Après quatre jours de concerts, de découvertes et de moments suspendus, La Nuit de l’Erdre a refermé les portes de sa 26e édition. Entre les prestations très attendues de Lenny Kravitz, Orelsan ou Suzane et les belles surprises comme Dropkick Murphys, retour sur un week-end que nous avons vécu au plus près des festivaliers.

L’attente commence bien avant le premier concert. À l’entrée du parc du Port-Mulon, les files s’allongent sous un ciel menaçant. Finalement, la pluie ne viendra jamais. Quelques jours après l’annulation complète des Solidays en raison de la canicule, La Nuit de l’Erdre passe, elle, entre les gouttes. Enfin… presque. Car le thermomètre dépassera les trente degrés pendant une bonne partie du week-end, sans empêcher les 103 000 festivaliers de profiter de cette 26e édition.

Dès l’ouverture des portes, une fanfare accueille les premiers festivaliers avant même qu’ils aient franchi les contrôles. Une entrée en matière festive qui donne immédiatement le ton d’un festival où l’on passe autant de temps à découvrir des artistes qu’à flâner entre les scènes, au bord de l’Erdre ou sous les arbres du parc.

La nuit s’installe

La première à investir la scène est Billie. La jeune chanteuse apporte une fraîcheur bienvenue avec les morceaux de son dernier EP, À ce que les autres pensent de moi. Accompagnée de trois musiciens, elle séduit rapidement le public. À un moment, elle s’interrompt après avoir oublié les paroles d’une chanson. Pas question d’improviser du « yaourt ». Elle reprend le morceau depuis le début, encouragée par les applaudissements. Un petit moment d’authenticité qui en dit long sur la proximité déjà installée avec le public. Les premiers grands frissons arrivent quelques instants plus tard avec Vanessa Paradis. De « Dès que je te vois » à « Marilyn & John », en passant par « Joe le Taxi », les générations chantent ensemble. Avant de quitter la scène, l’artiste glisse quelques mots qui résument parfaitement son état d’esprit : « Chanter avec vous et pour vous, ça enlève toutes les épines de mon cœur. »

Quelques mètres plus loin, Feu! Chatterton confirme pourquoi il reste l’un des groupes français les plus fascinants sur scène. Arthur Teboul habite chacun de ses textes, notamment sur « Allons voir » ou « Ce qu’on devient », tandis que deux interprètes traduisent le concert en langue des signes. Lorsque résonne une chanson pour les absents, en hommage à un ami disparu, le parc semble retenir son souffle.

Entre deux concerts, les allées ne désemplissent pas. On se retrouve autour d’un verre, on s’installe quelques minutes à l’ombre des arbres ou au bord de l’Erdre avant de repartir vers une autre scène. C’est aussi cela, La Nuit de l’Erdre : un festival où l’on vient autant pour les concerts que pour le temps passé entre eux.

L’autre claque de cette première soirée vient des Dropkick Murphys. Nous ne les connaissions finalement que de nom. Une heure plus tard, impossible de ne pas comprendre leur réputation. Au milieu de « The Boys Are Back », Ken Casey descend de scène pour rejoindre les premiers rangs. Pendant quelques minutes, il chante au milieu des festivaliers. À cet instant, il n’y a plus vraiment de scène ni de fosse : seulement un groupe et son public.

La soirée se referme en immense piste de danse avec Bob Sinclar. Entre « Love Generation », « Rock this party » et plusieurs tubes plus récents, le DJ français transforme le parc du Port-Mulon en véritable club à ciel ouvert.

Le température idéale

Le lendemain, nous faisons un détour par Danakil. Le collectif reggae distille ses messages engagés devant une fosse qui reprend les refrains avec la même ferveur. Une parenthèse plus posée, mais tout aussi fédératrice, avant que la soirée ne change d’atmosphère.

