Même si elle « aime bien provoquer », Isïa Marie est avant tout une artiste fière de ses convictions et prête à tout pour les défendre, comme elle le laisse entendre dans l’interview qu’elle a bien voulu nous accorder.

Cette semaine j’ai eu la chance de m’entretenir avec la jeune artiste Isïa Marie, la chanteuse/guitariste ex membre du groupe Mante, est devenue indépendante. Connue pour ses titres : « Tant pis », « C’est pas toi, c’est moi », ou encore « Dans les yeux ». Elle s’est gentiment prêtée au jeu de question/réponse avec moi en toute sincérité. J’ai découvert un peu plus cette personne très humaine, au grand cœur de rockeuse. je vous laisse découvrir les différentes facettes de cette artiste en pleine ascension.

Personnellement, je te suis depuis un moment sur les réseaux, donc je connais pas mal de choses de toi, mais je pense que nos lecteurs aimeraient en savoir un peu plus. Donc tu es auteure, compositeur, interprète, de tes chansons et tu fais également des Cover. On a pu entendre ceux de Mylène Farmer mais également des « Cover avec la langue » peux-tu nous expliquer ce que c’est ?

Oui exactement.
Avec la langue alors ouais, en fait, j’ai commencé à faire des Cover parce que j’avais envie de sortir des choses et que je me suis rendu compte que faire des Cover, c’était quand même un moyen hyper pratique de sortir des chansons régulièrement. Je me suis dit, qu’est-ce que je pourrais essayer de faire, pour faire des choses un peu originales ? Et je me suis dit, je vais prendre des tubes anglo-saxons, et comme je suis quand même assez à l’aise avec la langue française, je vais les adapter en français. Comme cela, je vais un peu les remanier à ma sauce. Alors, évidemment, je m’inspire du texte de base et j’essaie de retranscrire au maximum, mais quelquefois, pour que ça rime et pour que ça soit cool, je prends des libertés. Parfois j’écris un peu des trucs qui sortent de la traduction.

On a pu entendre Billie Elish, Britney Spears tu as donc pleins d’inspirations différentes ?

Ouais, c’est vrai, à la base je faisais surtout des chansons que j’aimais, vraiment les chansons pour lesquelles j’avais un coup de cœur et puis là depuis quelques temps, je commence à me dire : « OK je vais sortir un peu de ma zone de confort, et je vais faire des chansons qui sont en train de buzzer même si ce n’est pas forcément les chansons que j’écouterais naturellement ». Donc là, celle que je vais enregistrer et filmer ce soir, que je vais sortir cette semaine, c’est la chanson de Olivia RODRIGO « Drivers license ». Qui est une chanson de pop américaine. Je ne serais pas du tout allée spontanément vers ça mais je me suis forcée.

Quelles sont tes inspirations dans tes propres créations ?

Ça revient souvent autour des mêmes artistes. Les artistes qui m’influencent le plus, à la base, c’était Gainsbourg, qui m’a beaucoup inspiré. Ensuite il y a eu Stromae, très fort. Y a eu Mylène (FARMER) y a toujours Mylène. Et au niveau du côté Cloud, du côté vaporeux de la musique j’ai beaucoup accroché aussi sur PNL. Donc je n’ai pas encore sorti ces sons là mais j’ai fait toute une vague de sons, qui sont très cloud inspirés PNL mais avec une voix très Mylène dans les aigus ça fait un mélange assez détonnant. (rire)

(c): Nicolas Mallus

Ça fait combien de temps que tu fais de la musique ?

Houla… depuis que je suis née, j’ai envie de dire. Puisque mes parents sont musiciens, et déjà quand j’étais dans le ventre de ma mère, elle faisait du piano et chantait tout le temps.

Donc tu as été bercée dedans ?

Voilà, et le piano j’ai commencé vers 3/4 ans je crois.

Tu fais donc du piano et de la guitare ?

Piano guitare et j’ai fait de la batterie aussi puis le chant, c’est déjà bien.

Tu as commencé dans un groupe c’est ça ? Tu te sentais enfermée dedans c’est pour ça que tu as préféré être indépendante ?

