Deux ans après Pas si grave, Nerlov revient avec Naïf, un album où il parle de ceux qu’il aime, de ce qu’il redoute de perdre et de ces mots que l’on remet parfois trop longtemps à plus tard.
Chez Nerlov, les choses importantes passent souvent par des détails. Une partie de pêche, un dimanche sur le canapé, la peur de perdre quelqu’un, une blague entre amis. Deux ans après Pas si grave, il construit Naïf à partir de ces petits riens, entre tendresse, inquiétude et autodérision. Onze pistes où il regarde surtout les gens qu’il aime, les souvenirs qui restent et tout ce qu’on préfère parfois ne pas regarder trop longtemps.
Ceux qu’on aime avant qu’il soit trop tard
« Mon plus grand regret » ouvrait déjà une brèche en janvier. Le titre faisait penser à une histoire passée ; il parlait en réalité de paternité. De cette envie qui existe sans effacer les doutes, de tout ce qu’un enfant pourrait changer, de ce qu’on projette avant même que quoi que ce soit ne soit décidé. Puis « Si tu meurs » est arrivé quelques semaines plus tard. Cette fois, Nerlov s’adressait à son meilleur ami et mettait des mots sur une pensée que l’on chasse généralement très vite : un jour, l’un des deux restera sans l’autre.
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Mais « Merci » est probablement le morceau qui reste le plus longtemps après l’écoute. Nerlov ne va pas chercher des souvenirs extraordinaires. Il se rappelle des parties de pêche qu’il n’aimait pas tellement, les bords de Loire, les dimanches à rire sur le canapé, et cet enfant qui faisait semblant de dormir pour qu’on le porte jusqu’à son lit. On connaît tous une version de ces souvenirs-là. Des moments auxquels on ne prêtait aucune attention sur le coup et qui, des années après, reviennent avec une précision presque douloureuse. Au milieu de tout ça, il y a simplement un merci qu’il reconnaît avoir mis du temps à prononcer. Et forcément, on pense aux nôtres.
Garder de quoi rire au milieu du reste
Naïf ne passe pourtant pas son temps à regarder les photos de famille. « Oui mais non » ramène l’artiste dehors, face à une époque où les violences s’enchaînent au point de parfois finir par glisser sur nous. Tchernobyl, Miss France, Mandela : il mélange tout, ironise, s’agace et refuse surtout le grand discours moral. Même lorsque le fond devient lourd, il garde cette manière de décaler légèrement le regard.
Puis arrive « Colleurs de stickers », et l’album se permet de rire franchement de lui-même. Dans un bar parisien, Nerlov colle son autocollant sur un pilier déjà recouvert de noms de groupes. Un ami, qui a connu beaucoup plus de succès dans la musique, lui fait remarquer que ce sont surtout « les groupes qui marchent pas » qui font ça. « C’est pas faux », reconnaît-il aujourd’hui. L’anecdote pourrait rester une blague entre copains ; elle devient une chanson. Et elle dit aussi beaucoup de sa manière d’écrire : ne pas embellir sa place, ne pas se donner un rôle plus grand que celui qu’il occupe, accepter d’être un peu ridicule parfois.
À la fin de Naïf, il reste surtout des visages. Ceux des parents que l’on n’a peut-être pas assez remerciés, de l’ami qu’on n’imagine pas perdre, de l’enfant qu’on n’a pas encore décidé d’avoir, et le nôtre au milieu de tout ça. Nerlov ne transforme pas ces questions en réponses bien rangées. Il les laisse vivre ensemble, avec de la tendresse, de l’inquiétude et suffisamment d’humour pour que le disque ne s’effondre jamais sous son propre poids. On ressort surtout avec l’envie d’appeler quelqu’un, de dire merci maintenant plutôt que plus tard, et de réécouter certaines chansons une deuxième fois.
Plus d’info
Nerlov présentera Naïf le 18 novembre au Point Éphémère, à Paris.
