Niché à la frontière entre Strasbourg et l’Allemagne, le Jardin des Deux Rives a accueilli le Pelpass Festival pour sa neuvième édition, du 14 au 17 mai. Dédié à la découverte musicale, l’événement ne cesse de gagner en ampleur chaque année, et pour cause : la programmation ne déçoit jamais !

C’est devenu l’un des rendez-vous strasbourgeois incontournables pour faire le plein de nouveaux artistes à ajouter à sa playlist et à découvrir en avant-première. Une occasion en or donc, autant pour les aficionados de musiques en tout genre que pour les curieux. Les précédentes éditions ont vu défiler des noms comme Miki, Roland Cristal, BEN plg, Prince Waly, Juste Shani… Et cette année encore, le festival frappe fort : Sam Sauvage et Angine de Poitrine, des artistes qu’on ne présente plus désormais, ayant été programmés avant la hype qu’on leur connaît aujourd’hui. C’est le genre de festival à taille humaine qui, une fois qu’on en fait l’expérience, nous oblige à y revenir, encore et toujours.

Cette année, une cinquantaine d’artistes répartis sur trois scènes ont partagé l’affiche, et l’équipe vous a fait une sélection non exhaustive de ses coups de cœur !

JOUR 1 : Malaka, Crenoka, Fincher, Oddisee, copycat et Snapped Ankles

Fincher, copycat et Crenoka

« Le jour avec Sam Sauvage » répétaient les festivaliers sur le chemin pour le premier jour. Pourtant, bien d’autres artistes ont marqué cette journée d’ouverture. Ce, dès le premier set, avec Malaka. La chaleur et l’énergie lumineuse des deux sœurs ont visé juste : c’est exactement ce dont on avait besoin pour faire face au ciel pluvieux qui s’annonçait. Un mélange de folk et soul harmonieux qui a conquis le public dès le début. Un storytelling qui devient une invitation à danser, à se laisser bercer par la douceur de ce duo : ça commence très bien.

Changement d’ambiance avec le set suivant, qui nous a tout autant séduit. Un t-shirt Nirvana, une barrette jaune pastel, une guitare avec un sticker Bob l’éponge… Crenoka nous plonge directement dans son univers à base de pop culture des années 90/2000. Influences RnB, sonorités électroniques, pop expérimentale… Finalement, on comprend la mention « hyperpop alternative » à côté de son nom, sur le programme. Le concert est fun et assumé, et la bonne humeur de l’artiste est contagieuse, même quand elle chante « I’m having a bad day ». Une sorte d’hymne pour les mauvaises journées. Alors on chante à ses côtés, bien qu’on soit loin de passer un mauvais moment. Crenoka nous raconte ses premières années aux États-Unis, son parcours, sa vision… Un véritable coup de cœur pour cette personnalité pétillante qui nous partage des textes intimistes, tantôt sérieux, tantôt légers, mais toujours entrainants.

Retour à la scène B pour Fincher, un groupe de rock strasbourgeois, et là, c’est la claque. Le début du concert démarre progressivement, avec une tension qui fini par exploser. Les instruments apportent du relief, une puissance qui appuie les textes délivrés par la voix texturée et mélancolique du chanteur. La longueur de certains titres ne dérange pas : au contraire, elle nous donne le temps d’apprécier pleinement l’émotion et la complexité de la performance. On imagine bien ces morceaux devenir la bande-son épique de notre vie. On espère les revoir très vite !

Là, c’est le dilemme : Oddisee ou copycat ? Les deux jouent presque en même temps. On se laisse donc une vingtaine de minute pour découvrir chaque projet, en commençant par Oddisee. Le rappeur et producteur américain originaire de Washington, déjà bien établi dans la sphère hip-hop, nous propose un rap old-school, porté par des messages positifs et une attitude chaleureuse. Avec une simplicité presque réconfortante, il nous partage une traversée intime et personnelle. On prolonge l’intimité avec les deux figures de copycat sur la scène Militente, un poil plus rebelles et électriques. Les textes sont francs, incisifs et cyniques. Sans filtre, elles nous livrent leur regard révolté face à un monde loin qu’elles sont loin d’idéaliser. Résultat : on s’identifie très facilement aux paroles, et cette rage féminine 2.0 gagne efficacement le public. Une preuve que la musique peut-être à la fois politique et festive.

