À l’occasion de leur passage au Tremblay Metal Fest (35) le samedi 21 mars dernier, nous avons eu le privilège de rencontrer les membres de Versatile.

Né en 2019 de l’imagination déviante du chanteur Hatred Salander, Versatile est venu au monde dans les terres de Genève. Ce projet musical suisse puise son énergie dans les arpèges violents et dissonants du Black Metal et des sons froids de la musique industrielle. Bercé par les cris lugubres de Hatred, les riffs abrasifs de Cinis et Famine (guitaristes) et les martèlements frénétiques de Morphée (batteur), cette formation instaure un univers visuel théâtral et unique inspiré des Catacombes de Paris et de la célèbre Cour des Miracles. Sous la bannière de leur monde, leurs personnalités uniques vous invitent à les rejoindre sur scène où les larmes, la sueur et le sang vivent en un seul front. « Prenez garde au regard incandescent de l’homme borgne. Et qu’il puisse avoir pitié de vous. Que la Fête des Fous commence! »

Marguerite : Bonjour et merci d’avoir accepté de nous consacrer un peu de temps pour cette interview. Quelques mots sur l’univers dans lequel évoluent vos personnages ?

Hatred Salander : Bienvenue dans l’Envers, cet univers sombre et difforme, post apocalyptique et reflet cauchemardesque de notre monde actuel depuis longtemps oublié. Il est plongé dans une obscurité totale et permanente où aucune lumière naturelle ne perce jamais. Il est sali par la présence de l’Atrabile : une matière noire visqueuse ayant la propriété de pervertir et altérer tout ce qui entre en son contact. Sans mémoire du passé ni technologie avancée, ses habitants difformes survivent grâce au troc et au recyclage de toute matière utile ou comestible…

Marguerite : Je vais vous appeler par vos noms de scène qui sont les noms de vos personnages dans l’univers de Versatile. Comment vous expliqueriez Versatile à vos grands-parents, par exemple, à des personnes qui n’écoutent pas du tout du metal ?

Hatred Salander : C’est comme du rock, mais c’est plus agressif.

Famine : Ça, c’est la définition de base. Mais si on allait un petit peu plus loin…

HS : Ça crie, tu te souviens quand tu passes les ongles sur le tableau noir ? Imagine un film d’horreur mis en musique. Ou des contes de Grimm mis en musique.

F : Moi, je dirais plutôt des contes de Grimm, mais sous testostérone ou sous stéroïdes.

HS : C’est pas mal changeant, c’est globalement assez agressif. Mais avec quand même beaucoup de mélodies. Il y a des moments épiques.

F : On connaît le début mais jamais la fin, parce qu’à chaque fois, on est imprévisible jusqu’à la fin.

Cinis : Je dirais que c’est une porte vers quelque chose qu’on ne comprend pas tout de suite. Au début, ça peut sembler agressif mais en réalité, c’est surtout une expérience. C’est comme être plongé dans un cauchemar lucide : il y a de la violence, oui, mais aussi des émotions, des ambiances, et une forme de beauté étrange.

Marguerite : Donc en fait, Versatile en quelques mots, c’est…

HS : C’est bruyant, ça raconte des histoires d’horreur, ça mélange de l’électro, du metal et du sympho aussi.

F : En tout cas, il y a trois piliers dans notre musique. Après, on a démonté tout ça, vraiment avec plusieurs influences de metal, style deathcore, death metal. Les contes de Grimm sous stéroïdes, pour moi, c’est bien.

HS : Oui, c’est pas mal.

: Un rituel sonore entre chaos et fascination.

Versatile : Morphée, Famine, Hatred Salander, Cinis
Versatile : Morphée, Famine, Hatred Salander, Cinis

Marguerite : Vous nommez Déviants le public qui rejoint votre univers. Pourquoi ce nom ?

HS : Parce que c’est un mot qui était déjà dans les paroles, je crois. Je ne sais plus.

Marguerite : C’est pas toi qui les écris (rires)?

