Chaque année, le sujet de la parité au sein de la programmation des festivals gagne de l’importance (et à raison !). Une prise de conscience qui s’avère franchement rafraîchissante. Cependant, la réalité des chiffres reste encore timide : d’après une étude menée par Culturelink sur la parité des festivals en 2026, la représentation des femmes sur les scènes des grands festivals français tourne autour des 34%.
On a donc décidé de se pencher sur les artistes féminines du Main Square à Arras, un festival dont la programmation ne nous déçoit jamais. Et première bonne nouvelle : il se place au-dessus de la moyenne avec 35,7 %, et affiche surtout une progression de 8,9 % depuis l’année dernière. D’ailleurs, l’événement frappe fort pour sa vingtième édition en lançant les festivités avec une icône internationale pour son jour d’ouverture : Katy Perry. Retour sur les artistes féminines qui ont marqué cette édition et notre expérience au Main Square 2026.
Quand les femmes s’emparent de la Main Stage
Dès le premier jour, le Main Square nous a offert trois artistes féminines sur la scène principale : Linka Moja (on y reviendra), Charlotte Cardin et la très attendue Katy Perry. Un coup d’envoi réussi, et une vraie satisfaction de voir briller autant de talents féminins sur la plus grande scène du festival.
Charlotte Cardin a su apporter la douceur dont elle seule a le secret : une parenthèse calme, clairement nécessaire pour appréhender au mieux la suite de la soirée, qui s’annonçait haute en couleur. À la fin de son passage, on avait initialement prévu de rester et de garder notre place pour profiter au mieux du set de Katy Perry. Pourtant, impossible de passer à côté du concert imminent à quelques mètres de là, sur la scène Vauban : Miki, la sensation électro-pop qui ne laisse personne indifférent. En s’approchant, on est surpris par la foule qui attend avec hâte la chanteuse franco-coréenne. C’est toujours émouvant de voir autant de gens se rassembler autour de la musique sous toutes ses formes et sa diversité. Comme un poisson dans l’eau, Miki occupe l’espace avec aisance, sans timidité ni retenue. Une confiance en soi inspirante qui rend ce moment d’autant plus authentique et touchant. Quand vient le morceau « Particule », elle se place au centre du public et son début a cappella vient suspendre le temps, avant de déclencher un mouvement de foule autour d’elle. Une séquence aussi impressionnante à voir de loin, depuis notre position, que dans l’intérieur de ce circle pit.

Retour à la Main Stage pour la pop star américaine qui avait déjà illuminé la Citadelle en 2009. Une scénographie grandiose et démesurée à l’image de l’univers pop décalé de Katy Perry, qui a enchaîné hit sur hit pour offrir une soirée des plus mémorables. Des interactions avec le public aux chorégraphies, la performance était plus que généreuse. Et surtout, ce qu’on retient : on était face à une femme et une artiste accomplie, espiègle, qui s’amusait et qui s’assumait à 100 %. Qu’on soit nostalgique des anciens titres ou des fans de première heure, Katy Perry a su inaugurer cette vingtième édition du festival en beauté.
Samedi, nous avons flâné d’une scène à l’autre, mais il y a un groupe qu’on tenait absolument à revoir : The Warning, trois jeunes sœurs originaires de Monterrey au Mexique, naviguant entre rock alternatif et hard rock. Seul nom féminin programmé sur la Main Stage ce jour-là, ce power trio a su enflammer le public comme jamais. À la barricade, presque tous portaient du merch à l’effigie du groupe : une fanbase engagée, de tout âge, de tout genre et aux horizons différents, prête à en découdre aux côtés de The Warning. En anglais comme en espagnol, chaque chanson traversait la foule : une énergie électrique et contagieuse qui explique clairement leur succès. Ce genre de rock évoluant dans un milieu majoritairement masculin, quel plaisir de un public aussi varié acclamer le groupe et enchaîner les headbangs, des lycéens aux pères de famille, et même certains retraités ! Une belle preuve que les femmes ont tout autant leur place sur la scène rock (et musicale en général).
Dimanche, idem : un seul projet féminin sur la main stage, mais pas des moindres. La présence de Reneé Rapp, une chanteuse ouvertement lesbienne, sur la scène principale, ouvre un peu plus la place aux personnes queer, autant dans la programmation que parmi les festivaliers. Elle donne l’occasion à son public de s’exprimer, de s’assumer plus facilement, bien que sa discographie ne tourne évidemment pas uniquement autour de son orientation. Parmi une foule majoritairement habillée en rouge et noir pour le concert de Twenty One Pilots, des drapeaux lesbiens au rose éclatant se sont hissés pendant la performance de Reneé Rapp, un acte aussi important qu’émouvant. Le concert débute avec « Leave me Alone », un titre dansant et décomplexé, mais gagne progressivement en émotion et intensité, et rend ce moment magique et nécessaire aux yeux de beaucoup de personnes.
