôt que de les taire. Rencontre avec un duo en mouvement, à l’écoute du corps, du monde et de soi.

Chez Malaka, tout commence par un mot court. Maï. Puis Mang. « On aimait bien ces titres très courts, qui claquent », sourient Laurina et Sacha Moïsa. « Comme notre musique. » Nées en Guadeloupe, dernières d’une fratrie de quatre, les deux sœurs forment aujourd’hui l’un des duos les plus organiques de la scène actuelle. Installées à Clermont-Ferrand, elles portent une identité façonnée par les allers-retours, les racines multiples et une liberté revendiquée. Leur nom en est la première trace. « La malaka, c’est un fruit qu’on mangeait quand on était petites. Une pomme d’eau rose, croquante, désaltérante. On a toujours adoré ce mot. On s’est toujours dit qu’on ferait quelque chose ensemble, en famille, et ce nom revenait tout le temps. »

À l’origine, pourtant, rien n’était prémédité. « J’ai commencé la musique au lycée », raconte Laurina. « Et quand Sacha m’a rejointe à Clermont-Ferrand pour ses études, on s’est dit que ce serait cool d’essayer ensemble. » Le confinement fera le reste. « On s’est retrouvées dans la même maison, sans échappatoire. En vrai, c’était l’occasion. »

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Célébrer les racines plutôt que les brûler

Sorti le 14 novembre 2025, Mang est le deuxième EP du duo. Un disque charnière, né d’un retour en Guadeloupe vécu comme une nécessité intime. « On s’était posé une vraie question avec notre premier EP : faut-il brûler nos racines ou les célébrer ? On a choisi de les célébrer. » Ce choix les conduit à repartir sur leur île natale, pour la première fois sans leurs parents. « C’était la première fois qu’on y allait sans notre père pour nous guider partout. On s’est retrouvées face à nous-mêmes. »

Une expérience déstabilisante et fondatrice. « On a découvert des endroits où on ne serait jamais allées avant. Une culture beaucoup plus profonde que ce qu’on avait connu enfants. » De ce voyage naît un EP plus terrien, plus ancré. Mang explore un territoire sonore où se croisent musiques créoles, afrobeat, soul, influences urbaines et pulsations organiques. « On se rapproche de nos origines, mais on ne peut pas dire qu’on va faire que de la musique créole. On ne connaît pas beaucoup de termes. On fait de la musique au feeling. Quand un rythme nous inspire, on le met. »

Aux côtés du percussionniste Timothée Faure, rencontré lors de leurs débuts guitare-voix dans la rue, le duo élargit son souffle. « Timothée ne vient pas pour qu’on lui dise quoi jouer. Il sent la musique. » Formé notamment au Sénégal, il insuffle une dimension nouvelle au projet. « Il apporte un univers afro qu’on n’avait pas du tout avant. C’est vraiment une troisième voix dans Malaka. »

Le corps, la voix et le live comme terrain d’expression

Parmi les six titres de l’EP, « Mangrove » agit comme un cœur battant. Une transe syncopée, inspirée par un écosystème découvert il y a plusieurs années. « La mangrove, c’est un écosystème de fou. On est tombées amoureuses de cet endroit. C’était impossible de ne pas en parler. » Le morceau, prolongé par un clip onirique, devient métaphore, celle d’un monde déconnecté en surface, et d’un autre, souterrain, vibrant, où la musique guide vers soi.

Plus frontal, « Blacky Blood » aborde la liberté capillaire et l’acceptation du corps. Un morceau né d’un vécu pour Sacha. « Un soir, on m’a touché les cheveux dix fois sans mon consentement. Je suis rentrée chez moi et j’ai écrit. » Une chanson comme une réparation. « J’aurais aimé que quelqu’un me dise : t’as le droit de dire non. Tes cheveux sont beaux. On les a toujours lissés, toujours cachés. Maintenant, il est temps de s’aimer. » Sur scène, ces messages prennent toute leur ampleur. « Le live, c’est là où on se sent le mieux. Il y a beaucoup de douceur, mais aussi beaucoup d’animalité. On danse, on tape, on sourit. Le corps est très important pour nous. »

Malaka vit dans le mouvement, la pulsation, le partage direct avec le public. Travailler entre sœurs est une évidence, mais pas sans ajustements. « Ça demande énormément de communication. On vit ensemble, on travaille ensemble. Il y a des moments un peu bancals. » Une richesse malgré tout. « Je ne pourrais pas travailler avec quelqu’un d’aussi naturellement. » Aujourd’hui intermittentes, Laurina et Sacha vivent de leur musique. « On a cette chance parce qu’on fait beaucoup de live. Les streams, non. Le live, oui. » Un équilibre rendu possible par un entourage solide. « Notre grande sœur est notre manageuse, notre mère fait nos tenues. Quand on a dit qu’on arrêtait les études pour la musique, nos parents nous ont dit : allez-y. »

Quant à l’avenir, il se dessine sans peur. « On aime notre rythme. Il y aura toujours des comparaisons, mais on est fières de notre évolution. » Et si tout devait s’arrêter ? « Au pire, on reviendra à deux, guitare-voix dans les bars. Et ce ne serait pas grave. » À celles et ceux qui rêvent de se lancer, Malaka adresse un message limpide : « On n’a jamais fait de conservatoire. On était dans nos chambres, et aujourd’hui on est sur scène. Il faut oser. Même si c’est bancal. Chaque petite action compte. »

Malaka avance ainsi, enraciné et libre. Une musique qui danse, qui relie, qui soigne. Une sorte de porte ouverte vers soi.