Avant la sortie de Powdery Notes, 2120 nous recevait à Paris pour parler de ce deuxième album, de ses allers-retours entre Montréal et la France, de l’amour qui traverse leurs chansons et de cette liberté qu’ils tiennent à garder sur scène.
Le 23 septembre dernier, nous retrouvions 2120 dans les bureaux d’Ephelide, leur agence de presse parisienne. Le trio montréalais formé par Billy St-Onge et les frères Maxime et Gabriel Blackburn s’apprêtait alors à dévoiler Powdery Notes, son deuxième album, sorti depuis le 9 octobre. De Sherbrooke à Paris, du sous-sol familial au studio, ils reviennent sur plus de dix ans passés ensemble, leur manière de travailler à trois, leur goût pour les chansons d’amour et cette liberté qu’ils tiennent à préserver jusque sur scène.
De Sherbrooke à Paris
Avant Paris et les salles françaises, il y avait Sherbrooke. Maxime et Gabriel Blackburn commencent à jouer ensemble très jeunes, avant que Billy St-Onge, rencontré au lycée, ne rejoigne l’aventure. « Quand on a commencé à faire de la musique, on n’avait même pas envisagé d’en faire une carrière. On aimait jouer. C’était notre façon à nous de faire la fête. Plutôt que d’aller dans des soirées, on se regroupait et on jouait du blues, du rock’n’roll. On avait une salle de répétition dans le sous-sol de chez nos parents, tous nos amis venaient et c’est comme ça qu’on a commencé. » avance Maxime.
Billy avait déjà une idée un peu plus précise. « Depuis que j’étais tout petit, je rêvais d’être soit acteur, soit chanteur. Je voulais être dans le show-business. Ça a cliqué avec les gars puisque je les connaissais du lycée. J’ai pris quelques cours de chant et on a appris le métier ensemble sur scène. On a énormément grandi ensemble. »
Le véritable départ de 2120 arrive avec leurs premières sorties en 2019, puis un premier album, 2120 in Spectacular Physical Health, en 2021. Après plusieurs années sur les scènes québécoises, le trio décide de regarder plus loin. « Le Québec, c’est tout petit. On s’est dit qu’on aimerait aller voir ailleurs, alors on s’est dit : “Allons voir nos cousins français.” On est arrivés à Paris, on ne connaissait personne et on s’est booké quelques concerts par nous-mêmes. »
Leur première venue remonte à avril 2024. Un passage au Sub Pigalle, une salle comble, puis les rencontres s’enchaînent jusqu’à French Parade et Marc Collin. « De fil en aiguille, on a rencontré les gens de French Parade et ils nous ont proposé d’enregistrer un album ici à Paris. On a ensuite voyagé entre Montréal et Paris pendant cette période. »
Cette découverte de la France se retrouve directement dans « Parisian Girls ». Pas de Parisienne précise derrière le morceau, mais plutôt le souvenir de trois Québécois débarquant pour la première fois dans la capitale. « On a essayé de tracer le portrait de la ville à travers les Parisiennes. Elles représentent d’une certaine façon une partie de la culture française. C’était une manière de parler des différences de mœurs, de notre surprise et de notre enthousiasme quand on est arrivés. »
Un album construit autrement
Powdery Notes marque aussi un changement dans leur façon d’enregistrer. Leur premier disque avait été pensé presque comme une photographie du groupe sur scène. « Pour le premier album, on était plus jeunes et autoproduits. Comme on avait beaucoup joué les chansons avant d’entrer en studio, on les a enregistrées presque off the floor. Les performances étaient très directes, très brutes. »
Cette fois, une grande partie des morceaux n’avait encore jamais été jouée devant un public. « Avant même d’aller en studio, quand on composait, on pensait déjà aux arrangements. L’album a été composé pour le studio avant de l’être pour la scène. Ensuite, on a fait les arrangements de concert à partir de ce qu’on avait créé. »
Synthés, orgues vintage, piano et guitares trouvent davantage de place. Le titre du disque vient lui aussi de cette période passée entre Montréal et Paris. « Powdery Notes, ça fait référence au parfum, à quelque chose qui vient notamment de maisons comme Guerlain. Ça nous ramène à la France et à nos premières venues ici. On rencontrait des gens qui portaient ces parfums et ça nous inspirait beaucoup. Et puis il y a évidemment le double sens avec les notes de musique. »
Le groupe aime aussi l’idée que ces fameuses notes poudrées soient douces et accessibles. « On fait de la musique pour tout le monde. »
« L’amour peut toujours être intéressant selon l’angle »
Derrière cette recherche sonore, un sujet revient encore et encore : l’amour. Celui qui commence, celui qui dure, celui qui disparaît ou que l’on attend toujours. « L’amour, c’est inépuisable. Peu importe où tu es dans ta vie, il va toujours y avoir un amour qui va se développer, changer, mourir ou naître. C’est une source inépuisable pour la musique. Même si on peut penser que le sujet a beaucoup été utilisé, ça peut toujours être intéressant selon l’angle avec lequel tu en parles. »
