« J’ai envie de raconter l’infiniment petit, l’infiniment précis de ce qui m’arrive… » Eddy De Pretto

C’est dans un look qui ressemble au personnage que Eddy de Pretto débarque dans l’espace VIP du festival les déferlantes le lundi 9 juillet 2018 pour une rencontre avec la presse. Le « Kid » du rap français n’a pas sa langue dans la poche, malgré une timidité apparente, il n’élude aucune question mais se refuse à être le porte flambeau d’une quelconque génération.

Comment te sens-tu ?

Eddy De Pretto : Ça va, écoute, je ne connaissais pas les déferlantes, je suis très content, je n’ai pas encore eu le temps de voir grand-chose, mais je vais me rattraper tout à l’heure. On m’a dit que la scène était folle.

J’ai écouté ton album, j’ai beaucoup aimé, où puise-tu ton inspiration ?

Eddy De Pretto : J’ai envie de raconter tous mes ressentis, tous mes questionnements, toutes les choses qui suscitent en moi des brulures, des choses qui sont profondes j’ai envie de les sortir, mettre mes tripes sur la table, des témoignages, ce que je vis dans les fêtes. J’aime raconter le plus précisément possible l’infiniment petit et j’essaie d’être le plus précis dans ce que j’ai envie de raconter.

Est-ce que Cure est la continuité de ton premier opus ou un grand tournant ?

Eddy De Pretto : C’est un premier coucou j’espère qu’il y’en aura des centaines d’autres. Je ne pensais pas qu’il serait reçu de cette manière, je suis très content et j’espère qu’il y en aura plein d’autres derrière, c’est l’ouverture à quelque chose

Qu’est ce qui te rend heureux dans la vie en trois mots ?

Eddy De Pretto : Je dirai la scène, le sexe et la fête.

Est-ce que tu te prépares de la même manière quand tu joues en festival et en concert ?

Eddy De Pretto : Oui oui, j’ai toujours un rituel automatique que je fais tout le temps, c’est-à-dire le fait de s’habiller me fait rentrer dans quelque chose de très concentré. J’ai l’impression d’avoir ma tenue de scène qui est simple, mais le fait de la mettre m’installe dans quelque chose de plus étoffé, de plus grand, je m’échauffe la voix aussi, ce sont des rituels qui ne changent pas.

Après pour les festivals il y’a quelque chose d’un peu plus supplémentaire, c’est-à-dire qu’il y’a des gens qui ne connaissent pas forcement le projet, qui s’en foutent ou qui n’aiment pas, qui passent, tu les sens et qu’il faut attraper même s’ils sont dissipés, même s’ils sont en train de penser à la prochaine bière. Il faut les choper et leur dire « eh oh, je suis là et j’ai envie de vous raconter des choses ». Et donc il y’a cet aspect un peu plus conquête encore plus forte qu’on a dans les salles où les gens sont venus et on acheter leur billet pour me voir du coup je pense que la seule différence il faut encore mettre un plus gros costume de monstre de soi.

Comment on arrive à occuper les scènes qui sont assez gigantesques ?

Eddy De Pretto : Déjà il y’a la technique que j’ai gagné quand j’ai fait tous mes cours de théâtre, la projection sur scène, l’équilibre plateau, prendre l’espace et tout. Automatiquement, j’ai un truc qui me fait que plus les salles sont grandes, plus j’ai l’impression de grandir. Consciemment et inconsciemment aussi j’ai l’impression de devenir assez suffisamment monstre pour tenter d’occuper et d’attraper un peu tous les gens. Mais après c’est la technique de base, ensuite aller les chercher, il y’a les déplacements et puis il ne faut pas rentrer avec une certaine modestie et timidité, il faut y aller avec une certaine assurance totale et sentir que c’est toi qui va plutôt manger les gens qu’eux te mangent, surtout dans les grandes salles.

La semaine dernière on s’est croisé à Liège, hier tu étais aux Eurockéennes et aujourd’hui tu es là, comment fais-tu ? est-ce que tu avais été préparé à ça ?

Eddy De Pretto : Non, il n’y a pas de formation à ça, on ne nous apprend pas à chanter tous les soirs, non je suis en train d’apprendre. Ça demande une certaine rigueur, c’est cool. J’apprends justement à avoir ce dynamisme de chanter tous les soirs, tu apprends où sont les limites de ta voix aussi, comment la gérer, qu’est-ce qu’il ne faut pas faire la veille, faire attention… je suis très soucieux de ça, perdre ma voix, du coup j’y vais un peu à tâtons.

Tu abordes les sujets un peu tabou dans ton album comme l’homosexualité, du coup comment tu vis le fait d’être un peu le symbole d’une génération ?

