Thibaut Pez transforme les blessures de l’enfance en geste d’affirmation avec Mauvais sang. Un premier EP court et frontal, où l’intime devient politique et où l’on apprend, enfin, à ne plus s’excuser.
Chez Thibaut Pez, tout commence par une tension. Celle d’un corps qui a appris très tôt qu’il ne rentrerait pas dans le cadre, et qui a longtemps dû composer avec ce décalage. Artiste à la croisée de la musique, du théâtre et de la performance, il développe depuis plusieurs projets une œuvre traversée par les questions d’identité et de regard. Avec Mauvais sang, son premier EP, il pose les bases d’un récit sans jamais céder à la tentation de l’explication frontale. Ici, tout passe par des images, des sensations, des fragments.
La ligne est claire d’entrée de jeu. « Oh papa, qu’as-tu fait de moi ? », chante-t-il dès le titre d’ouverture. La phrase pourrait annoncer une plainte, elle ouvre en réalité un renversement. Thibaut replonge dans ce moment où les mots des autres commencent à peser, où l’on comprend que quelque chose, aux yeux du monde, ne va pas. Mais plutôt que de chercher à réparer, il choisit d’assumer. Le « mauvais sang » devient alors un point d’appui, presque une matière. Ce geste se prolonge ailleurs : dans la pochette, où il rejoue une scène d’enfance maquillé avec les affaires de sa mère, comme dans la reprise de Peau d’Âne imaginée avec Thomas Jolly, qui fait dialoguer héritage et présent.
Le reste du disque explore cette trajectoire sans jamais la figer. « Ça me passe l’envie », derrière son apparente légèreté pop, laisse affleurer une forme d’usure, celle que produit le regard de l’autre quand il devient trop insistant. À l’inverse, « Quel bonheur (que tu n’existes plus) » ouvre un espace de respiration : celui d’un détachement enfin possible, d’une joie presque incrédule de ne plus être atteint. Entre les deux, « Rêve secret d’un prince et d’une princesse », partagé avec Thomas Jolly, esquisse un conte queer où l’amour hésite encore entre le secret et l’exposition, tandis que « Le goût du jour » referme l’ensemble sur une note plus sourde, celle d’un quotidien que l’on traverse parfois sans y être tout à fait.
En parallèle, Thibaut Pez prolonge cette exploration avec un podcast du même nom, où il donne la parole à des artistes comme Paloma ou Aloïse Sauvage. Des récits différents, mais qui finissent par se rejoindre dans une même tentative de mise en mots. Mauvais sang procède du même mouvement. Court, parfois à vif, l’EP expose, relie, transforme. Et dans cet espace-là, sans jamais forcer l’identification, il touche à quelque chose de familier.
