Trois jours de soleil, de concerts et de nuits trop courtes : Art Rock a une nouvelle fois transformé Saint-Brieuc en immense terrain de jeu artistique.

Pendant tout le week-end de la Pentecôte, Art Rock a repris possession du centre-ville de Saint-Brieuc. Trois jours de chaleur, de scènes pleines à craquer et de nuits beaucoup trop courtes, où les concerts s’enchaînent entre deux places, un musée, un théâtre ou des rues encore bondées à deux heures du matin. Malgré quelques annulations de dernière minute, cette 43e édition a une nouvelle fois prouvé ce que le festival briochin sait faire de mieux : mélanger grosses têtes d’affiche, découvertes et moments totalement imprévus.

Vendredi, tout est permis 

Vendredi, il fait déjà plus de 30 degrés quand Marguerite ouvre officiellement le festival sur la Grande Scène. Pas forcément ce qu’on écoute tous les jours, mais impossible de ne pas reconnaître que le début de soirée fonctionne immédiatement. Le genre de concert léger et solaire parfait pour lancer un week-end pareil. Assise au bord de la scène pour « Crash Test », elle installe quelque chose de très simple, presque fragile, avant d’enchaîner reprises et morceaux plus fédérateurs. Quand elle lance « si vous aimez le kouign-amann criez », le public répond instantanément. Plus tard, « La maison » fera sauter la fosse entière avant une conclusion sur « Les filles, les meufs », reprise un peu partout devant la scène.

Marguerite au festival Art Rock, le 22 mai 2026.

Le festival prend ensuite un virage beaucoup plus étrange avec Gildaa sur la Scène B. « Une proposition déroutante, presque théâtrale par moments », comme le résume parfaitement notre voisine. Il faut accepter d’entrer dedans doucement, laisser le concert prendre son temps. Et puis peu à peu, quelque chose finit par happer le public. Une parenthèse hypnotique, comme Art Rock sait en glisser au milieu de sa programmation.

Gildaa au festival Art Rock, le 22 mai 2026.

Le soleil commence à tomber sur Saint-Brieuc quand Sébastien Tellier arrive à son tour. Et d’un coup, tout ralentit. Les lumières, les miroirs, les synthés, cette manière qu’il a de transformer une place entière en rêve éveillé… Franchement, quel luxe d’avoir un concert pareil au milieu du centre-ville. Derrière lui, la scénographie joue avec les reflets pendant que « Ritournelle » flotte encore dans les têtes longtemps après le concert. Mais le vrai changement de rythme arrive juste après.

Sam Sauvage débarque sur la Scène B avec une énergie complètement folle. Costume trempé, guitare nerveuse, public déjà compact devant les barrières : impossible de rester immobile. Lui-même plaisante sur son physique avant que toute la foule ne lui donne tort. Ça danse jusque dans les allées derrière la fosse. Le genre de concert qui donne l’impression que la nuit peut définitivement commencer.

Sam Sauvage au festival Art Rock, le 22 mai 2026.

Et justement, elle explose vraiment avec Disiz. Enfin, c’est ce qu’on espérait. Mais force est de constater que la place est un peu morte et sur scène, on aperçoit à peine le rappeur. Malgré le fait qu’il alterne moments très festifs et passages plus tendus, il est obligé de pousser e un coup de gueule après plusieurs interruptions dans le public avant de ramener tout le monde vers quelque chose de beaucoup plus intime. La redescente se fait sur « Mélodrama », repris en chœur malgré l’absence de Théodora.

Puis arrive Last Train. Et là, plus de demi-mesure. Le groupe alsacien revient à Art Rock presque dix ans après son passage au Forum, mais cette fois la petite salle a laissé place à la Grande Scène. Le mur de son attendu toute la soirée finit par tomber sur Saint-Brieuc. Guitares énormes, tension permanente, public incandescent : Last Train fait exactement ce qu’on attendait de lui. Tout brûler.

Last Train au festival Art Rock, le 22 mai 2026.

Au Forum justement, la nuit continue encore longtemps. Max Baby balance son morceau « Hardcore » avant de créer l’un des grands moments du week-end : l’arrivée surprise de Disiz sur scène pour interpréter « Mélodrama ». Première fois que les deux artistes jouent le titre ensemble en live.