HS : si, si (rires), mais parce qu’il y a toute la thématique de la folie et de l’altération. Et donc, la déviance, c’est donc les Déviants. Et on s’est dit que c’était cool d’avoir un mot pour le public.

Marguerite : Et dans le Déviant, il y a aussi un côté pervers, quelque part.

HS : Aussi, c’est vrai. En fait, toute forme de modification qui fait que tu dévies de ta route normale, on va dire. Ça peut être les maladies psy, aussi. Ça peut être déviant physiquement, ou même handicapé. Parce qu’à la base, il y avait le côté Cour des Miracles, en fait.

Marguerite : C’est ton personnage

HS : C’est surtout mon personnage, mais même globalement, l’univers, il est là-dedans.

Marguerite : Ça se comprend bien déjà quand tu regardes les clips.

HS : Le côté chaotique, mais le côté différence, en fait. C’est ça.

F : Peut-être aussi pour compléter, c’est vrai que lorsqu’on vient à la Cour des Miracles, au niveau de la population, c’est extrêmement diversifié en termes de maladies, de pathologies psychiques, aussi. Donc, Déviant, c’est un mot, un terme qui permet de réunir toutes ces diversités.

HS : On y avait réfléchi, on avait pensé à fou, monstre, mais ça sonnait moins bien aussi. Déviant, ça sonne bien. Tu as le côté psychologique, le vice et en même temps, éventuellement, physique.

F : Exactement.

Marguerite : Est-ce une façon d’inclure le public dans l’aventure ?

HS : Oui, absolument. Si tu prends le morceau la Marque du Chaos, t’as vraiment un passage où ça parle du public. C’est un gars qui arrive là, dans cet endroit, il sait pas ce que c’est, il entend du bruit, il arrive, il voit tous ces gens bizarres et il se sent chez lui. Donc, c’est un peu le chemin du public. Quelqu’un qui viendrait dans la salle et qui se dit, moi qui suis bizarre, j’ai trouvé un endroit où je suis bien.

C : « Pour les esprits difformes un lieu d’asile » pour reprendre les paroles de ce titre.

Marguerite : En termes de procédé créatif, vous commencez d’abord par la musique ou par l’écriture des paroles que vous mettez ensuite en musique ?

HS : D’abord une idée, après la musique et à la fin, les paroles.

Marguerite : Vous composez la musique tous les deux (Hatred Salander et Famine) ?


F : Exactement, on compose tous les deux. Hatred, lui, c’est un petit peu la tête pensante derrière le thème. C’est lui qui va apporter en tout cas les idées et les inspirations. Techniquement, il gère une bonne partie des compositions, notamment au niveau des batteries, synth, vocal, basse, une partie aussi des guitares. Et puis moi, je viens agrémenter aussi un peu plus avec mon inspiration à moi, principalement sur les guitares. Et puis après, on se rejoint aussi ensemble.

HS : Les structures aussi, on les structure ensemble.

F : Oui, on se tape des belles journées de 7 heures quasiment non-stop, des fois aussi sur une seule track. Et puis, en fait, on vient à pouvoir un peu mettre ensemble nos inspirations, lui et les miennes pour vraiment avoir une track.

HS : On a une idée de ce que ça va raconter globalement du thème. Et on se dit, comment on peut mettre ça en musique ? Comment tu peux faire sentir le thème directement dans la musique ? Quel instrument on va utiliser ? Quel rythme ? Quelle structure ? Ce morceau-là, il raconte une histoire, donc il va y avoir une structure évolutive. Ce morceau-là, il sera plus pensé pour le live, donc il sera plus cyclique. Du coup, lui (Famine), il fait surtout les riffs de gratte.

F : Une anecdote qui peut être rigolote, pour t’expliquer à quel point on peut être pointilleux sur un truc, si tu écoutes la track « Cave Canem » (Attention au chien en latin, ndlr), en tout cas, une des tracks aussi du personnage de Famine, le premier riff que tu écoutes, c’est un espèce de pam-pam-pam-pam-pam. Eh bien, ça a été inspiré à la base aussi du thème du film Les Dents de la mer, parce que du coup, il y a vraiment cet aspect de mâchoire qui s’ouvre et qui se referme, comme Famine. En fait, c’est parti de là, comment reproduire cet aspect carnassier en musique ? Du coup, on a trouvé ce riff-là et on l’a importé directement.