Parmi les artistes que nous attendions particulièrement figurait aussi Bonne Nuit. Après les avoir découverts aux Trans Musicales puis retrouvés à Art Rock, nous étions curieux de les revoir sur une scène de cette ampleur. Le duo commence presque dans le silence avant de demander : « Voulez-vous devenir nos amis, La Nuit de l’Erdre ? » La réponse fuse immédiatement. Entre « Crier Vomir Pleurer », « La vie est belle » et un titre inédit qui figurera sur leur prochain projet, le groupe confirme qu’il faudra désormais compter avec lui.

L’un des moments les plus attendus de cette édition reste évidemment celui de Lenny Kravitz. Nous choisissons d’abord de vivre le concert au cœur de la foule, avant de nous installer dans l’herbe, près du château, face à l’écran géant, comme de nombreux festivaliers autour de nous. Quelques téléphones affichent discrètement le score de France–Paraguay, mais très vite les riffs de « Fly Away », « It Ain’t Over ‘til It’s Over », « American Woman » puis « Are You Gonna Go My Way » reprennent le dessus. Pendant près d’une heure trente, l’Américain prouve, à plus de 60 ans, qu’il n’a rien perdu de son énergie.

La programmation ne se résumait pourtant pas à ses têtes d’affiche. Lauréat du Tremplin 2025, Nodz faisait cette année ses débuts sur la grande scène, symbole de l’accompagnement que le festival poursuit auprès des artistes émergents. Miki marque également les esprits en descendant chanter au milieu du public avant d’inviter une jeune fan à la rejoindre sur « Particule ». Quant à Matmatah, plus de vingt ans après son premier passage à La Nuit de l’Erdre, les Bretons transforment le parc en immense fest-noz. « Lambé An Dro », « Emma » ou encore « Putain Putain », reprise d’Arno intégrée à leur dernier album, sont reprises en chœur par le public.

Il fait quand même beau

Dimanche, la chaleur devient presque un personnage à part entière. Beaucoup cherchent refuge sous les arbres tandis que d’autres préfèrent patienter en plein soleil pour conserver leur place devant la scène. Heureusement pour eux, le festival a dégainé des arrosages pour les rafraîchir. Suzane fait d’abord danser le public sur « Champagne », avant d’être interrompue par un problème technique pendant « Tant pis ». Avec humour, elle invite les festivaliers à applaudir les équipes techniques avant de reprendre le fil du concert. Puis vient « Je t’accuse », qui transforme le parc en une immense marée de poings levés. Nous levons le nôtre comme des milliers d’autres festivaliers. Les paroles résonnent dans tout le parc avant qu’un long silence ne s’installe lorsque s’affichent sur les écrans les chiffres des violences faites aux femmes. Sans doute l’instant le plus fort en émotion de cette édition.

Le retour d’Orelsan faisait lui aussi figure d’événement. Cette fois, nous observons le concert depuis l’estrade VIP, à côté de l’espace réservé aux personnes à mobilité réduite. De là-haut, la vue plonge sur une fosse pleine à craquer. « Basique », « La Quête », « Sama », « Ailleurs »… chaque refrain est repris par plusieurs dizaines de milliers de personnes. Lorsqu’il apparaît perché sur le célèbre mini-van de sa scénographie ou lorsqu’il fait son entrée sur scène depuis les backstages, le public explose. Rarement l’impression de communion entre un artiste et son public aura été aussi palpable.

Nous ne resterons finalement que quelques minutes devant Mosimann. Le temps d’apercevoir les premières flammes, les basses et la scénographie futuriste avant de reprendre la route. Une sortie un peu frustrante, mais qui donne déjà envie de retrouver l’artiste aux Nuits Secrètes dans quelques jours.

Au-delà des concerts, cette édition confirme surtout ce qui fait la force de La Nuit de l’Erdre. Derrière les grandes affiches internationales, le festival continue de faire cohabiter découvertes, artistes confirmés et talents de demain, tout en conservant cette atmosphère conviviale qui fait revenir les festivaliers, année après année. Avec 103 000 personnes réunies au parc du Port-Mulon, La Nuit de l’Erdre se positionne parmi les grands festivals de l’été et nous donne rendez-vous les 1, 2, 3 et 4 juillet 2027, pour sa 27e édition.