De la pluie bretonne aux dernières notes du samedi soir, on a vécu trois jours intenses aux Bars en Trans. Voici notre voyage au cœur de cette édition 2025.

Les Bars en Trans, c’est chaque année la même sensation : celle d’entrer dans une ville qui respire la musique à chaque coin de rue. Pour cette 29ᵉ édition, Rennes a de nouveau laissé ses bars, ses salles et ses théâtres devenir les terrains de jeu de 95 projets émergents venus de toute la francophonie. Trois jours pour fouiller, courir, choisir, et surtout se laisser surprendre. Et comme il est impossible d’être partout à la fois, nous avons suivi notre propre trajectoire à travers cette programmation foisonnante. Une route faite d’interviews qui s’enchaînent, de concerts attrapés à la volée, de coups de foudre instantanés et de parenthèses inattendues. Voici ce que nous avons vécu, vu et entendu.

L’édition 2025 des Bars en Trans est prévue à Rennes les 4, 5 et 6 décembre 2025.
L’édition 2025 des Bars en Trans est prévue à Rennes les 4, 5 et 6 décembre 2025.

Jeudi : Premières découvertes et mise en route

On arrive à Rennes sous une fine pluie, rien de plus normal, et on s’y attendait presque avec affection. On file vers la Parcheminerie pour récupérer nos accréditations, et enchaîner avec deux interviews : Aprile, puis Okali. De belles rencontres dont on vous parlera bientôt.

La soirée commence avec Aprile à La Parcheminerie. Elle joue « Je n’ai jamais oublié », et quelque chose change dans la salle. Le temps se resserre, la respiration colle un peu à la gorge, et certains essuient discrètement une larme. On applaudit fort, longtemps. Puis elle attrape sa petite guitare, s’avance vers son micro : « La prochaine chanson parle d’amour, et j’aimerais donner beaucoup d’amour à tous les artistes programmés ce soir. » Elle enchaîne « trop d’amour à donner », « Prince déconstruit ». C’est tout son EP qu’elle nous offre, avec une sincérité bouleversante.

Un saut rapide au Penny Lane, juste le temps de retrouver Ménades, découvertes aux Inouïs l’an dernier. Le bar est rouge du sol au plafond, l’ambiance serrée, vibrante, totalement « Bars en Trans ». Elles glissent même un titre en exclu, un de ces petits cadeaux qui font le charme du festival.

On retourne à la Parcheminerie pour Okali, et le changement d’univers est total. Gaëlle Minali Bella apparaît tout de blanc vêtue, cape et canne à la main, habitée. Florent et Nicolas l’entourent, entre guitares, claviers, batterie. Elle chante en eton et en anglais, et sur « Deep », on reste littéralement suspendu à sa voix. Elle interprète ensuite une reprise sud-africaine, dédiée « à ceux qui ne sont plus là ». On la voit lutter contre l’émotion, et c’est peut-être l’un des moments les plus touchants de la soirée. Puis vient « Singue », où elle évoque comment reconstruire sur une terre brûlée. Une performance intense, presque mystique.

Vendredi : Entre retrouvailles et révélations 

Il fait un peu moins froid que la veille, mais on garde nos écharpes. La journée commence à la Parcheminerie avec les interviews de Nûr puis de Malaka, deux rencontres lumineuses avant la folie du soir.

On l’avait manqué à Bourges : l’erreur est réparée à la Parcheminerie avec White Corbeau. Derrière son piano monté sur tréteaux, il dégage une énergie lumineuse qui embarque instantanément la salle. Entre anglais et français, il défend les titres de Forêt, son EP sorti en juin, né d’une vraie bascule artistique : après des années de morceaux sombres, il a choisi d’écrire la joie, le mouvement, la lumière. Un chemin intime qu’on ressent pleinement en live. Un vent de fraîcheur qui lance idéalement notre soirée.

On ne pouvait pas manquer Savanah, notre douceur préférée. On arrive en retard (merci les interviews interminables), mais à temps pour vivre deux titres essentiels : « Je ne rêve plus », écrit pour sa petite sœur, toujours aussi émouvant, puis « Dernier endroit », sensuel et enveloppant. La salle applaudit à tout rompre. On a juste le temps de lui glisser un mot en repartant, elle nous remercie d’être passés, sourire sincère. Ça suffit à réchauffer la soirée.

À la Parcheminerie, Roxane nous saisit dès l’entrée. Elle est seule, guitare en main, et sa voix… une voix qui brûle, mais doucement, sans jamais hurler. « Black Swan » emporte toute la salle dans un silence presque sacré.

Puis arrive le duo Malaka, accompagné d’un batteur. Les voix de Laurina et Sacha s’entremêlent avec une évidence désarmante. Leur EP Mang, sorti le 14 novembre, prend une dimension encore plus organique en live. Elles dansent, sourient, se répondent. Et par miracle ou par talent, elles réussissent à faire lever toute la Parcheminerie. C’était beau, simple, et vrai, à l’image de l’interview qu’elles nous ont accordées.

Samedi : Rencontres inattendues et bouquet final

On devait voir James Loup au 360. On voit Blynk. Les Bars en Trans, c’est aussi ça : les décalages d’horaires qui nous offrent des rencontres inattendues. Une belle surprise.

Place ensuite à Dab Rozer à la Salle de la Cité. On rit beaucoup, on bouge aussi. Son énergie mi-désinvolte, mi-festive fonctionne tout de suite. Ils sont deux : lui au chant, un musicien aux claviers qui joue aussi le rôle de baker. De « Le chanteur » (son sample de Balavoine), à « Week-end », jusqu’à « Loser », tout le set est un concentré de bonne humeur. Il fait même retourner toute la salle pour applaudir la régie et les bénévoles : « Retournez-vous pour les gens de la régie, les équipes, les bénévoles… plus de bruit bordel ! ». Un moment drôle, simple, humain.

On retrouve ensuite MDNS, après l’interview qu’il nous avait accordée plus tôt. Sur scène, il confirme tout ce qu’il nous a raconté : une musique engagée, enragée, témoin d’un monde qui déraille et qu’il tente de réenchanter. Il joue notamment des titres de Posthume, son premier album sorti en mai 2024, comme « J’ai plus le temps » ou « Allô docteur ». La fosse explose, et par moments, ça pogote, ça crie, ça vit. L’un des sets les plus incandescents du festival.

Enfin, retour à la Parcheminerie pour Dressed Like Boys. On nous en avait parlé, on comprend pourquoi. Il commence seul, puis ses musiciens le rejoignent. Sa manière de chanter l’intime, le marginal, le courage d’être soi touche immédiatement. L’un des moments forts du set reste ce titre écrit pour un ami musulman et drag queen. Un hommage délicat, puissant. Il se lève, danse devant le public, comme un crooner fragile mais lumineux. Un beau moment de vérité.

Horizon 2026

Cette édition 2025 nous a offert ce qu’on vient chercher aux Bars en Trans entre découvertes inattendues, retrouvailles touchantes et concerts qui ne ressemblent qu’à eux-mêmes. Trois jours où l’on traverse Rennes avec les oreilles grandes ouvertes, et où la musique, partout, semble nous répondre. On vous donne rendez-vous l’année prochaine, du 3 au 5 décembre 2026, pour trois jours de découvertes.