HS : Pour l’histoire, il (Famine) avait un bracelet où c’est écrit Cave Canem. Et je lui demande, ça veut dire quoi ? Pourquoi t’as ça ? Donc il m’explique les raisons personnelles de pourquoi il a ça. Et on avait commencé à faire le morceau, et je lui ai dit, bon, ça, ça peut être le titre du morceau. C’est ton morceau, ça te parle, enfin, c’est personnel à toi.

Marguerite : j’avais bien remarqué, puisque je connais quand même bien votre œuvre, qu’effectivement, les morceaux renvoyaient à des personnages, parfois aux vôtres. Vos inspirations pour Versatile ?

F : Influences musicales : Strapping Young Lad pour le côté « chaos grandiloquent – déstructuré » et Igorrr qui multiplie les catégories de musique en un même front. Très souvent, lorsqu’un passage est trop lisse et classique, ça me frustre beaucoup. Je recherche toujours la complexité, à être surpris et à recevoir une baffe quand j’écoute une track inconnue. Ça peut être dans les détails, ou particulièrement dans un arrêt brusque avec un son qui sort de nulle part avant de repartir de plus belle. En guise d’exemple, je suis toujours ouvert à accélérer une ½ mesure à 240 bpm avec un son sorti de nulle part avant de revenir à un rythme et un passage familier. Dans ma perspective, c’est ce qui fait le charme et l’identité d’une composition – on a envie d’y revenir, de rencontrer à nouveau ce passage qui a bousculé quelque chose d’émotionnel en nous. Mes influences littéraires : même si je lis beaucoup de livres, aucune. Je compose principalement avec les tripes et les émotions du moment, comme un défouloir avec un sac de boxe. Ou une ablation testiculaire à coups de pince.

HS : Dans les influences directes : Disney (le bossu de notre dame pour la première idée de l’univers et Scar du Roi lion pour mon perso). Le joker de Batman pour mon perso aussi. Arcane avec Zaun (pas au début, mais plusieurs éléments sont communs et aujourd’hui ça m’inspire) Frankenstein directement pour le morceau Monstre. La Cité de l’Ombre pour l’Envers sans lumière. Le nom l’Envers vient du groupe Wormfood. Musicalement: Psyclon Nine est responsable de mon envie d’ajouter electro et indus dans mon Metal. Il y a peut-être être d’autres choses que j’oublie. Moins directement, musique: Carach Angren, Behemoth, Septicflesh, Shaârghot, Hocico, Dimmu Borgir, etc. Lectures: Je lis beaucoup de fantasy (Harry Potter, Eragon, Le Nom du Vent, etc) et des livres de JDR (jeu de rôle, ndlr). Mais dans ceux qui ont eu une influence je dirais Les guerres du monde émergé (pour la secte d’assassins et le culte à Thenaar) et le jeu Mutant Year Zero. Films et Séries: Je regarde beaucoup trop de choses alors je vais citer ceux qui ont un lien: Silo, Arcane, Mad Max, Millenium (série tirée de la trilogie de romans de S. Larsson, ndlr).

Marguerite : Là, je voulais faire un portrait chinois. Si ton personnage était un plat.

HS : De la réglisse. Oui, c’est pas mal. C’est noir et un peu… poisseux.

Morphée : J’ai une idée pour mon personnage aussi. Ça me ferait penser pas spécifiquement à un plat, mais à une sauce pimentée que tu manges. Déjà sur le moment, ça te fait déjà un peu mal. Et puis après, tu vas en faire des cauchemars de ce qui va t’arriver le lendemain.

HS : J’ai une idée aussi pour Morphée. Un space cake puisque son personnage, fabrique de la drogue.

F : On est un peu à l’extrême niveau gastronomie. Je pense qu’on est sur une carcasse de chèvre faisandée avec des mouches dessus.