Eddy De Pretto : Oullala je ne le vis pas et je ne veux pas le sentir, je l’éloigne de moi-même, ça me mettrait beaucoup trop de pression et beaucoup trop de… non non non j’essaie de rester le plus distant de ça et je me dis que j’ai envie de raconter comme je le disais tout à l’heure l’infiniment petit, l’infiniment précis de ce qui m’arrive, de ce que je vis comment je le vis, mais l’icône tout ce que ça peut créer, l’idolâtrie, le fanatisme j’essaie de l’écarter le plus de moi je pense que c’est des choses qui peuvent fragiliser énormément.

Psychologiquement comment se fait le passage d’une personne lambda à une personne connue ?

Eddy De Pretto : C’est quelque chose qu’on fantasme déjà psychologiquement… Depuis petit moi je rêve d’être vu et entendu par tout le monde, donc je pense que ton psychisme il est là en mode « ok tu veux le faire, tu vas le faire et tu vas y arriver », une fois que tu y es c’est comme une libération limite, tu as tellement envie de ça, tellement tu y es que ça te fait énormément plaisir, donc je le vis plutôt bien.

Ça ne t’atteint pas ?

Eddy De Pretto : Si, émotionnellement se retrouver devant des grandes scènes avec 20.000 personnes qui crient et qui t’appellent et qui chantent tes phrases que tu as écrit dans ta chambre, tu te dis putain c’est ouf, c’est un peu comme la drogue, il y’a une montée et une descente et après tu vis avec, tu vis le vide et tu attends la prochaine.

Tu parles de la prochaine, est ce qu’il y’a des collaborations dans l’air ?

Eddy De Pretto : Peut être…

Par rapport à cette violence qu’on a en soi et qu’on aimerait libérer, est-ce qu’il peut y avoir des limites artistiquement ?

Eddy De Pretto : Justement c’est une question que je suis amené à me poser parce que, c’est très intéressant parce que, j’aime me dire non je n’ai pas envie de céder à une quelconque censure ou le qu’en dira-t-on de ah ça c’est moralement possible, moralement impossible de la faire, de le dire. J’aime justement, c’est vrai il y’a un aspect un peu fausse provoc, j’aime justement traiter des sujets, par exemple la virilité je ne me suis jamais dit, c’est vraiment une question intime qui en tant qu’homme à laquelle j’ai été confronté et je ne me suis pas dit olala comment les gens vont le prendre ? Non j’avais foncièrement envie d’en parler et envie de traiter ce truc. Donc non je n’ai pas envie de céder à ça et j’espère avoir des choses, d’autres sujets à traiter qui soit un peu subversifs, mais j’espère…

Comment se passe ton processus de création ? est-ce que tu écris frénétiquement partout ?

Eddy De Pretto : Non, c’est très lent, c’est beaucoup de réflexions en interne, psychologique, je laisse vraiment un peu les tripes me guider dans le sens où je me laisse aller à beaucoup d’observation, beaucoup de sensations et ensuite il y’a des phrases qui viennent comme ça, des choses jolies que j’envie de dire, ensuite une fois que je suis en studio, une fois que j’ai le temps, c’est-à-dire 8h-20h, comme un fonctionnaire, je vais au bureau, j’approfondi les thèmes que j’ai eu, les idées que j’ai eu pour arriver à quelque chose de précis dont je parlais tout à l’heure.

Je rebondis sur la précision, on voit que tu es beaucoup dans le contrôle, On le sur certaine scène, au quotidien on voit que tu es au contrôle sur ton smartphone, est-ce que c’est une volonté d’être dans la précision ? ou une façon de te protéger au début de ta carrière ?

Eddy De Pretto : Non, je pense que c’est une folle envie d’avoir le contrôle de tout, même si ce n’est pas toujours possible, cette folle envie elle est là et j’ai envie d’être le plus pointilleux possible sur comment je me présente, comment je présente les chansons, comment je pense, des histoires et qu’elles ne soient pas déformées par tout un tas de médias.

Est-ce que le fait d’aller creuser dans tes tripes te fait souffrir ?

Eddy De Pretto : Non, ça me plait moi justement, cet outil de travail, d’aller creuser, comment détourner les thèmes et voir aussi comment ils sont perçus par d’autres. J’aime aller chercher les sujets et voir comment ils ont été traités sur internet, il y’a un peu de référencement, après j’aime moi me creuser une idée. Il n’y a pas trop de tristesse dedans, non, je mets une certaine distance vis-à-vis de ça, vous allez me prendre pour un dingue, mais j’ai l’impression de vivre les choses totalement dans mon âme et une fois que les choses sont vécues, de pouvoir ressortir de là et qu’il y’ait quelqu’un qui me regarde du coup qui peut raconter de façon subjective ce qui m’ait arrivé et comment je l’ai vécu.

Cure, disponible en CD,Vinyle et digital

Eddy de Pretto sera sur scène au festival Paléo à lyon le 18/07, au Mas des Escaravaties le 19/07, a la cote de l’océan à Biarritz le 20/07, théâtre de la verdure à Brive le 21/07

Plus d’infos sur eddydepretto.com

Chrislin NR

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