Alors j’ai eu plusieurs groupes. J’ai eu mon premier groupe qui s’appelait DIXIT là on faisait du rock en français un petit peu à la Superbus. Ensuite j’ai eu un groupe qui s’appelait EDEN PILL, donc j’étais surtout guitariste c’était plus du Rock stoner on était un trio et on jouait très fort, le but c’était de jouer le plus fort possible (rire). Après j’ai eu mon groupe Mante et c’est là que j’ai rencontré les musiciens avec qui je joue toujours dans le projet Isïa Marie. Et j’adore avoir des groupes, j’ai adoré avoir des groupes. Mais c’est vrai que j’avais envie de tester l’indépendance.

Enfin en tout cas, j’avais envie de savoir ce que ça faisait d’être 100 % responsable d’un projet et que je sois un peu face au mur. Ne plus dire que c’est la faute d’ untel ou untel si cela ne marche pas comme tu veux. J’avais envie de sentir cette responsabilité et ce vide. Ce vide de ne plus pouvoir s’appuyer sur qui que ce soit pour créer et c’est quelque chose qui est hyper intéressant, et je pense que j’ai fait des chansons que je n’aurais peut-être pas faites si j’avais été en groupe. C’est un peu plus introspectif on va dire mais c’est plus dur aussi parce que du coup quand t’as pas le moral t’es toute seule.

C’est donc là où je voulais en venir, tu es indépendante et tu fais tout toute seule dans ta chambre. Donc tu sembles dire que c’est plus compliqué à gérer ?

J’ai envie de dire que c’est plus compliqué mais du coup… J’ai tendance à croire que ce qui est compliqué, ce qui est dur, ce qui va causer même de la souffrance sur le moment, ce sont des choses qui en gros te marquent plus dans la vie, mais ça c’est ma mentalité je suis pas très douée pour la facilité.( rire). Donc j’aime bien ce qui est compliqué et j’aime bien ce qui me demande beaucoup d’efforts. Qui me « galère » quoi. (Rire)

Le confinement t’a inspirée ?

Ouais… Beaucoup c’est là que j’ai sorti « c’est pas toi c’est moi ».

Dans ton processus créatif qu’est-ce qui arrivent en premier, les mots, la musique ?

Tu as dit : « qu’est-ce qui arrive en premier les mots ? » et moi dans ma tête j’ai pensé les MAUX. Donc c’est ça qui arrive en premier. (Rire). Mais en vrai plutôt la musique. Ce que j’aime bien faire c’est me poser derrière mon ordi et commencer à  » proder  » un peu. À faire un peu de son, à ce moment-là y a des mélodies qui me viennent dans la tête. Ça, les mélodies en général ça pose pas de problème, ça se fait un peu instinctivement. Et après faut écrire et là ça devient plus compliqué. ( rire ). Je pense que ce qui me demande vraiment le plus d’efforts, c’est d’écrire. Parce que ça se contrôle pas tu vois. Autant trouver une mélodie, je sais que je trouverai toujours quelque chose. Trouver des mots si j’ai pas l’inspiration ça peut me prendre un mois. C’est très bizarre.

Qui est ton public? Tu penses t’adresser un type d’auditeurs en particulier ? Tu sais qui ils sont ?

C’est une bonne question. Je crois que c’est la première fois qu’on me pose cette question. En fait c’est la question que se pose un manager en premier, « Quelle est la cible ? ». Alors du coup c’est une question qu’on s’est un peu posée effectivement. Quand on regarde les statistiques sur les réseaux sociaux, j’aurais tendance à dire que les gens qui me suivent le plus sont des 18/35 (ans) voir plus 24/35 donc mon âge. Un petit peu plus d’hommes que de femmes. J’ai remarqué quand même que souvent les gens qui viennent me parler, qui rentrent en contact avec moi, sont des gens qui se sentent un peu minoritaires. Genre, il va y avoir des gamins un peu paumés qui viennent me parler, qui sont un peu à dessiner des mangas dans leur chambre (rire).

Il y a aussi beaucoup la communauté LGBT qui vient me parler, après est-ce que c’est représentatif des gens qui m’écoutent ..? Je ne sais pas. En tout cas qui font vraiment la démarche de venir me parler, il y en a pas mal. Ceux qui sont portés comme moi sur ce qui est onirique. C’est quand même assez large, c’est dur de répondre à cette question. Y a aussi des tous petits, qui prennent le téléphone de leurs parents pour m’envoyer des messages. C’est assez vaste. En fait, tu vois si je faisais du rap … Les gens qui font du rap par exemple on sait vraiment à qui ils s’adressent c’est très précis comme catégorie. Moi c’est quand même un peu familial on va dire.

