On l’avait découvert aux Bars en Trans en décembre, et impossible de le lâcher depuis. Avec Le personnage principal, Dab Rozer transforme son humour bancal en miroir de nos petites obsessions. Une claque drôle, étrange et franchement attachante, qu’on vous invite à découvrir.

Une salle qui rit, qui bouge, un artiste qui ne se prend pas tout à fait au sérieux ou alors trop, mais juste ce qu’il faut pour que ça devienne drôle. C’est le menu que nous a proposé Dab Rozer aux Bars en trans en décembre dernier. Depuis, on le suit. Et il y avait cette attente un peu particulière autour de ce premier album : est-ce que ce personnage-là pouvait tenir sur la durée ?

Sur Le personnage principal, Dab Rozer ne répond pas vraiment à la question. Il la contourne, la tord, et finit par en faire tout un concept.

Le héros moyen, mais terriblement humain

« Auditeurs auditrices » pose le décor comme un faux mode d’emploi : un récit, presque un jeu, où l’on suit un type persuadé d’être au centre de tout. Sauf que le héros est un peu nul, un peu moyen, mais surtout terriblement humain. Et c’est là que ça fonctionne.

Derrière le gimmick, on retrouve la continuité de ce qu’on avait déjà entrevu sur scène et dans les premiers extraits. « Coucou les potes », découvert en mars, conserve cette légèreté absurde tout en touchant juste. L’amitié y est racontée sans grands discours, avec ses hasards, ses contradictions et ce mélange d’affection et d’intérêt jamais complètement assumé. La présence de Nerlov élargit le morceau, comme une conversation qui déborde.

Dans un autre registre, « Sympa » touche directement. Sous son énergie presque bordélique, le morceau rappelle une idée simple mais vitale : dans un monde saturé de commentaires gratuits et de petites agressions, être gentil devient un acte militant. L’artiste réussit à en faire un cri collectif, entre défouloir et rappel à l’ordre.

Le cœur du projet, c’est sans doute « Briller ». Un morceau qui cristallise tout : l’envie d’être quelqu’un, et le vertige de ne pas l’être. L’humour y laisse passer autre chose, plus fragile, presque touchant. Puis « Loser », comme un miroir tendu sans filtre, suspend le temps. Le masque tombe à moitié, juste assez pour que le doute derrière la blague apparaisse. C’est dans ces interstices que l’album se révèle le plus intéressant.

Autour, un univers se construit : « Lidl » et sa satire grinçante, « Le plus fort » et sa douceur rétro, ou encore les interventions de voix cultes comme Pierre-Alain de Garrigues et Brigitte Lecordier, qui renforcent le côté décalé, presque cartoon du projet.

Entre chaos apparent et précision subtile

Tout paraît bancal, improvisé, mais rien ne l’est vraiment. Chaque blague, chaque exagération, chaque moment « stupide » appuie là où ça fait un peu mal : notre besoin d’exister, d’être vu, d’être validé. Sans jamais devenir cynique, Le personnage principal capte quelque chose de très actuel : cette envie d’être au centre… alors qu’on est tous un peu figurants dans la vie des autres.

On rit, souvent. On s’y reconnaît, parfois malgré nous. Et surtout, on comprend pourquoi, ce soir-là aux Bars en Trans, la salle avait déjà basculé… et basculera encore un peu plus lors de son concert parisien à La Boule Noire, le 9 avril.