Marguerite : Toi, tu es le genre crocodile, en fait. Tu aimes bien que ta viande macère pour qu’elle devienne bien forte ?

: Plus c’est primal, mieux c’est, en fait.

C : Un plat très épuré, presque minimaliste. Peut-être une assiette autour de la truffe, quelque chose de rare, subtil, avec des arômes profonds mais discrets. Un plat qu’on ne comprend pas entièrement à la première bouchée mais qui laisse une empreinte durable.
.
Marguerite : Et si vos personnages étaient une couleur ? Vous allez peut-être me dire « ah, du noir »… pour Hatred c’est évident, surtout après la réponse à la question précédente.

F : Du rouge. Oui, rouge..

Marguerite : Voire même presque couleur marron parce que ça fait un moment que c’est sec, c’est ça ?

F : Exactement.

HS : pour Morphée, vert et violet. Parce que vert, le poison, violet, c’est un peu onirique. (voir le clip « Morphée » pour sa colorimétrie, ndlr)

C : De l’or. Pas un or éclatant, plutôt un or terni, ancien. Quelque chose de précieux, mais marqué par le temps, comme si sa valeur venait justement de ce qu’il a traversé.

Marguerite : Si votre personnage était un animal ?

HS : Soit un rat, soit une hyène. Une hyène. C’est aussi l’animal mal aimé.

: Un chacal, parce que c’est l’animal qui vole la part du lion.

C : Un corbeau. Pas seulement pour l’image, mais pour ce rôle d’observateur et de guide.

Morphée : Le gorille, mais c’est plutôt par rapport à mon style de jeu.

HS : Je confirme !

Marguerite : Si votre personnage était un objet…

Morphée : Ce serait un alambic.

HS : Une camisole.

F : Une injection d’adrénaline

HS (à propos de Famine) : tu sais à quoi j’avais pensé : une muselière ! (rires)

C : Un poignard. Pas faite pour combattre, mais pour marquer le moment où l’on accepte de perdre quelque chose.

Marguerite : Un film ou un livre ?

Morphée : Las Vegas Parano pour le film, sinon un livre genre la Chimie Amusante !

F : Apocalypto pour Famine ou un livre de cuisine de P. Etchebest

HS : « La Cité des Enfants perdus », même si je l’ai vu après avoir créé mon personnage

: Il y a aussi un manga japonais qui s’appelle « Chainsaw Man ». « Chainsaw Man », pour l’aspect kamikaze, l’aspect bouffe, sang et tout ça.

C : Maléfique, parce que c’est une figure qui n’est ni totalement bonne ni totalement mauvaise. Elle guide, elle protège parfois, mais elle peut aussi condamner.

Marguerite : Une œuvre artistique que vous auriez aimé créer ?

HS : Shâarghot (groupe de metal industriel parisien, ndlr) ! J’ai une autre réponse : Arcane (série d’animation dérivée du jeu vidéo League of Legends, ndlr). Pour moi, c’est l’œuvre ultime. J’ai beaucoup de morceaux de musique qui me viennent en tête. Par exemple, j’aurais rêvé d’écrire Bleed de Meshuggah.

F : Un courant philosophique, le taoïsme, je pense.

HS : Tu aurais voulu créer le courant ?

F : Ah oui. J’aurais voulu être effectivement un des fondateurs de ce courant philosophique.

C : Une peinture de la Renaissance

Marguerite : Quel lien entretenez-vous avec votre personnage ?

HS : C’est une partie de moi, mais ce n’est pas moi entier, évidemment, parce que j’aurais une vie pénible. Dans le nom, il y a la haine, mais en fait, finalement, c’est plus la colère que la haine de mon personnage. Donc, ça me permet d’évacuer toutes les émotions. C’est ça, le lien, je pense.

Marguerite : Après, tu peux ne pas avoir de lien aussi avec ton personnage.

HS : Oui, c’est un peu ce que j’allais dire.