Ce sont aussi toutes les émotions qui gravitent autour qui les intéressent. « Il y a la joie qu’apporte l’amour, la mélancolie, les trahisons, le travail sur soi-même. L’amour, c’est un peu le sujet de base, mais il permet de développer toutes les autres facettes. Et puis ça parle à tout le monde. »
Les histoires racontées ne correspondent d’ailleurs pas forcément à une personne précise. « Une chanson ne parle jamais forcément d’une seule personne. Souvent, différentes rencontres, proches ou lointaines, se mélangent et deviennent un personnage. Et comme j’écris les paroles pour Billy, j’essaie aussi de me mettre dans sa peau à partir de ce qu’il me raconte. Ça se mélange ensuite avec mes propres expériences. »
La composition commence souvent entre Maxime et Gabriel autour d’un piano, avant que Billy rejoigne le morceau. « On travaille sur le squelette de la chanson : la mélodie, l’harmonie, certaines parties. Ensuite, on fait des allers-retours avec Billy : écrire des paroles, ajouter des choses, changer une mélodie, peaufiner, simplifier. Billy apporte son grain, son ton. »
Le mot qu’ils utilisent alors est joli : « apprivoiser ».« Avant d’avoir quelque chose qui se tient vraiment, on apprivoise la mélodie et la chanson. Et quand tout commence à fonctionner, là on écrit les paroles finales. »
Dix ans à trois
Après autant d’années ensemble, les automatismes se sont installés, mais pas forcément là où on les attendrait. « Les choses qui étaient faciles avant deviennent difficiles, et les choses qui étaient difficiles avant deviennent faciles. »
Le quotidien à trois peut parfois être plus compliqué. En revanche, dès qu’il est question de musique, les discussions semblent beaucoup plus simples. « Tout ce qui concerne la composition, la direction artistique, les pochettes, les affiches… Là-dessus, on est vraiment tous sur la même longueur d’onde. »
Cette confiance, Marc Collin va aussi la leur accorder pour Powdery Notes. « On lui a joué l’album en acoustique et il nous a dit : « Allez-y les gars, je vous fais confiance. » Il nous a laissé utiliser son studio pendant cinq semaines. On est partis dans notre délire. On a réalisé nous-mêmes l’album, composé et arrangé toutes les chansons. » Pas de demande pour raccourcir un morceau ou faire arriver un refrain plus tôt. « Personne n’est venu nous dire : « Je n’aime pas cette note », « je n’aime pas cette partie ». On a une grande chance d’avoir une équipe qui nous appuie là-dedans. »
Cette liberté, 2120 tient aussi à la retrouver en concert. Pas de clic, pas de séquences ni de pistes préenregistrées pour verrouiller les morceaux. « On est un groupe qui n’a pas peur du danger sur scène. On fait du rock’n’roll. C’est important qu’une chanson vive dans le moment présent. Si on est excités, peut-être qu’on va la jouer plus vite. Si on est relax et qu’on feel sexy, on va peut-être la jouer plus lentement. »
« On n’a pas peur du danger sur scène »
Billy résume la scène autrement. « Ma mission, c’est surtout de transmettre l’émotion. Si tout le groupe est dans l’instant présent, ça crée une unité, même avec le public. »
Quelques mois plus tôt, cette énergie les a conduits jusqu’au plateau de Taratata, une invitation apprise seulement quatre jours avant le tournage. Ils y croisent notamment Gaëtan Roussel, dont ils retiennent la générosité. Lorsqu’on leur demande avec quel artiste français ils aimeraient un jour partager un morceau, Papooz arrive rapidement dans la conversation. « Ce serait un bon mélange, quelque chose d’un peu soul, un peu groovy. » Puis quelqu’un lance Aznavour. Le groupe éclate de rire : pour celle-là, il faudra sans doute trouver une autre solution.
« Tu n’as plus vraiment le choix : tu es musicien »
Lorsque nous les rencontrions, Powdery Notes était encore à un peu plus de deux semaines de sa sortie. Ils avaient surtout hâte que les chansons restées jusque-là secrètes commencent enfin à circuler. « On espère que ça va leur plaire, que ça donnera envie aux gens de venir à nos concerts et de danser sur notre musique. »
Depuis, l’album est sorti. La suite passera notamment par La Boule Noire le 12 novembre, avant un retour à Montréal quelques jours plus tard. Un parcours qui semblait pourtant difficile à imaginer lorsqu’ils jouaient encore dans le sous-sol familial. « Quand on a commencé à faire de la musique, c’était tellement un rêve que ça ne nous paraissait même pas possible. Tout le monde dit toujours que c’est impossible de faire de la musique, et c’est vrai que ce n’est pas un marché facile. »
Puis les années passent, les concerts s’accumulent et la question finit par ne plus vraiment se poser. « À force de le faire, arrive un moment où tu te rends compte que tu n’as rien envie de faire d’autre. Tu n’as plus vraiment le choix : tu es musicien. »
Plus d’infos
En concert à la Boule Noire le 12 novembre 2026.