La soirée se poursuit. Après le concert explosif de Sam Sauvage, un étrange quatuor capte notre attention sur la même scène. Quatre personnages tout droit sortis d’une forêt, terreux, à l’apparence de buissons (enfin, on croit) : Snapped Ankles. Derrière cette allure délirante, ces britanniques nous livrent un set post-punk sur une ambiance de rave psychédélique. Un mélange qui fonctionne étrangement bien puisqu’on se laisse facilement emporter.

JOUR 2 : Melina, Joe and the Shitboys, et Flupke

Melina, Joe & The Shitboya et Flupke

Dès les premières notes, la chanteuse franco-grecque Melina nous hypnotise avec des sonorités orientales et balkaniques qui traduisent son riche bagage culturel et technique. Grâce à ce mélange envoûtant de musique traditionnelle et de pop moderne, la magie opère. Aucunement besoin de comprendre les paroles pour se laisser bercer par sa poésie, qu’elle nous livre avec une sincérité évidente. Sur « Kano Traka », elle rejoint le public pour danser à ses côtés, et son énergie festive et lumineuse dissipe la barrière de la langue pour laisser place à l’émotion et au partage. C’est un moment unique qu’on gardera longtemps en tête !

Changement d’ambiance radical avec Joe & The Shitboys, notre deuxième coup de cœur du jour. Brutal, insolent, et furieusement politique, le groupe de « shitpunk » venu des Îles Féroé est loin d’avoir sa langue dans sa poche. La scène devient une tribune militante contre le conservatisme grandissant de leur archipel comme partout ailleurs. Le chanteur sonne l’alerte : il faut continuer à lutter contre la montée des extrémismes. Sans tabou ni limite, il nous hurle dessus (et on hurle à ses côtés !). Cette énergie punk bouillonnante se propage dans le public, qui enchaîne pogos et crowdsurfing dans un chaos collectif et clairement cathartique.

La soirée s’illumine avec l’énergie explosive de Flupke. Sur scène, le set orné de fusées donne immédiatement le ton : un projet déjanté et haut en couleur, prêt à nous faire décoller. Son univers sonore flirte avec celui des jeux vidéo rétro, et l’iconique salopette verte du producteur strasbourgeois nous rappelle celle d’un Luigi décalé, bien décidé à nous faire danser. On se prend rapidement au jeu, et on chante en chœur « Bonjour Madame, je viens réparer le photocopieur » sans chercher à comprendre. Absurde, drôle et décomplexé, le concert prend des airs de fête entre amis, format XXL. Laventure, artiste emblématique à Strasbourg, rejoint Flupke et ils interprètent deux titres très groovy qu’on est impatient de pouvoir streamer. Aujourd’hui, producteur québécois, vient à son tour rajouter une deuxième couche d’absurdité et de techno indéfinissable mais irrésistible. Le combo fonctionne à merveille. Le show nous injecte la dose d’énergie dont on avait besoin, et un souvenir aussi agréable que délirant.

JOUR 3 : Midva Lofi Ensemble, Bricknasty et Ammar 808

Midva Lofi Ensemble, Bricknasty et Ammar 808

Midva Lofi Ensemble, c’est la promesse d’un bon moment : simple, authentique, et captivant. Une bande d’amis musiciens qui se rassemblent sur scène pour faire vivre ce projet initié par Midva (aka Nils Boyny, au clavier dans le groupe Émile Londonien). Le set s’intensifie progressivement, mais conserve cette force tranquille, naviguant entre jazz, électro et soul, dans un esprit LoFi (après tout, c’est dans le nom !). Au chant, on retrouve Laventure, qui nous avait déjà mis des étoiles dans les yeux la veille, ainsi que Lara Issa, dont la voix envoûtante apporte de la profondeur au collectif déjà très harmonieux. Ensemble, elles revisitent certains titres de leur répertoire, et le public est réceptif. Dans ce set parfaitement équilibré, chacun trouve sa place et brille à sa manière. Cette complicité rayonnante nous fait presque oublier le temps qui passe. On aurait aimé prolonger cette parenthèse de douceur.