M : Mon personnage, si je l’avais rencontré comme ça aujourd’hui, je ne l’aurais pas aimé, je n’aurais pas voulu être pote avec. Du fait qu’il m’ait été imposé, mais aussi, parce que moi, je n’ai jamais été dans la drogue et ce genre de trucs. Donc ce personnage de dealer me permet vraiment de me mettre dans la peau d’une personne qui est assez opposée à moi.
HS : Mais attention, les paroles des morceaux ne disent pas, « hé, la drogue, c’est cool ». C’est plutôt l’inverse.

Marguerite : On sent bien que Morphée est quelqu’un qui abuse des gens.

F : Pour ma part, ça rejoint effectivement ce que disait

Hatred. Tout ce lien avec une rage interne, mais qui est très primitive et très instinctive en fait. Puis ça, je le retrouve effectivement beaucoup sur scène. Beaucoup aussi quand je fais du sport, notamment en parallèle, je fais un petit peu de Muay Thaï aussi. Et là, vraiment, dans cette configuration-là, les pensées s’arrêtent aussi. Donc à partir de là, t’es vraiment sur le moment présent et c’est vraiment que de l’énergie psy qui vient en fait. Et là, disons que je sens Famine effectivement dedans.

Marguerite : Tu es dans l’instinct.

F : Exactement.

HS : Et t’as le côté folie aussi des personnages, je pense. Là, je me reconnais dedans. Je ne suis pas dément, mais je suis un peu chelou quand même ! (rires)

C : C’est un peu mon alter ego. Elle incarne une force que je ne laisse pas forcément exister dans la vie quotidienne, l’assurance, la violence, la froideur aussi. Sur scène, elle me permet de me libérer complètement, de lâcher le contrôle et d’incarner quelqu’un d’autre. Ce n’est pas moi, mais c’est une part de moi que je laisse vivre à ce moment-là.

Marguerite : Avez-vous un petit plaisir coupable dans la musique ?

HS : Norvegian Reggaeton de Manowar.

M : Enjoy the Silence de Dépêche Mode.

F : J’ai pas forcément de plaisir coupable.

C : ManauLa Tribu de Dana, ma favorite en karaoké !

Marguerite : Non, tu assumes tout ?


F : Oui, total. Vraiment. Que ce soit autant des gongs tibétains, du lo-fi japonais, jusqu’au métal extrême.

Marguerite : Le morceau La Cour des Miracles, que vous interprétez sur scène, n’est pas sur les Eps, vous pouvez nous en parler un peu ? Parce que c’est un morceau qui est centré vraiment sur ton personnage, Hatred ?

HS : Oui. Déjà, le pourquoi il n’est pas sur les Eps, c’est parce qu’il est vieux. C’est le tout premier morceau que j’ai écrit. Le tout premier, c’était La Cour des Miracles. Le deuxième, c’était Versatile. Et au bout d’un moment, on a fait un EP. On a dû faire des choix. On s’est dit, lesquels on met ? On avait moins envie de mettre celui-là parce que déjà, à ce moment-là, il était vieux pour nous.

Marguerite : C’est vrai que quand tu l’écoutes, les paroles sont bien. Musicalement, il est un peu moins qualitatif que le reste.

HS : Il est un peu plus simple, en fait. Moi, je l’aime bien. On va le jouer ce soir encore.

Marguerite : il est cohérent avec l’univers.

M : C’est un bon morceau live.

HS : Mais après, il parle de ce côté La Cour des Miracles, le côté différence, le côté accueil des gens différents. Il est un peu couplé avec La Marque du Chaos. Ce sont les deux morceaux où on voit mon personnage dedans. C’est ça l’idée, en fait. À la base, La Cour des Miracles, ça devait être tout l’univers de

Versatile. Finalement, comme il y a plusieurs personnages qui ont émergé, c’est une zone seulement de cet univers-là.

Marguerite : Sur laquelle tu règnes.

HS : Sur laquelle je règne.

F : Puis c’est vrai, et corrige-moi aussi Hatred, puisque La Cour des Miracles c’était une première track, plus le temps passe, plus dans ta tête, il y a les idées qui se forment au niveau du lore (du monde, ndlr), du contexte.

HS : Ça évolue.

