Amour Ultra Chelou, du nom de son 2ème EP électro pop sorti le 26 avril dernier, nous a mis sur le cul. Le jeune auteur compositeur et interprète Abel Chéret, prouve avec ce premier projet dont il est le chef d’ouvrage, l’étendu de son talent. Il a pris le temps de répondre à nos questions pas du tout chelou !

Les Sables d’Olonne en Vendée ont vu grandir le jeune Abel Chéret qui y a passé toute son enfance et y reste jalousement attaché, malgré son installation sur paris il y a une dizaine d’années. C’est également dans cette ville d’enfance qu’il fit ses armes en intégrant un groupe de rock de son lycée où il finira comme frontman. Mais c’est la pop et l’univers intimiste qu’elle peut offrir qui attire Abel, préférant abandonner son groupe de rock pour écrire sa propre histoire.

Les histoires, Abel les raconte à travers les images et les métaphores qui forment l’ossature de ses textes. À l’image de ce souvenir d’un amour brûlant sur l’île de Cuba, raconté dans son premier single « Calor Humedo ». La suite ne lui donnera pas tord et son talent se révéler au grand jour avec son 2ème EP « Amour Ultra Chelou« , pour lequel il a accepté de répondre à nos questions depuis son lieu de confinement.

Hello Abel, nous sommes contraints de faire cette interview par mail à cause des mesures de confinement. On t’imagine confiné chez toi derrière ton écran, comment tu vis cette période ?

Abel Chéret : Au-delà du drame sanitaire et économique, je vis cet enfermement plutôt bien. Mon quotidien est un peu comme une photo en négatif de ce qu’il était avant le confinement. Avant je sortais tous les jours pour des rendez-vous, pour travailler et voir mes amis. Je me plaignais de ne pas avoir assez de temps pour la musique. Aujourd’hui , entre mes quatre murs, je dois me contraindre à ne pas travailler 15 heures par jour devant mon ordinateur ou avec ma guitare et mes synthés pour ne pas dépérir et péter un plomb.

Les dates annoncées pour ta tournée semblent compromises, certains festivals renoncent quand d’autres reportent… où te situes-tu dans ce tourbillon un peu spécial ?

Abel Chéret : Quelques dates ont été malheureusement annulées et d’autres sont pour l’instant reportées à la rentrée. Certaines dates, programmées durant l’été, sont toujours maintenues mais il est trop tôt pour savoir ce qui sera possible de faire dans les prochains mois.

Tu as annoncé la sortie d’un opus pour la rentrée prochaine, la crise actuelle chamboule tes plans ou au contraire ça te permet de travailler sereinement ? Et d’ailleurs comment t’occupes pour ne pas tourner en rond ?

Abel Chéret : Avec tout ce temps contraint, j’avance très vite sur de nouveaux morceaux. Je devrais avoir pas mal de matière d’ici un mois pour un EP voir un album. Etant toujours en autoproduction, le problème sera plus de trouver des partenaires ou des financements pour concrétiser un prochain projet. La rentrée d’automne sera sans doute plus que jamais intense et je ne suis pas certain que sortir quelque chose à ce moment-là soit une idée lumineuse. Mais tout ça n’est que stratégie, l’heure est à la création et personne ne peut me gâcher ces instants.

Dans ces conditions on imagine que tu n’as pas pu faire ta résidence dans ta ville d’origine les Sables d’Olonne comme c’était prévue ou comme tu as pu le faire pour ton EP ?

Abel Chéret : J’ai pu faire une résidence d’une semaine aux Sables d’Olonne pour travailler le live. Je devais ensuite y retourner m’isoler du tumulte parisien pour écrire deux semaines. Le tumulte étant réduit au désert, je peux créer dans mon appartement même si je ne vis pas seul et qu’il faut forcément faire des concessions.

Pour moi l’amour a toujours une part d’étrangeté, de singularité. Sinon ce n’est plus de l’amour, c’est de l’ennui

Abel Chéret

Il y a un an sortait ton EP « Amour ultra chelou » salué par la critique et dans lequel tu revenais sur une passion amoureuse que tu as vécu. C’est quoi pour toi un amour ultra chelou ?

Abel Chéret : (rires solitaires) On me pose régulièrement cette question et souvent, je réponds que le titre est un euphémisme. Pour moi l’amour a toujours une part d’étrangeté, de singularité. Sinon ce n’est plus de l’amour, c’est de l’ennui. D’ailleurs, d’une certaine façon, s’ennuyer avec son partenaire est aussi très chelou.