Tu touches à plusieurs thèmes dans tes chansons l’amour, le féminisme, et même les violences conjugales. Je voudrais d’abord parler du féminisme ce thème revient dans plusieurs de tes chansons enfin c’est ce que l’on ressent. La chanson « Dans les yeux » ne me contredira pas. D’ailleurs le clip est basé sur le concept « No bra » peux-tu nous en parler ?

Ouais bien sûr, le concept « no bra » consiste en le simple fait de ne pas porter de soutien-gorge. (rire). Au-delà du côté provocateur, parce que j’aime bien provoquer et qu’on a fait un clip où on voit pas une seule fois des yeux on voit que des seins, mais il y a vraiment un message au bout. Qui est : « l’on fait ce qu’on veut et on porte un soutif si on veut, on n’en porte pas si on ne veut pas et c’est pas pour ça qu’il faut qu’on vienne se faire draguer ».

Quand j’ai tourné mon clip dans la rue, sans mon soutien-gorge avec mon T-shirt bleu, je me suis fait siffler par une bande de lycéens. J’avais envie de dire : « bon bah voilà ». C’est quelque chose qu’on a instauré dès le début, qu’il fallait cacher ça, qu’il faut mettre un soutif, que c’est un peu la honte de voir les tétons apparaître sous le T-shirt etc. On est en 2021 tu marches comme ça et tout le monde se retourne dans la rue ! Nous le clip on l’a fait, on l’a monté, on a passé tellement de temps à regarder les images qu’à la fin ça nous faisait plus rien et on s’est dit : « OK c’est ça qu’on veut! ». Ce qu’on veut, c’est que le message soit insistant pendant trois minutes, et que les gens s’en prennent plein la tronche et qu’à la fin ils se disent « Bon bah une fille qui marche sans soutif dans la rue OK »

Et donc tu te revendiques féministe ?

En fait ce qui me pose problème dans le fait de se revendiquer féministe, c’est que ça instaure l’idée qu’il y a un problème. Qu’on a quelque chose à combattre. Alors oui effectivement on a quelque chose à combattre. Mais je préfère dire que c’est juste du bon sens et qu’en fait, il n’y a même pas à se revendiquer féministe. C’est un peu tordu ce que je vais dire mais oui on est tous féministes en fait. Celui qui dit qu’il n’est pas féministe, t’imagines, il s’avance vers de grands problèmes. (rire). Je suis pour l’égalité homme femme tout simplement.

Durant le confinement, on a parlé des violences conjugales qui ont malheureusement augmentées. Le féminicide est une réalité dans notre monde. Durant cette période tu as sorti « C’est pas toi c’est moi » Une chanson qui parle des violences conjugales d’une façon très sincère. J’ai lu que des langues se sont déliées auprès de toi, que des femmes sont venues te parler ?

Effectivement après avoir sorti ce morceau j’ai réussi à avoir quelques bons articles. Dans des médias genre « Konbini », « néon magazine », « actu » etc et il y en a pleins d’autres. Et le fait d’avoir eu cette visibilité a fait que, il y a plein de gens qui sont venus écouter la chanson et qui m’ont envoyé des messages après. Et effectivement il y a pleins de femmes qui m’ont envoyé des messages en me disant « merci ». Et même des hommes aussi. Il y a eu quelques hommes qui m’ont dit « moi aussi j’ai vécu ça dans le sens inverse ». Et donc ça c’est génial quoi.

J’ai découvert ce que c’était de faire une chanson qui pouvait vraiment aider les autres. Avant j’étais vraiment dans le rock, j’étais dans l’ultra provocation, quitte à choquer, quitte à blesser, enfin j’étais dans le rock. Et avec cette chanson là, c’était vraiment la première fois que j’ai fait une chanson en disant que ça va peut-être aider des gens. Et ils vont se sentir moins seuls. Et ça a marché et c’est cool.

Et tu serais prête à t’engager pour cette cause ?

Je pense que l’engagement, il est déjà là, le fait d’avoir sorti cette chanson. Après oui, je suis toujours prête à participer à des choses, je suis en contact avec 2-3 associations. J’aimerais beaucoup, quand la situation sanitaire le permettra, pouvoir jouer à des soirées, faire des choses comme ça. L’engagement ça vient tout simplement dans le fait d’intervenir quand ça t’arrive. Si la situation te le permet.