F : Au bout d’un moment, effectivement, les premiers projets restent un petit peu en backup.

HS : Tu vois, un Hiver de Cendre, moi j’en ai marre de ce morceau. Les gens veulent l’entendre. Mais c’est un peu pareil, au bout d’un moment, quand ça fait longtemps que tu te traînes un morceau, même si tu le trouves bien et tu n’en as pas honte du tout, tu as peut-être moins envie de le jouer ou moins envie de le mettre sur un album. Mais on le fait quand même.

F : On va jouer d’ailleurs ce soir une très ancienne qu’on n’a plus jouée depuis plusieurs années : Versatile.

Marguerite : morceau qui clôture le premier EP.

HS : Exactement. La Conteuse des Méandres, eux ils en ont marre, moi je l’adore alors qu’elle est vieille. C’est vrai, ça dépend des morceaux et du lien que tu as avec.

Marguerite : J’ai entendu parler d’un jeu de rôle « Versatile ». Hatred, tu peux m’en dire plus ?

HS : Je peux t’en dire plus. Je travaille dessus en ce moment. Je ne sais pas du tout quand il sera fini. En gros, j’ai le système, il est testé, il y a encore des améliorations à faire. J’ai fait une partie de test, j’ai modifié des trucs que je n’ai pas encore testés. Mais le problème ce sera de prendre le temps d’écrire tout ça correctement. Et donc peut-être que c’est dans un an, peut-être que ce sera dans 2 ou 5 ans, je n’en sais rien. J’espère pas 5. Mais en tout cas, ça a avancé. Et la création de l’univers a avancé aussi. Je peux dire un truc, c’est que j’ai fait des choix tranchés où les joueurs ne sont pas toujours contents. Mais j’ai fait ça pour créer Versatile aussi. Et on jouera des enfants.

Marguerite : Combien de temps de maquillage avant de monter sur scène ?

HS : 40 minutes.

Marguerite : Et de démaquillage ?

F : Un peu plus long…

HS : Pareil, 40 minutes, sous la douche, ça va vite. Enlever le gros, c’est vite fait. Mais enlever tous les petits recoins, c’est ça qui prend du temps.

F : En fait, concernant le démaquillage, ça dépend. Typiquement, je m’en mets vraiment sur tout le corps. Je dois me laver de la tête aux pieds. Sous la douche, je vais prendre une bonne demi-heure voire 45 minutes.

Marguerite : Alors que toi, Hatred, tu as les bras et le visage peut-être plus.

HS : Oui, l’épaule, le bras, le visage, toute la tête quand même. En fait, tu as toujours un petit peu qui reste même pendant des semaines… dans les oreilles

F : Moi, j’en ai eu une petite anecdote. J’ai été hospitalisé deux jours après un live. J’avais encore des restes de faux sang sur les jambes et sur les pieds. Du coup, j’étais sur la table d’opération. J’ai quand même précisé qu’au niveau des pieds, c’était aussi du make-up. Parce que les toubibs s’étaient posé la question…

Marguerite : Il y a combien de personnes derrière Versatile ?

HS : Tu veux dire les accompagnants, les gens qui nous suivent ?

Marguerite : Oui


HS
 : Une dizaine.

: Quand on a vraiment tout le monde qui est là, ça fait 9.

HS : Aujourd’hui, on est six. Mais en général, on est sept ou huit.

Marguerite : Il y a un prochain album en projet ?


HS : Oui.

Morphée : Moi j’ai entendu des nouvelles compositions !

Marguerite : Tu as de la chance, toi ! Tu connais du beau monde !


F : Avec Hatred, effectivement, on est en plein milieu de ce processus-là. Mais malheureusement, on ne peut pas communiquer de date.

HS : On en est au début, mais ça avance.

F : On est jusque-là plutôt contents des petites nouvelles qui vont sortir. Notamment une, en tout cas, qui va être quasiment sûre d’être jouée en live.

M : Ça va tout défoncer !

F : Une espèce d’électro-tribal.

Marguerite : Il y a des dates de concerts déjà annoncées pour cette année ?

