Pour célébrer les 20 ans de leur album The Black Parade, My Chemical Romance a donné rendez-vous à ses fans pour une tournée théâtrale à l’image de ce projet culte qui a marqué la scène émo et pop-punk des années 2000.

On a eu l’occasion d’assister à la dernière date européenne du Black Parade Tour à Madrid : un show, voire un opéra-rock, qu’on n’est pas près d’oublier. L’ambiance de ce concert en plein air rappelait celle d’un festival pop-punk à l’ancienne, porté par des looks extravagants et un sentiment de nostalgie intense, comme si on avait remonté le temps.

La chaleur écrasante du mois de juillet madrilène n’a pas empêché le respect du dress code implicite : les fans portaient du noir de la tête aux pieds ! Plus qu’un concert, la performance s’est révélée être une véritable immersion dans le lore de cet album concept. Et ce dès l’entrée, avec une distribution de cartes postales particulièrement énigmatiques. La soirée a été rythmée par d’autres références, codes et symboles à décrypter qui ont permis de se plonger dans l’univers de My Chemical Romance, qu’on connaisse l’histoire derrière The Black Parade ou non.

Une entrée en matière planante avec les écossais Mogwai

En première partie, on découvre Mogwai, un excellent groupe écossais qui s’avère être une figure culte et majeure de la scène post-rock indépendante depuis la fin des années 90. Une ouverture de bal de qualité donc, malgré un problème technique qui a un peu écourté le début du set. Le groupe a su rebondir sans difficulté et captiver la foule avec une prestation planante et aérienne : une belle découverte pour les amateurs de Slowdive ou Sigur Rós comme nous ! On retient un ensemble majoritairement instrumental et ambiant, oscillant entre percussions, piano, guitares hypnotiques : une musique expérimentale emprunte de mélancolie. Dans le public, beaucoup frôlent la transe, les yeux fermés. Coup de cœur pour les titres « Ritchie Sacramento » et « Auto Rock », qui ont rapidement rejoint notre playlist !

My Chemical Romance : entre théâtralité et émotion brute

La playlist pré-concert pose le décor : l’optimisme et la bonne humeur de « Mr. Blue Sky » d’Electric Light Orchestra laissent place à « Over Fields », l’hymne national de Draag, l’État fictif et autoritaire au cœur de du projet. Entre esthétique soviétique d’avant-guerre et imagerie de propagande, le ton est donné. Des personnages tout droit sortis des clips font leur entrée sur scène, suivis par Gerard Way et sa bande, vêtus des vestes de fanfare noires emblématiques de The Black Parade. On y est !

La première moitié du show retrace l’intégralité de l’album, entre séquences théâtrales et titres cultes, en commençant ironiquement par « The End ». Au fil du concert, on comprend que le groupe, qui joue son propre rôle, se rebelle contre l’emprise qui semblait le contrôler : des mises en scène qui font clairement monter la tension à chaque nouveau morceau ! Dès les premières notes de piano de « Welcome to the Black Parade », la foule est en délire (nous y compris). Comment ne pas avoir la chair de poule quand des milliers de voix reprennent en chœur et avec émotion « We’ll carry on » ? Un message d’espoir saisissant dans cette chanson qui symbolise une époque et une scène alternative souvent moquée à tort. Le groupe enchaîne les pépites : « I Don’t Love You », « Cancer », « Mama », « Teenagers », et surtout « Famous Last Words », dont la performance nous a coupé le souffle. Un show aussi explosif qu’émouvant, entre pyrotechnie, intensité et beaucoup de nostalgie.

Le chapitre The Black Parade se clôt sur « Blood » et une mise en scène sanglante très imagée, le clou final de ce récit. Pendant l’entracte, les confettis noirs et blancs nous rappellent des cendres qui se mêlent au ciel rose du crépuscule, une parenthèse presque cinématique avant la suite du show. Le groupe rejoint une seconde scène au milieu de la fosse, avec des tenues simples et décontractées : ils abandonnent le rôle du marching band pour un concert plus brut, sans artifice. On explore le reste de leur discographie avec des titres incontournables comme « I’m Not Okay (I Promise) », « Na Na Na » ou « SING ».

Avec le coucher de soleil en toile de fond, cette date à Madrid capture la magie d’une nostalgie estivale et la beauté du couché de soleil, mêlées à l’émotion qui parcourt le public. On a réellement l’impression d’être dans une bulle coupée du monde, hors du temps.

Et parce qu’il fallait clore cet ultime concert européen en beauté, le groupe nous a réservé une surprise de taille : « The World Is Ugly » et « The Foundations of Decay », deux titres qu’ils ne jouent (presque) jamais. Une vraie aubaine pour les fans qui pourront se vanter d’avoir eu la chance d’écouter ces raretés en live. « So long and goodnight » : My Chemical Romance nous quitte sur les paroles d’« Helena » après près de deux heures de show intenses.