Quelle différence fais-tu entre l’amour ultra chelou et l’amour saignant ?

Abel Chéret : Disons que si l’on devait faire une classification, dans le grand règne de l’Amour, l’Amour Chelou est une famille et l’Amour Saignant une espèce à l’intérieur de celle-ci.

Dans lovely Doll, tu dénonces les violences faites aux femmes et en même temps tu mets à nu la solitude de beaucoup, obligés de s’adonner à ce tu qualifies de viol domestique. Ce titre a une résonance particulière en cette période de confinement où les contacts humains sont proscrits et où certaines femmes se retrouvent prisonnières de leurs bourreaux. Visionnaire ?

Abel Chéret : Je ne dirais pas que c’est visionnaire car malheureusement, c’est le cas depuis bien trop longtemps et il est vrai que cette tragédie est encore plus accentuée avec le confinement. J’y pense régulièrement. Je me dis que de cette condition particulière naissent ou naitront des choses terribles. Plus généralement, je me dis que pour certaines personnes, ces semaines doivent être vécues comme un véritable enfer, soit par solitude soit par la vie collective dont elles sont contraintes.

On imagine que tu prends position quand tu abordes le sujet des violences faites aux femmes. Qu’est-ce que tu penses de toutes ces voix de femmes qui s’élèvent aujourd’hui dans le sillage de Me too, pour dénoncer le sexisme dans le monde du cinéma ou de la musique ?

Abel Chéret : Je pense que tout ce qui peut permettre aux êtres humains de s’affranchir d’un quelconque asservissement est une bonne chose. On a trop souvent justifié les inégalités femmes/hommes en invoquant l’inné, la biologie. Je pense que le problème est avant tout social. Le propre de l’humain est d’être un animal civilisé. Soyons-le ! Au-delà des enjeux de pouvoir et du fantasme de la castration, cette remise en question touche à des choses ancrées très profondément dans les modes de vie des gens. Je constate quand même qu’à ce niveau, en France, les choses évoluent positivement. Le cinéma et la musique sont des mondes encore très contrôlés par les hommes, toutefois il y a de plus en plus de premiers rôles féminins et de femmes à la tête de projets musicaux. Dans le contexte actuel, elles ont davantage de légitimité. C’est un premier pas.

Comment on arrive à parler du cyclone dévastateur Irma, en maniant le second degré ? Tu as beaucoup hésité avant de le sortir ?

Abel Chéret : Au départ, le titre devait être Xynthia et évoquait la tempête qui a sévi sur la côté ouest de l’Europe et notamment sur la Vendée où je suis né. Irma, ça sonnait mieux et l’ouragan n’étant plus médiatisé, ça me permettait de davantage toucher les gens. Je ne vise personne en particulier dans cette chanson et je ne cherche pas non plus à stigmatiser les entrepreneurs. Comme souvent, mes paroles ne sont ni politiques ni engagées. Je me place du point de vue de l’humain et non d’une quelconque cause. C’est une image poétique qui évoque les dissonances qu’il peut y avoir entre l’intérêt collectif et son propre intérêt. En effet, j’ai hésité avant de le sortir mais j’aime ce morceau et je ne veux pas me censurer.

Ton prochain opus épousera-t-il le même format linguistique du précédent ou tu te contenteras d’une seule langue ?  

Abel Chéret : C’est drôle que tu me poses cette question car j’ai écrit hier une chanson en espagnol alors que ce n’était pas prémédité. Je n’ai jamais appris cette langue mais je suis de plus en plus attiré par sa sonorité. C’est une langue pleine de mystères pour moi, ça ressemble à des formules magiques, et pourtant, j’ai des proches et une filleule qui la parlent couramment. Il est donc très possible qu’il y ait un peu d’espagnol dans le prochain EP. Bien joué !

Quelle est la première chose que tu feras lorsque le confinement sera levé ?

Abel Chéret : Sortir voir mes amis. Ils me manquent terriblement.

Abel Chéret. (C): Emeric Leprince

« Ceci n’est pas une question, mais ton titre Calor Humedo est une vraie réussite pour moi, je l’adore et l’écoute presque quotidiennement. Bravo » un rédacteur 

Abel Chéret : Merci beaucoup, j’en suis touché.

Merci Abel d’avoir répondu à nos questions depuis ton lieu de confinement, on espère te voir sur scène très vite. Prends soin de toi.

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