F : Oui !

Marguerite : Parce qu’imagine cette interview suscite des envies de la part des lecteurs de Phenix Webzine et qu’ils se disent, « mais où est-ce que je peux voir Versatile en concert »?

F : Alors, pour les personnes désireuses de voir effectivement nos dates, je vous invite aussi à consulter notre site web officiel versatilemetalband.com où à partir de là, selon les concerts, il y a absolument toutes les dates. Le 15 et 16 mai, on va jouer au Kreiz y Fest, toujours en France, avec des pontes comme Ashen, Benighted. Et puis, le 11 septembre, le Bridge to Hell, où là on aura l’honneur de partager la scène avec Caliban, puis Rotting Christ, principalement.

Marguerite : J’imagine qu’il y a peut-être des dates qui vont s’ajouter au fil de l’année.


HS : Sûrement.

: On a déjà aussi plusieurs négociations qui sont en stand-by, donc on se réjouit un peu pour cette année à venir. Il y a plusieurs dates qui vont être confirmées aussi en France et puis il y en aura une qui va être potentiellement confirmée en Allemagne.

Marguerite : Une question à laquelle vous avez envie de répondre, mais qu’on ne vous pose jamais ?

HS : C’est nous qui devons sortir la question ? Moi, j’aime bien quand on me pose des questions sur les paroles, mais j’ai pas une question précise comme ça. Mais j’aime bien voir que les gens ont écouté ou lu les paroles…

Marguerite : Quant au nom Versatile ?

HS : Peut-être pas la première fois que je l’ai entendu, mais la première fois où il m’a marqué, il était utilisé négativement, en fait. Pour dire « Tu t’adaptes trop aux autres, tu te laisses trop marcher dessus ». Et juste la sonorité du mot m’est restée. Après, j’ai fait le morceau Versatile. On s’appelait pas encore Versatile. Et là, je me suis dit : Ok, je vais utiliser ça, mais pour raconter une histoire. Et donc, j’ai pensé à une histoire avec quelque chose qui s’adapte, version fantasy, donc un change-forme. Et donc, c’est un personnage qui change de peau, comme de costume. Et je me suis dit « Ok, ça, qu’est-ce que ça raconte, au final ? » Donc, c’est l’image des gens qui s’adaptent, mais pour nuire.

Marguerite : Donc, vraiment, pour toi, c’est un côté négatif, en fait.


HS : Totalement. Dans ce contexte-là, dans notre contexte, c’est purement négatif. C’est vraiment le côté manipulateur. Pour manipuler, tu dois te déguiser en les attentes de la personne en face. Sauf que ce personnage-là, à force de le faire, il ne sait plus qui il était à l’origine. Et donc, quand les rideaux tombent, quand il se retrouve tout seul, il n’y a plus personne pour le regarder, il n’est plus rien. Il n’existe que dans le regard des autres.

F : Moi, en deux mots, mais ça peut aussi être appliqué pour chaque musicien, c’est pourquoi Famine ? Pourquoi Hatred ? Pourquoi Morphée ? Moi, je sais que Famine a toujours été quelqu’un de très intéressant. Alors, en parallèle, au niveau apparence, je sais que dans mon ancien projet, je me mettais aussi beaucoup de sang sur le corps. Je voulais avoir eu une raison de continuer à mettre aussi ce make-up-là. Donc là, je me suis dit, ok, il me faut une bête, il me faut un truc primitif, il me faut un truc dégueulasse. Mais après, je sais que pour Famine, on parlait
aussi tout à l’heure de contrôle. Moi, je suis absolument là-dedans. Je suis beaucoup dans des logiques de performance aussi. Et puis, Famine, pour moi, c’est l’antithèse de tout ça. C’est ce qui me permet de me libérer. C’est absolument thérapeutique pour moi, oui. Moi, j’ai besoin, je me réjouis aussi des fois d’avoir vraiment des week-ends de live où là, je me dis, là, ça va être ma soupape. C’est comme une session de sport, c’est comme une session du Muay Thaï pendant deux heures, juste dans l’idée de me vider la tête.