Y a un mois de ça, j’étais dans la rue et il y a un mec qui a agressé sa nana, devant mon copain et moi. Le mec avait 17 ans et la nana en avait 15. Il lui a défoncé le genou. Il lui a éclaté le genou en plein milieu de la rue. Et donc évidemment on est intervenu. J’ai commencé à dire au gars : « Tu fais quoi mec ». Le mec a commencé à m’insulter, il a sorti un couteau. Il a voulu nous agresser. Enfin zinzin le gars ! Et la nana elle était en pleurs, elle avait le genou éclaté. Heureusement elle est allée porter plainte. En toute sincérité ça m’est déjà arrivée d’avoir des problèmes dans la rue avec un gars et heureusement y a des gens qui sont intervenus. Ça m’a fait du bien. C’est pas tout le temps le cas. Je pense que des fois les gens ils ont peurs ou ils s’en foutent. Je sais pas. En tout cas plus de solidarité ça serait bien.

Je vais passer à un sujet plus gai. Tu as fait une collaboration avec Collas. Vous avez chanté le morceau « Macarena » c’est un Cover de Damso. J’ai donc deux questions, comment s’est faite cette rencontre ? Et pourquoi ce titre ?

Alors honnêtement je ne le connaissais pas du tout avant de faire cette reprise en fait il m’a contacté, c’était un pote, d’un pote.
Il m’a dit : « voilà on se connaît pas j’aimerais bien que tu chantes sur ma cover de Damso » Et moi j’ai dit oui parce que je trouvais que c’était cool. On a fait un Feat, il a tout pris en charge, je n’avais rien à faire, à part chanter et c’était fort plaisant ma foi de se laisser porter par quelqu’un d’autre. Voilà c’était une belle rencontre.

Tu es très présente sur les réseaux sociaux et tu as souvent proposé des mini live stream est-ce que tu prévois d’en faire d’autres bientôt ?

J’y ai repensé y’a pas longtemps. Je me suis dit ça fait longtemps que j’en ai pas fait. Et je pense qu’on va organiser ça. J’adore faire ça. J’adore faire ça ! C’est hyper cool parce que c’est un moment privilégié vraiment. Moi en l’occurrence, je fais ça sur Instagram, du coup je peux faire mon live devant des gens qui ont envies d’être là, qui sont de passage ou qui sont plus présent dans ma vie. Et ce qui est cool c’est que j’ai un système qui fait que j’arrive vraiment à mettre mes play-back et à jouer et chanter par-dessus. Et j’arrive à avoir un son assez agréable, que je maîtrise en tout cas. J’arrive à proposer quelque chose d’assez bien foutu. Pas juste un guitare voix, même si j’adore les guitares voix. J’arrive à me débrouiller pour que ça sonne bien même dans cette config’ là et c’est cool. Mais oui bientôt.

J’ai lu que tout ça te manquait. Prépares-tu quelque chose pour le grand retour de la culture ?

Le grand retour de la culture… Ouais en fait, honnêtement, on est dans les starting-blocks, on attend qu’une chose c’est que les salles elles soient réouvertes et qu’on puisse organiser des trucs, et les appeler parce que là c’est compliqué. C’est compliqué parce que tu passes des coups de fil, et en fait les salles sont fermées, où les gens sont déprimés, c’est une période super compliquée. On sait pas trop par quel bout attraper les choses. Est-ce qu’il faut faire du forcing ? Est-ce qu’il faut laisser les gens tranquilles ?.. On arrive à organiser deux trois choses, tu vois là avec le forum on a fait un live stream au « Forum de Vauréal » qui est une salle dans le 95, où on a réussi à faire un live stream sur scène. Parce que eux sont dans cette démarche où ils essayent de trouver une solution. On est au taquet ! On attend juste que ça se dénoue.

Je sais que tu aimes sortir des singles mais est-ce que tu comptes sortir un EP, un album ?

Oui bien sûr… Même si c’est une question qu’on pose souvent et j’ai tendance à répondre qu’en 2021 les choses elles ont un petit peu changé. Dans le sens aujourd’hui, ou tu peux très bien percer avec un single, tu n’as pas besoin d’avoir fait un album pour commencer ta carrière. Sortir un EP, ou un album ça demande quand même une organisation… La situation est tellement bizarre en ce moment que oui j’ai un EP qui est prêt, j’ai un album qui est prêt… j’en ai même deux albums d’avance… mais là je suis plus dans une démarche de sortir des singles et tâtonner, voir un peu ce qui se passe. Mais bon oui je pense qu’en 2021 normalement il y aura au moins un EP.