Après avoir fait la découverte (très appréciée) de Judy Bloom le 30 mars au POPUP du Label, la suite s’est imposée comme une évidence : écouter son dernier EP Hush, qui marque un nouveau jalon dans son parcours artistique comparable au cycle d’un papillon.

Car avec Bench Warmer, son premier album dévoilé en 2024, Judy Bloom est passé de la chenille à la chrysalide. Désireux de réaliser une oeuvre en parfaite autodidaxie, il s’est emmuré dans son home studio afin de donner naissance à sept titres introspectifs aux élans pop. Sept sons qui reflètent sa psyché à l’aube de sa vie musicale : l’euphorie des premiers pas dans la création, mais aussi l’attente du succès et du moment opportun. D’où le titre « bench warmer », un terme employé dans le sport pour désigner celui qui est assis sur les bancs, dans l’espoir d’être un jour sélectionné. De vivre la transformation déterminante, donc.

Deux ans plus tard, la mue se complète. Avec Hush, sorti le vendredi 22 mai, Judy Bloom éclot et vole vers des horizons moins solitaires et plus rock, à travers cinq sons enregistrés en studio et entre amis.

La pochette de Hush, le dernier EP en date et le deuxième projet musical de Judy Bloom
Hush, le dernier EP de Judy Bloom

HUSH : UN PROJET LIMINAIRE

Judy Bloom démarre fort avec « Fly », le dernier single révélé avant la sortie de l’EP. Dans ce titre, le parisien cherche justement à déployer ses ailes, faisant fi des attentes ainsi que des conventions sociales :

I’m not afraid to say
That I’ll never be the one they want me to be
A dog, a yes-man, a teacher’s favourite boy

Un hymne au libre arbitre qui résonne d’autant plus fortement quand on sait que Martin Tézenas, de son vrai nom, aurait pu connaître un autre destin. En effet, l’obtention d’une carte de presse le conduisait à écrire des articles, mais c’est finalement la musique qu’il a choisie.

L’une des autres forces de « Fly », c’est sa fraîcheur britpop mêlée au rock alternatif, qui nous donne l’impression de réécouter nos playlists adolescentes rythmées par Blur, Bloc Party, Coldplay et The Stone Roses. Un titre qui reste indéniablement dans la tête.

L’énergie s’apaise mais les guitares saturées persistent dans « Hope », le premier single de l’EP. Ce morceau, entre Duster et Turnstile, capture l’abnégation d’un amant prêt à tout sacrifier pour sa romance. Ici, l’attente est omniprésente : « I’ll be waiting for days, hours, minutes, so long » ou encore « Find me, watching the ceiling ». L’image d’un homme en suspens, maintenu en sursis seulement grâce à l’espoir que quelque chose, enfin, se passe.

« Slow Train » explore également les mêmes thématiques, à une différence près : la notion de mouvement y est ajoutée. Le symbole du train, que l’on retrouvait déjà dans le titre précédent, n’est d’ailleurs pas anecdotique : il représente parfaitement l’état liminal dans lequel se trouve Judy Bloom. En effet, le train est toujours entre deux états : on l’attend d’abord, puis une fois dedans, le paysage se met en mouvement tandis que nous restons immobiles… patientant jusqu’à l’arrivée.

Dans cette balade indie rock, l’artiste doute de ses choix, mais l’espoir de l’amour suffit à illuminer le tableau : « I left my life for another shore / Was it a good choice I’m not sure » puis « I’m not afraid of fate and miles / Should I cross land and get near you ». Un état d’esprit reflété jusque dans l’instrumentation, notamment grâce à un riff de guitare lancinant qui se répète et nous entête.

Puis, dans « Nobody Knows », les batteries reviennent à la vie et la cadence s’emballe à nouveau. Après l’attente, les doutes et les espoirs qui parcouraient les titres précédents, Judy Bloom laisse cette fois la frustration prendre le dessus. Écrit après une journée de travail épuisante, le morceau évoque ce sentiment d’être coincé entre deux existences : celle que l’on mène par nécessité et celle à laquelle on aspire réellement.

Porté par des influences allant de Blur aux Smashing Pumpkins, le titre déploie une énergie fébrile et nerveuse. Les guitares s’agitent, tandis que l’écriture oscille constamment entre humour, lassitude et angoisse. Un exutoire aussi spontané qu’efficace, qui donne au sentiment d’impatience déjà présent dans Hush une expression plus hargneuse.

L’EP Hush se termine néanmoins par une surprise. Alors que nous suivions jusqu’à présent les pensées et les doutes de Judy Bloom, « Molly » opère un déplacement inattendu en adoptant le point de vue d’un personnage extérieur. Derrière ce prénom, loin d’être choisi au hasard, se cache un double sens évident : celui d’une jeune femme, mais aussi celui de la MDMA, surnommée « Molly » dans le monde anglophone.

Porté par une instrumentation plus apaisée et contemplative, le morceau raconte ainsi le quotidien d’une jeune fille dont les journées semblent rythmées par la consommation de drogue. Une conclusion plus douce en apparence, mais traversée par une forme de mélancolie diffuse. Là où les titres précédents cherchaient un horizon, « Molly » semble observer une fuite en avant. Comme si, au terme de ce voyage initiatique, Judy Bloom choisissait finalement de tourner son regard vers les autres plutôt que vers lui-même.

Prêt à prendre son envol

Avec Hush, Judy Bloom achève finalement la transformation amorcée avec Bench Warmer. Plus collectif, plus rock et plus affirmé dans ses ambitions, cet EP capture cet instant particulier où tout semble encore fragile mais où l’élan est déjà là.

La suite, elle, se jouera désormais sur scène. Après des premières parties remarquées à la Maroquinerie et à la Boule Noire l’an dernier, Judy Bloom s’apprête à défendre Hush aux côtés de Lilly Wood and The Prick à travers la France. Une étape logique pour un artiste qui n’attend plus sur le banc de touche : il est désormais entré sur le terrain.