Cette année encore, la Strasbourg Music Week n’a pas manqué d’émerveiller son public grâce à une effervescence musicale sans limite. De l’indie-pop au post-punk, en passant par l’électro, la folk et le hip-hop, cette édition nous a fait voyager dans tous les sens du terme. Suisse, Belgique, Allemagne et France : plus d’une quinzaine de projets émergents et transfrontaliers ont fait vibrer Strasbourg.

Les festivals comme la Strasbourg Music Week ont quelque chose de précieux, d’unique. Le public est curieux : il vient sans forcément connaître les noms programmés, prêt à se laisser surprendre, à adhérer ou non aux projets, mais avec l’intime envie de vivre pleinement ce moment. C’est aussi le cas des artistes, qui jouent le jeu en venant présenter et défendre leur univers face à une nouvelle audience. Il nous faut valoriser ce genre de démarche engagée, qui participe à soutenir une scène émergente, souvent mise en difficulté par des programmations centrées sur les grosses têtes d’affiche.

Du 5 au 8 mai, une atmosphère festive et singulière s’est donc installée à Strasbourg. Concert après concert, une véritable connexion s’est créée parmi les participants, portée par la curiosité et l’envie d’aller toujours plus loin dans la découverte musicale. Une énergie presque galvanisante !

La culture au cœur des rencontres

Le programme ne se limitait pas aux concerts. Entre ateliers, conférences et tables rondes, un véritable espace de réflexion autour des musiques actuelles s’est créé, permettant de cerner différentes perspectives d’un pays à l’autre. 

Après avoir assisté aux échanges sur les enjeux écologiques et de la ruralité, le même constat revient : le secteur culturel, pourtant innovant et essentiel à chacun, est l’un des premier menacés en cas de crise. On prend alors conscience de la chance qu’on a de pouvoir participer à des événements comme la Strasbourg Music Week, qui défendent une culture accessible, vivante, et humaine. Et surtout de les voir perdurer dans un environnement qui n’est pas toujours favorable. En bref : on en ressort motivés à profiter pleinement de cette expérience ! (Et on l’a fait.)

Retour sur les coups de cœur de l’édition 2026

Glaascats

Ça commence fort dès le début. Premier coup de cœur pour Glaascats, un groupe indie rock suisse (Fribourg) qui nous plonge tout de suite dans une atmosphère planante. Les sonorités, tantôt mélancoliques, tantôt plus rugueuses, nous rappellent les groupes de rock alternatif des 90’s comme Radiohead et Sonic Youth, qu’ils citent d’ailleurs comme inspirations. Sur scène, on comprend immédiatement leur univers. Le trio, concentré sur ses instruments, nous livre un set simple mais authentique. On se surprend même à fermer les yeux pour apprécier pleinement les harmonies des voix d’Alexander et d’Amélia, et les riffs entrainants qu’on aurait aimé écouter plus longtemps.

Photo : Emmy KOHLER

Kaat Van Stralen

Là, ça explose dès les premières minutes. Venus de Flandre, Kaat Van Stralen et son groupe nous envoient un vrai électrochoc post-punk qu’on n’est pas prêt d’oublier. La chanteuse n’a clairement pas eu besoin de traduire ses textes en flamand pour véhiculer son message, pourtant au cœur de son projet. On se doute déjà des sujets abordés, engagés, francs, sans détour. Son énergie incandescente et cette brûlante envie de se connecter avec le public ont suffi à dépasser la barrière du langage. Résultat : on adhère tout de suite (et encore plus après avoir jeté un œil à la traduction, évidemment). Sans parler de sa présence scénique, naturelle et assumée, qui s’inscrit dans la veine d’Amyl and the Sniffers. C’est donc un double coup de cœur, autant pour la personnalité pétillante et militante de Kaat que pour le set en lui-même.

Photo : Emmy KOHLER

DAMAGHEAD

On a forcément accroché au passage de DAMAGHEAD que nous commençons à bien connaître : on les avait déjà vus en première partie de Pogo Car Crash Control et lors des auditions des Inouïs du Printemps de Bourges à Strasbourg. Fidèle à leur esthétique garage/punk indie, le trio sait comment déchainer son public au fil du concert. C’est typiquement un groupe qu’on pourrait associer à des séries des années 2000 comme Skins : jeunesse insolente, esprit grunge et DIY… La dose parfaite d’esprit rétro et de fraîcheur qui fonctionne à chaque fois ! Le set se termine avec « Billion Butterflies », un nouveau titre dévoilé quelques jours avant le festival.