Zaho, Luiza, Eva La Marka… Difficile d’être sur tous les fronts, mais cela ne nous a pas empêchés d’entendre le public applaudir chacune de ces artistes, qui ont sans aucun doute su conquérir la foule de cette édition.
Les découvertes à retenir
Une chose qu’on adore dans les festivals : découvrir des (nouvelles) artistes. Et des découvertes féminines, on en a eu à foison. Une bonne nouvelle pour nos playlists, qui sont ressorties bien enrichies à la fin du Main Square.
Cette vingtième édition s’ouvre directement avec Linka Moja sur la Main Stage. Seule sur scène, elle a su trouver sa place, y compris dans notre cœur. Entre indie pop, rock, folk et électro, la chanteuse nous offre un cocktail aussi captivant qu’addictif. Elle joue son dernier single « MEN R DOGS » dévoilé le 29 mai, dont le titre évocateur annonce clairement la couleur. Les yeux pétillants, elle nous fait succomber à son énergie tantôt électrique, tantôt introspective et émotionnelle. Linka Moja combine l’esprit rebelle et délicat d’artistes comme Hayley Williams, qu’elle cite d’ailleurs parmi ses inspirations. Il s’agissait de sa seule date de festival en France, donc un grand merci au Main Square Festival de l’avoir programmée !
Le vendredi se poursuit avec d’autres découvertes comme Jessie Murph sur la scène Vauban, dotée d’une voix envoûtante par son contraste entre profondeur et délicatesse. Elle évoque un merveilleux mélange entre l’esthétique de Lana Del Rey et la puissance d’Amy Winehouse, une recette redoutable qui nous a conquis. Un sentiment visiblement partagé par le public, au sein duquel on devinait même quelques larmes. Et ça se comprend : Jessie vivait intensément chaque morceau, chaque parole, jusqu’à entrer presque dans un état de transe. Quand une prestation live atteint ce niveau d’émotion, c’est toujours bouleversant. Le concert commence par une cover irrésistible « House of the Rising Sun » de The Animals, avant de laisser place aux morceaux de l’artiste, teintés d’émotion et de mélancolie, entre amour, douleur et résilience.

On continue notre exploration au Bastion avec un set qui a piqué notre curiosité : Nûr. Un duo féminin et queer qui nous plonge dans une atmosphère planante et éthérée. Leur alchimie évidente facilite l’immersion dans leur univers hybride, qui fusionne habilement musique électronique et instruments plus traditionnels comme la guitare et la clarinette. Là aussi, voir deux femmes queer sur une scène plus intimiste est très symbolique. Un pas de plus pour légitimer cette présence aussi inspirante que nécessaire.
Pour clôturer ces découvertes, focus sur Venus VNR sur cette même scène. Un duo bouillonnant composé de Félix (ex-Thérapie Taxi) et de Laurène au chant. Si leur set explosif et leurs mélodies effrénées ont aisément entraîné le public, notre attention s’est surtout portée sur les paroles. Avec des textes crus, directs et sans filtre, le franc-parler de la chanteuse nous a clairement séduits. Après tout, c’était écrit dans le nom : « VNR ». Le duo a relevé avec brio le défi du festival : faire vibrer et adhérer un public qui ne les connaissait pas encore.
Une édition qu’on n’oubliera pas de si tôt
Si la programmation du Main Square manquait encore un peu de noms féminins à l’affiche, on repart tout de même ravis de cette édition qui nous en a mis plein la vue. Entre des têtes d’affiche qui ont littéralement retourné la Main Stage, et les pépites sur les scènes du Bastion et Vauban qui ont rassemblé un public très réceptif, les artistes féminines ont prouvé (une fois de plus) qu’elles ont clairement leur place. Entre pop, chanson française, rap, électro ou rock, chacune a su briller dans ce festival qui a réussi à intégrer de la diversité et des minorités sur scène. Une présence capitale qui permet de visibiliser, inspirer et normaliser un line-up de plus en plus inclusif. Autrement dit : un pas de plus vers la parité dont on rêve, et ça, ça fait un bien fou !