Bricknasty, c’est probablement la découverte la plus marquante de cette édition (à titre personnel). Les cinq Irlandais arrivent sur scène avec une attitude presque nonchalante. Le chanteur Fatboy, cagoulé, en doudoune et short, intrigue : on ne sait pas vraiment à quoi s’attendre. Pourtant, dès que le set commence, les frissons nous parcourent. Le groupe révèle une douceur qu’on ne lui aurait pas soupçonnée, teintée d’influences RnB, soul, avec une pincée de jazz et de folk irlandaise. La richesse de la proposition nous déstabilise, mais pas autant que la voix de Fatboy, d’une précision impeccable. Parfois brute, parfois délicate et angélique, son aisance naturelle à jongler entre les sonorités nous surprend. Les passages a cappella sont particulièrement prenants, une véritable mise à nu qui dévoile la vulnérabilité et l’intimité du chanteur, malgré la cagoule. L’émotion reste palpable, amplifiée par la maîtrise à la batterie, les riffs de guitare, et la production générale. Le rythme reste groovy, alors on hésite entre danser ou se laisser simplement submerger par la beauté des morceaux en live. Là encore, on n’aurait pas dit non à une demi-heure supplémentaire.

Sur la scène principale, Angine de Poitrine bat son plein. Le duo énigmatique attire la foule, et à juste titre ! Mais quelque chose d’intrigant se passe un peu plus loin, sur la petite scène de la Militente. Alors on traverse le site du festival, en suivant des basses qui s’imposent à mesure qu’on s’approche, pour rejoindre le set qui a piqué notre curiosité. Derrière ses platines, le producteur tunisien Ammar 808 a façonné une bulle à part, à base de sonorités électroniques pan-maghrébines traditionnelles et futuristes. On a l’impression de passer d’un monde à l’autre, et comme le public, on se laisse porter par ce mix enivrant qu’on a failli rater. Il faut parfois suivre son instinct !

JOUR 4 : Alma Rechtman, Dressed Like Boys, Brogeal

Alma Rechtman, Dressed Like Boys et Brògeal

Pour ce dernier jour de festival, Alma Rechtman ouvre le bal. Une présence douce qui laisse paraître une voix grave, rauque, et pourtant si poétique. Ce contraste déstabilise d’abord, avant qu’on ne succombe à la délicatesse de ses paroles. Elle nous partage des morceaux personnels où se mêlent rêves, amours, désillusions… Comme la lecture d’un journal intime. C’est à peine le premier concert de la journée, alors on essaie de contenir ses larmes, mais le cœur y est. “Je veux être dans tes bras”, “Dans ma maison”, “Je t’oublierai”… Chaque titre devient un instant suspendu, aussi apaisant que bouleversant.

On poursuit dans l’émotion avec la performance de Dressed Like Boys, qui ne laisse pas de marbre. Jelle Denturck transforme ses récits et son vécu en échos universels. Certains morceaux explorent son identité queer, d’autres deviennent des manifestes, à l’instar de « Stonewall Riots Forever » : un morceau inspiré par les émeutes de Stonewall en 1969. Avec Dressed Like Boys, la musique devient autant un refuge qu’un espace d’expression pour briser le silence et affirmer ses luttes. D’abord derrière son piano, puis au contact direct du public, il se livre. Mais il s’exprime aussi pour les autres qui n’en ont pas la possibilité, comme avec le titre « Jaouad », qu’il dédie à son ami. Une fois encore, les larmes ne sont pas loin.

On termine cette liste de coups de cœur avec Brògeal, groupe écossais venu remplacer Pigeon (un mal pour un bien, finalement !). Ici, les larmes deviennent des gouttes de sueur au milieu de pogos. Leur univers oscille entre britpop et folk indie avec des sonorités celtique, et nous rappelle l’énergie de The Pogues. Banjo, accordéons… Le groupe fait honneur à son héritage. L’attitude festive et incandescente de Brògeal sonne déjà l’été, et le public se laisse emporter par le rythme effréné des titres. Quand le frontmant Daniel Harkins rejoint la foule, c’est le feu total !