Samedi, on garde le cap 

Samedi, la chaleur est un peu moins écrasante, mais l’impression d’été reste totale. Deuxième jour déjà, et cette sensation étrange que le week-end commence à filer beaucoup trop vite. Sur la Grande Scène, Miki ouvre les hostilités dans un décor improbable dominé par un immense crustacé. Son concert ressemble à elle : malicieux, foutraque, hyper vivant. Très vite, la foule commence à tourner sur elle-même dans une sorte de ronde géante complètement absurde mais parfaitement logique dans l’ambiance du festival.

Plus tard, Camille Yembé signe sa première apparition bretonne. Une présence lumineuse, beaucoup de générosité dans la manière de parler au public et cette impression de voir une artiste qui prend clairement une nouvelle dimension sur scène.

Le moment le plus fragile du week-end arrive sans doute avec Jeanne Cherhal. Appelée en urgence après l’annulation de Véronique Sanson, hospitalisée quelques heures plus tôt, la chanteuse nantaise relève le défi avec énormément de simplicité. Seule derrière son piano, elle alterne ses morceaux et ceux de Sanson, notamment « L’Amoureuse », reprise en chœur par toute la place dans une ambiance suspendue. Pas de grand effet de scène, juste des chansons et un public totalement avec elle.

Et puis Suzane remet brutalement le festival en mouvement. Dès son arrivée, l’énergie remonte d’un cran devant la Grande Scène. Entourée de ses danseuses, elle déroule un show millimétré où les morceaux les plus frontaux côtoient des moments beaucoup plus lourds émotionnellement, notamment pendant « Je t’accuse ». Mais Suzane ne laisse jamais le public redescendre trop longtemps. Tout repart immédiatement vers quelque chose de physique et de dansant jusqu’à un final énorme sur « Rêve », repris par toute la foule. Elle restera longtemps sur scène après le concert, visiblement touchée par l’accueil du public briochin.

Au Forum, Bonne Nuit transforme ensuite la salle en chaos joyeux. On les avait laissés aux Trans Musicales, on les retrouve exactement comme on les aime : imprévisibles, drôles et complètement incontrôlables. « Montréal » devient « Saint-Brieuc », « la vie est belle » est repris par toute la salle et, surtout, une énorme galette vendéenne traverse littéralement le public au-dessus des têtes. Honnêtement, difficile de résumer mieux l’esprit Art Rock que cette image-là.

Dimanche, redescendre doucement

Dimanche change totalement de rythme. La fatigue commence à se voir un peu partout, mais le festival garde cette manière très particulière de surprendre encore après trois jours.

Au théâtre, The Dog Days Are Over 2.0 impose une parenthèse presque hypnotique. Sept danseurs avancent lentement sur scène avant de commencer une série de mouvements répétitifs qui ne s’arrêteront pratiquement jamais pendant plus d’une heure. Ils sautent, tournent, recommencent jusqu’à l’épuisement. La sueur devient partie intégrante du spectacle. Le public reste suspendu à cette endurance folle, entre performance physique et transe collective.

The Dog Days Are Over, au festival Art Rock, le 24 mai 2026.

Dehors, le festival continue de vivre partout dans la ville. Les musiciens du métro attirent une foule compacte sur la place du Village pendant qu’une longue file d’attente se forme devant l’exposition « De l’autre côté du miroir ». Comme chaque année, Art Rock dépasse largement les seules scènes de concert.

Pour nous, cette édition se terminera finalement avec Bertrand Belin. Costume impeccable, voix grave et élégance intacte, il ouvre cette dernière soirée avec un calme presque irréel après deux jours de tumulte. Une manière parfaite de redescendre doucement avant de quitter le festival un peu plus tôt que prévu.

On aurait aimé rester pour Gaëtan Roussel, De La Soul ou encore Piche. Mais c’est aussi ça, Art Rock : accepter qu’on ne pourra jamais tout voir. Et cest aussi ce qui fait le charme du festival briochin depuis toutes ces années. Pendant trois jours, chacun construit son propre parcours entre les scènes, les découvertes, les coups de chaud, les concerts ratés, les moments suspendus et les fins de nuit au Forum. Franchement, difficile de demander beaucoup plus à un week-end de festival.