La Maison Tellier célébrait ses vingt ans à l’Élysée Montmartre autour de La Timidité des Arbres. Deux heures entre souvenirs, invités et chansons traversant les différentes époques du groupe, devant un public qui en connaissait souvent l’histoire par cœur.

Nous arrivons à l’Élysée Montmartre à 20h23. Bobbie, chargée d’ouvrir la soirée, a déjà quitté la scène et La Maison Tellier joue « In This Heart », reprise de Sinéad O’Connor. Il fait toujours aussi chaud dans cette salle, hiver comme été, et il faut se frayer un chemin au milieu d’une foule compacte pour apercevoir la scène plongée dans la pénombre. Autour de nous, certains connaissent manifestement la Maison depuis bien plus longtemps que nous. Notre histoire avec le groupe est plus récente, principalement nourrie par Atlas et La Timidité des Arbres. Ce soir, cela tombe plutôt bien : ces deux disques vont largement accompagner nos deux prochaines heures.

Vingt ans, et quelques souvenirs

« Damoclès » nous ramène rapidement au dernier album, avant qu’Helmut Tellier ne remonte beaucoup plus loin dans le temps. Dix-huit ans plus tôt, La Maison Tellier se trouvait déjà sur cette scène, à l’occasion des Dimanches de l’Élysée, notamment en première partie d’Alain Bashung. Raoul a même retrouvé le programme de novembre 2008 : The Streets, Tricky ou encore Morbid Angel y figuraient. « Il y en a qui viennent plus trop aux soirées et nous, on est encore là », sourit Helmut. Le public aussi est toujours là, et il le lui fait savoir.

Cette soirée anniversaire permet également d’agrandir la famille. Ben Lanz et Barbara rejoignent ponctuellement le groupe, cette dernière ayant participé à La Timidité des Arbres aux côtés des musiciennes d’Arrieras Somos. Les souvenirs continuent de remonter entre les chansons. Avant « Low Cost », Helmut raconte les premiers morceaux enregistrés dans un « petit local » à Rouen, puis arrivés presque par accident jusqu’aux bureaux de Bernard Lenoir à France Inter et de Radio Nova. Vingt ans plus tard, la bande semble prendre autant de plaisir à raconter le chemin parcouru qu’à jouer.

Ysé vient ensuite rejoindre le groupe pour « Couvre-feu ». Puis arrive enfin « Love Again », morceau qui nous avait particulièrement séduits lors de sa sortie. Dans la salle, un couple choisit précisément ce moment pour s’embrasser longuement. Difficile de trouver illustration plus appropriée. Le morceau s’achève surtout par les voix du public qui accompagnent Helmut a cappella sur les dernières paroles.

La Maison Tellier sait aussi transformer ses souvenirs de tournée en petits rituels. Pour « Un beau salaud », tiré d’Atlas, une boîte attend au merchandising les noms de celles et ceux qui mériteraient le titre. Helmut invite chacun à y glisser le sien, en demandant tout de même quelques précisions : écrire seulement « Patrice » ne suffira manifestement pas à faire avancer l’enquête. L’anecdote déclenche les rires et résume assez bien ces longues prises de parole qui jalonnent le concert. Ici, elles ne servent pas seulement à meubler entre deux chansons : elles racontent vingt années passées ensemble.

Une Maison qui n’a pas oublié ses anciennes pièces

La suite circule entre les époques sans chercher à les ranger. « La chanson de Jean-Louis », « B.A.U. » et « Atlas » côtoient les morceaux du nouveau disque, tandis que le public devient, selon les mots d’Helmut, la « chorale de l’Élysée Montmartre » sur « La Timidité des arbres ». Un peu plus tard, il dédie « En moi le chaos » à tous ceux qui se lèvent le matin et doivent malgré tout affronter leur journée. Devant nous, une dame chante chaque parole par cœur. Autour d’elle, les guitares, les cuivres et la batterie prennent de plus en plus de place.

Le concert change encore d’échelle dans sa dernière partie. Plutôt que d’aligner les titres, La Maison Tellier laisse les instruments parler davantage, jusqu’à « Là où je vis ». Trompette, batterie, basse et guitares se répondent dans une longue poussée instrumentale qui précède la sortie du groupe. Une minute à peine et tout le monde revient pour un rappel où se succèdent « La Chambre rose », « Au Vauban » et « Haut, bas, fragile ».

Il est 22h20 lorsque musiciens, invités et Ysé se retrouvent une dernière fois devant la salle pour saluer. La standing ovation qui les accueille raconte peut-être mieux cette soirée que le décompte des vingt-deux morceaux joués. Nous étions arrivés avec deux albums comme principaux points de repère. Nous repartons surtout avec l’impression d’avoir traversé vingt ans d’une histoire que beaucoup, autour de nous, connaissaient déjà par cœur.