Le mercredi 15 avril, au deuxième jour du Printemps de Bourges, Dressed Like Boys a livré un concert tout en retenue et en sincérité. Quelques heures après une rencontre en coulisses, l’artiste belge a transformé l’auditorium en espace d’émotions partagées, entre confidences personnelles et mémoire collective.

Sous les lumières feutrées du Printemps de Bourges, le temps semble suspendu. Sur la scène de l’auditorium, Dressed Like Boys installe d’emblée une atmosphère fragile, presque confidentielle. Lorsque résonnent les premières notes de « Healing », le silence se fait plus dense encore. La voix de Jelle Denturck, douce mais habitée, semble porter chaque mot avec une délicatesse rare. Il ne s’agit plus simplement d’un concert, mais d’un espace partagé, suspendu entre l’artiste et son public.

Quelques heures plus tôt, en coulisses, cette même sincérité s’imposait déjà. Arrivé pour la première fois au festival, il découvre l’ampleur de l’événement presque par hasard : « J’ai vu que Patti Smith jouait ici… et je me suis dit que c’était un sacré endroit. » Une forme de surprise mêlée d’humilité, pour celui qui se dit « honoré » d’en faire partie.

Écrire pour se trouver

Derrière Dressed Like Boys, projet parallèle à DIRK., se dessine une démarche profondément personnelle. « C’est la musique la plus proche de mon cœur », confie-t-il. Là où son groupe explore une énergie plus frontale et collective, ce projet solo devient un espace d’écriture intime, presque nécessaire. « Pour la première fois, j’ai pu écrire à partir de mes propres expériences, de mes propres traumatismes. » Une liberté nouvelle, qui s’accompagne d’une question fondatrice : qui suis-je, et qui ai-je envie de devenir ?

Le nom du projet lui-même s’ancre dans une histoire forte. Inspiré des témoignages liés aux Stonewall Riots, il renvoie à ces instants où, après avoir pu être eux-mêmes, certain·e·s devaient à nouveau « s’habiller comme des garçons » pour rentrer dans la norme. Une mémoire collective qui agit pour lui comme un repère : « En tant qu’homme gay, ça m’a donné le sentiment de ne pas être seul. »

Transformer la douleur

Sur scène, cette dimension intime se matérialise pleinement. Lorsque le concert débute avec « Nando », l’atmosphère se construit progressivement, tout en retenue. Puis vient « Healing », moment suspendu, avant que « Jaouad », dédié à un ami gay et drag queen, ne fasse monter l’émotion d’un cran.

Le concert se resserre ensuite : les musiciens quittent la scène, le laissant seul face à son piano. Un instant dépouillé, presque fragile, où le temps semble s’étirer. Puis le groupe revient, et la dynamique évolue. Il abandonne le piano, retire sa longue veste, saisit sa guitare et enchaîne avec « Lies », debout face au micro.

De retour au piano pour « Pinnacles » la tension s’intensifie. Le dialogue entre les instruments s’installe, porté par une formation complète qui donne toute son ampleur au projet. À cinq sur scène, la musique gagne en puissance sans jamais perdre en délicatesse. Cette sincérité, il la revendique jusque dans ses textes les plus difficiles. Il évoque notamment une agression vécue avec son compagnon, devenue une chanson (Pride) qu’il joue rarement : « Quand je la chante, je dois revivre toute la scène. C’est lourd émotionnellement. » Transformer quelque chose de violent en une forme de beauté, sans jamais en effacer la trace.

Une émotion partagée

Ce qui se joue sur scène dépasse alors le simple cadre du concert. « Je vois des gens pleurer, s’enlacer… Certains viennent me parler après, me raconter leur histoire. » Une relation directe, presque intime, où chacun semble trouver un espace pour se reconnaître. Le concert s’achève avec « Stonewall Riots Forever » morceau engagé qui rend hommage aux luttes LGBTQ+. Dans un dernier geste collectif, les musiciens lèvent le poing avant de saluer la salle. Une conclusion forte, à la fois politique et profondément humaine.

Avant de monter sur scène, Jelle Denturck résumait son approche avec une simplicité désarmante : « La seule chose à faire, c’est être honnête. » Une ligne de conduite qui traverse l’ensemble de son projet et qui, le temps d’un concert, transforme une expérience intime en émotion universelle.