HS : Mais il y a une raison de pourquoi Famine, c’est son nom. Parce qu’en gros, l’Atrabile transforme, mais en prenant quelque chose qu’il a à la base. Son personnage, c’est ce qu’on voit dans un Hiver de Cendre. Il y a un enfant dedans. C’est Famine étant enfant. Et en fait, il est tout seul dans le froid comme ça et il crève la dalle. C’est pour ça. Et donc, l’atrabile prend ça.

F : Le côté d’avoir une faim insatiable, pour moi, ça, je le vis aussi. Pour moi, en fait, je n’arrive pas à me contenter de peu. Je fais toujours encore plus, plus haut, plus fort, plus vite.

Marguerite : Morphée, je sais que t’as dû choisir entre plusieurs personnages quand t’es arrivé dans le projet.

M : Exactement, un personnage qui existait déjà.

Marguerite : C’est le même Morphée dans la chanson Ad Nauseum qui est sur le 1er EP Atra Bilis ?

HS : En fait, l’histoire, c’est que quand j’ai écrit Ad Nauseam, c’est un des morceaux où j’écris les paroles le plus au dernier moment, même si j’y avais réfléchi avant. Et d’un coup, il y a ce mot Morphée qui m’est venu et je l’ai mis là. Ça sonne bien. Mais sans savoir vraiment à quoi je faisais référence. Mais après, je me suis dit, « Merde, en fait, c’est une divinité existante alors que je suis dans un univers purement fictif où je n’aimerais pas mettre des divinités existantes ». Et donc, il fallait faire quelque chose de ce Morphée. Et je me suis dit « et si Morphée n’était pas le dieu Morphée, mais était un humain ? » Et donc, là, j’ai commencé à réfléchir à cette histoire d’alchimiste qui drogue les gens. Et donc, il avait la possibilité entre choisir plusieurs personnages, il y avait le Mal Nécessaire aussi, ou qu’on lui en crée un de toutes pièces. Et puis, finalement, il a bien aimé Morphée. Et ça a donné du sens au morceau Ad Nauseam après coup. Concernant Hatred, mon personnage, c’est plus con que ça. C’est juste un pseudo que j’utilisais déjà. Et c’est chouette parce que j’avais un autre groupe avant et c’était un mot qui revenait souvent dans mes paroles dont un morceau où je gueulais ce mot en fait et du coup, c’est resté comme étant mon pseudo avant Versatile et j’étais méga fan de Millenium (la série de romans de S. Larsson, ndlr) donc Salander et voilà. Et puis après du coup, je me suis dit bon, je vais utiliser le pseudo que j’ai déjà parce que mon personnage c’est moi-même. Mais ça ne fait pas de sens parce que le nom est en anglais alors que nos paroles sont en français. Donc c’est devenu juste un nom comme ça quoi. Ça a perdu son sens en fait.

Marguerite : Je n’ai plus d’autres questions à vous poser. En tout cas, je vous remercie de vous être prêtés au jeu.

F : Moi, j’ai une dernière question pour toi. Comment est-ce que tu as vécu ce moment avec nous ?

Marguerite : Franchement ? Génial. Un peu de stress au début, mais stimulant, parce que j’aime malgré tout que les choses soient carrées ! Mais si tu n’étais pas venu me parler après votre concert au festival Graf Zeppelin l’année passée, on n’en serait probablement pas là aujourd’hui !

Le mot de Zyblynn : « Initialement, Marguerite devait m’accompagner et me donner un coup de main pour cette interview. J’ai dû renoncer, pour raisons de santé, à ma participation au Tremblay Metal Fest. Elle n’a pas hésité à prendre les choses en main pour réaliser la toute première interview de sa vie : de la rédaction des questions à la retranscription, elle a tout géré ! Bravo et merci Marguerite ! » A noter que Marguerite était déjà ma coéquipière pour le festival Motocultor 2025 (Motoc’25 J1, Motoc’25 J2, Motoc’25 J3, Motoc’25 J4).

Pour suivre Versatile :

Pour suivre le Tremblay Metal Fest :