Le temps d’un projet, Grand Corps Malade, Ben Mazué et Gaël Faye se sont retrouvés pour former un trio éphémère à l’image de leur mini-album collaboratif de sept titres inédits qui épousent leurs différents horizons artistiques

Trois amis qui se rencontrent pour enregistrer un album éphémère en commun, ça ne cours pas les rues. Si nous avons l’habitude de voir des artistes s’inviter régulièrement sur leurs albums pour partager un titre ou deux, il est plus rare de trouver des chanteurs qui unissent leurs voix autour d’un projet commun. Pourtant Grand Corps Malade, Ben Mazué et Gaël Faye se sont retrouvés à vivre ensemble dans une maison du sud de la France durant une semaine le printemps dernier, afin de réaliser leur album « Éphémère ».

C’est donc une bande de trois amis auteurs compositeurs et interprètes qui se connaît bien, trois plumes appréciées de la chanson française qui ont décidé d’écrire un album à six mains. De cette amitié en trio, celle qui lie Grand Corps Malade (deux Victoires de la Musique en poche) à Gaël Faye est vieille de dix huit ans, depuis leur première scène de slam dans un restaurant parisien. Quant à Ben Mazué, c’est dans le cadre d’un festival il y’a une dizaine d’années qu’il fait la connaissance de Grand Corps Malade, alors qu’il se lie d’amitié avec Gaël Faye grâce à Guillaume Poncelet qui travaille avec les deux.

Une parenthèse heureuse pour ce trio de quadragénaires qui s’est offert beaucoup de liberté en donnant naissance à ce projet de sept titres entre mélancolie douce et humour. Dévoilé le 16 septembre dernier, cet album éphémère a été composés par Mosimann et Guillaume Poncelet, et s’accompagne d’un petit carnet de bord qui raconte les coulisses de cette semaine de création, écrit par Frédéric Perrot et illustré par Charlotte Mo.

Une liberté éphémère

De ce projet longuement mûri durant le confinement, on découvrait le 30 août dernier le premier extrait « On a pris le temps » à travers lequel les auteurs racontent comment ils ont fini par trouver du temps dans leurs agendas respectifs pour réaliser ce projet. C’est tellement rare quand ça marche que les garçons ont voulu prendre le temps nécessaire pour marier leurs voix.

Le trio fait aussi dans de l’humour second degré avec « Qui a kidnappé Benjamin Biolay? », le 4e titre qui oscille entre rêves et Victoire de la Musique. Dans cette chanson, les trois amis ont monté un plan diabolique contre l’auteur et interprète de « Comment est ta peine », nommé à leurs côtés dans la catégorie « Album de l’année » et grand gagnant des 36e Victoires de la Musique en février 2021. Pas le moindre rancunier du monde, ce dernier a même prêté sa voix à la chanson.

La nostalgie nous envahi quand la bande nous prend la main pour nous offrir un retour en enfance avec la 3eme piste « Sous mes paupières » porté par les notes de piano de Guillaume Poncelet. Alors on ferme les yeux et on se laisse porter par l’ambiance de lâcher prise qu’offre ce voyage intime en mode piano voix. « Besoin de rien » et ses faux airs de gospel invite à la communion tandis que « Tailler la route » aborde le thème de l’exil cher au slammeur et écrivain Gaël Faye, dont il est notamment question dans son livre à succès « Petit pays ».

Les bonheurs les plus intenses sont souvent fugitifs comme ce mini disque, il faut savoir saisir l’instant présent car rien n’est indélébile sur cette terre où il ne restera rien de nos vies à la fin. Alors lorsque trois figures majeures de la scène musicale française se réunissent sur un projet et qu’ils n’ont pas prévu, pour l’instant, de renouveler l’expérience, il ne nous reste plus qu’à profiter pleinement de ce mini album qui va bientôt nous échapper, et laissez faire l’éphémère.