Révélée par la Star Academy, Ebony dévoile avec Menelik un premier album nourri par les failles, la colère et la reconstruction. Entre pop, électro, R&B et sonorités plus abrasives, la chanteuse transforme les violences traversées en véritable matière artistique.

Ebony n’a jamais vraiment donné l’impression d’être une candidate comme les autres. Lors de son passage à la Star Academy, quelque chose résistait déjà au format avec cette manière d’habiter les chansons sans chercher la démonstration permanente, une présence parfois presque silencieuse, mais impossible à ignorer. Derrière les performances et la mécanique du programme, apparaissait déjà une artiste habitée par des tensions plus profondes.

Croisée quelques semaines avant Bourges au Festival Chorus, la chanteuse semblait déjà se situer dans cet entre-deux étrange : encore associée à l’exposition télévisuelle, mais déjà tournée vers une écriture plus intime. Menelik, son premier album, ne fait que confirmer cette sensation. De « Tempête » à « Pardonne-moi », Ebony construit un album traversé par les failles, les blessures amoureuses, les doutes, la solitude, le regard des autres, mais aussi la nécessité de continuer malgré tout. Mais l’opus ne s’enferme jamais dans la mélancolie, il avance constamment sur une ligne de crête, alternant moments d’abandon et poussées de rage. 

Quelques semaines avant la sortie du disque, l’EP Kill Bill laissait déjà entrevoir cette tension permanente entre fragilité et affirmation. Sur « I Don’t Care », elle transforme les critiques et les projections en énergie brute. « Rage », l’un des morceaux les plus marquants du projet, fait exploser cette colère contenue qui semble accompagner l’artiste depuis son exposition médiatique.

Transformer la violence en langage artistique

Impossible d’écouter ce disque sans penser à la violence qui a entouré son parcours télévisuel. Finaliste de la Star Academy en 2024, Ebony a aussi dû faire face à des critiques racistes et misogynes violentes. Une violence d’autant plus brutale qu’elle dépassait largement le simple cadre du divertissement télévisé. Cette surexposition semble hanter Menelik sans jamais devenir un argument marketing.

La Queen Sheba ne cherche ni la justification ni la revanche spectaculaire. Les blessures apparaissent plutôt par fragments, dans certaines phrases, dans des tensions sonores, dans cette manière de passer d’une douceur presque fragile à des montées plus abrasives. Le disque devient alors un espace où elle reprend possession de ce que les autres avaient projeté sur elle. À plusieurs reprises, la chanteuse donne l’impression de reprendre le contrôle d’un récit qui lui avait échappé pendant l’émission. Non pas en effaçant cette période, mais en la transformant en matière plus personnelle, plus libre aussi.

Un premier album habité

Pop contemporaine, électro, R&B, rock synthétique, influences caribéennes, l’album refuse les contours trop prévisibles. Chaque morceau semble chercher une texture différente, parfois rugueuse, parfois aérienne. Cette diversité pourrait déséquilibrer l’ensemble, elle devient pourtant l’une des forces du projet. Des titres comme « Mon Paradis » ou « L’Infini » installent des atmosphères presque cinématographiques, tandis que « La Source » ou « Amer » viennent troubler l’écoute par des choix plus tendus, plus organiques.

À seulement 21 ans, la chanteuse livre ainsi un premier album qui ressemble moins à une carte de visite qu’à une prise de parole. Un disque traversé par la colère, la douceur, le doute et l’envie de s’émanciper du regard des autres. Plus qu’une sortie post-télécrochet, cet opus marque surtout le début d’une identité artistique qui cherche encore sa forme définitive, mais dont la singularité s’impose déjà.