Photo : Emmy KOHLER

JOSY BASAR

On continue avec le deuxième soir de festival au Karmen Karmina. De nombreux projets se sont succédés sous diverses teintes de musiques électroniques, mais il y en a un qui nous a particulièrement marqué : Josy Basar. Il est dans son monde, dans sa bulle, et pourtant, il réussit à nous emporter dans son récit. C’est le genre d’artiste qui vit réellement sa musique, sans artifice. Cette authenticité, elle nous touche. Entre histoires et mélodies envoûtantes, son set reste encore en tête le lendemain.

Photo : Emmy KOHLER

LADY POÏ

La soirée de clôture au Molodoï a été marquée par des coups de cœur principalement féminins, à commencer par Lady Poï, qui a selon nous donné le ton. Sous son manteau en fourrure rose fluo qu’on avait aperçu de loin : une voix profonde et une présence magnétique. Peut-être la fille cachée de Björk ? Ça oscille entre rock et indie pop éthérée, et surtout : ça nous envoûte. Lady Poï occupe la scène avec une aisance presque déstabilisante quand on sait qu’il s’agit de son premier concert. Entre les morceaux, elle se présente, nous partage des anecdotes, avant de réincarner cette bête de scène habitée par sa musique. Son set se termine sur un titre qu’elle dédie aux sorcières, et appelle à une sororité qui interpelle une partie du public, et intrigue l’autre.

Photo : Emmy KOHLER

LOBSTERBOMB

Ils sont bruyants, ils ont un look audacieux, et ils font des ravages : les berlinois Lobsterbomb nous ont contaminés avec leur folie furieuse. Le trio s’est amusé autant que le public sur du garage rock débridé, et la chanteuse Nico Rosch a même fini par rejoindre la foule. Derrière cette énergie fun et sans prise de tête, le groupe livre une performance incisive et maîtrisée qui nous reste en tête. C’est pourquoi on a immédiatement ajouté des titres de leur dernier album overstimulated à notre playlist à la fin du concert.

Photo : Emmy KOHLER

Ÿend 

Hip-hop, RnB, amapiano, afrodigital, dancehall… Impossible de coller une seule étiquette à Ÿend. Aussitôt son set commencé, elle navigue d’un genre à l’autre, et prouve qu’elle sait autant chanter que rapper. Ÿend dégage une énergie lumineuse, puissante, une aura d’étoile montante. Sans compromis, elle impose son univers riche en influences, et c’est un pari réussi : le public, bouillant, ne fatigue pas. Elle finit par le rejoindre et danser avec lui, un moment fort qui témoigne de la connexion authentique qu’elle réussi à créer avec son audience.

Photo : Marie Sergent

The Wooden Wolf

La Strasbourg Music Week se termine avec son emblématique soundwalk : un parcours matinal à ciel ouvert, pensé pour découvrir des artistes à travers des lieux incontournables de la ville. Dès le premier stop, on est conquis. Les magnifiques murs du Cosmos nous accueillent pour le concert de The Wooden Wolf : une balade folk, aussi douce que brute, et profondément intime. Une voix, une guitare, une contrebasse : c’était amplement suffisant pour se laisser emporter par cette douceur texturée. Ce moment était d’autant plus unique puisque les morceaux présentés ne sont pas initialement prévus pour être joués en acoustique.

Photo : Emmy KOHLER

Nubreeze

D’une parenthèse intime à l’autre, c’est le quatrième et dernier concert de cette édition qui nous a tiré les larmes aux yeux. Dans l’atmosphère chaleureuse et cosy du Troc’afé, entouré de livres, Nubreeze nous a touchés en plein cœur. Le rappeur allemand, habituellement derrière une batterie, a quitté les baguettes pour les touches noires et blanches du piano. Un challenge de taille, donc. Des textes riches et travaillés, sur des mélodies simples mais efficaces : ça parle de l’amour du hip-hop, de relations, du rapport entre l’artiste et son art… Des sujets personnels qu’il aborde avec sincérité et maîtrise. Où que le regard se pose, on sent l’émotion traverser le public, ému et attentif à chaque parole. C’est donc sur ce moment délicat, suspendu, que s’achève la Strasbourg Music Week 2026.

Photo : Emmy KOHLER