Après une soirée d’ouverture annulée à cause du mistral, la Fiesta des Suds a finalement retrouvé son public vendredi et samedi, avec une dernière soirée à guichets fermés. Deux nuits de concerts, de découvertes et de rencontres sur l’esplanade Gisèle Halimi, à Marseille.

Une soirée annulée, un samedi à guichets fermés et deux nuits pour retrouver le plaisir de faire la fête. Pour sa 35e édition, la Fiesta des Suds a dû composer avec les caprices du mistral. Mais les 9 et 10 octobre, l’esplanade Gisèle Halimi a retrouvé son public, ses concerts et cette ambiance qui fait tout le charme du festival marseillais. Nous y étions pour découvrir les artistes, mais aussi profiter de tout ce qui se passe autour des scènes.

Le mistral s’invite à la Fiesta

L’édition 2026 avait pourtant bien mal commencé. Jeudi, les violentes rafales de mistral ont contraint les organisateurs à annuler la soirée d’ouverture, une première en 35 ans. Une immense déception pour les festivaliers qui attendaient notamment Véronique Sanson et Imany. Pour les détenteurs de billets, plusieurs solutions étaient proposées : venir le vendredi avec le même ticket, demander un remboursement ou faire don de sa place au festival.

Lorsque nous retrouvons enfin l’esplanade Gisèle Halimi vendredi, l’ambiance est encore tranquille. Les premiers festivaliers arrivent, prennent leurs repères et profitent des lieux. Rien ne laisse deviner l’affluence du lendemain. Car samedi, malgré un vent toujours présent et quelques inquiétudes après l’annulation du jeudi, la Fiesta affiche complet. Devant l’entrée, le public se presse déjà en nombre. Plus tard, les files s’allongent aux bars, devant les food trucks et jusqu’aux toilettes. Pour rejoindre une scène, il faut parfois se frayer un chemin entre les festivaliers.

Deux ambiances bien différentes, mais une même envie de profiter de cette édition raccourcie. Et il suffit de parcourir l’esplanade pour comprendre que la Fiesta ne se limite pas à sa programmation. On s’arrête devant une scène, on rejoint des amis, on croise des festivaliers déguisés ou on se laisse entraîner par une musique qui résonne un peu plus loin. Parfois, le programme que l’on avait imaginé finit par passer au second plan.

Le Club Major, au cœur des découvertes

Cette année, la scène Étoile a disparu. Le Club Major accueille désormais les artistes et les DJ dans un même espace, mais à deux emplacements distincts. Face au bar, la scène est réservée aux concerts, tandis que les platines sont installées légèrement sur le côté. Une configuration qui permet de passer d’un univers à l’autre sans quitter les lieux.

Vendredi, c’est Shahzen qui accueille les premiers festivaliers. Derrière ses platines, la DJ accompagne le début de soirée avant de revenir à plusieurs reprises, à mesure que le public se fait plus nombreux. Le lendemain, Doucesoeur prend le relais. Casque blanc sur les oreilles et sourire aux lèvres, elle assure trois passages et fait danser les festivaliers. Deux artistes qui participent pleinement à l’identité du Club Major, où les DJ ne sont pas de simples intermèdes entre les concerts. C’est aussi là que nous faisons quelques-unes de nos plus belles découvertes. Sidiaz ouvre notre parcours avec son trio rock, guitare en main et drapeau palestinien accroché au pied de micro. « On est content d’être là, ça faisait tellement longtemps ! », lance le chanteur. Le groupe interprète notamment « Mektub », un titre dont le nom évoque le destin, avant de laisser davantage de place aux instruments, entre solos et rythmes dansants.

Dans un tout autre registre, les Catalanes de Tarta Relena mêlent leurs voix aux instruments électroniques. Tantôt à l’unisson, tantôt séparées, elles sont rejointes par plusieurs choristes. Une proposition singulière qui contraste avec l’énergie de Zoon Kara, découverte le samedi. Capuche sur la tête, accompagnée de deux danseuses et d’un musicien, la chanteuse passe du chant aux parties scandées, notamment sur « Carrousel ».

Danitsa fait également partie des artistes que nous avions envie de découvrir. Venue de Suisse pour son premier concert marseillais, elle navigue entre soul, reggae et influences urbaines, entourée d’un bassiste et d’un claviériste. « On m’a dit que les Marseillais étaient chauds ! », lance-t-elle avant d’encourager le public à participer. De son côté, la Banda du rock accueille les premiers arrivants du samedi au son de ses cuivres et de ses percussions. Plus tard, nous découvrons aussi quelques minutes de Bold, avec deux DJ aux platines et un chanteur venu les rejoindre. Cette diversité fait tout l’intérêt du Club Major. On y vient parfois sans connaître le nom de l’artiste et l’on repart avec l’envie d’en écouter davantage. Nous aurions volontiers prolongé certaines découvertes, mais il faut bien faire des choix lorsque plusieurs concerts se déroulent en même temps.

Des rencontres qui font la Fiesta

Sur la Scène Mer, les artistes confirmés réservent eux aussi quelques surprises. Mélissa Laveaux, entourée de trois musiciens, nous captive autant avec sa musique qu’avec les histoires qu’elle raconte entre ses chansons. La chanteuse canadienne d’origine haïtienne évoque notamment un rêve dans lequel elle s’était transformée en baleine. À son réveil, tellement déçue que ce ne soit pas réel, elle s’était mise à pleurer. Une drôle de tristesse qui lui a inspiré une chanson.

Stephan Eicher, lui, nous reçoit presque comme dans son salon. Assis parmi ses quatre musiciens, guitare acoustique à la main, il revisite son répertoire et partage quelques souvenirs de ses années passées en Camargue et de son séjour en Bretagne. Sur « Pas d’ami (comme toi) », le public lui répond « Non, non, non ! » à pleins poumons. Puis Bertrand Belin le rejoint pour reprendre « Jolene » de Dolly Parton. Une belle rencontre entre les deux artistes, que nous apprécions d’autant plus que nous ne pourrons malheureusement pas assister au concert de Bertrand Belin.

Le samedi, la Scène Mer accueille notamment Luiza, venue donner son premier concert à Marseille. « Demain, demain » et « Soleil bleu » font chanter le public, tandis que plusieurs invités viennent partager la scène, dont les deux membres de Ladaniva. Nous retrouvons également Selah Sue & The Gallands, une formation où la soul, le jazz et le funk se croisent autour de la voix de la chanteuse belge. « C’est Marseille bébé ! », lance-t-elle, avec le fort Saint-Jean en arrière-plan.

Mais certains des meilleurs souvenirs de cette Fiesta ne viennent pas des grandes scènes. À la Bodega, le Théâtre de l’Œuvre dispose d’une carte blanche et transforme les lieux en véritable terrain de jeu. Un vestiaire rempli de vêtements et d’accessoires à paillettes permet à chacun de se déguiser. Blind tests, karaokés et reprises s’enchaînent dans une ambiance bon enfant. La troupe chante « Pookie » d’Aya Nakamura, tandis que des enfants costumés montent à leur tour sur scène pour interpréter du Britney Spears. On rit, on chante et l’on encourage ceux qui osent se lancer. Ici, personne ne semble se prendre au sérieux.

Autre moment que nous ne sommes pas près d’oublier : notre rencontre avec Cocanha. Au Club Major, le duo féminin fait vivre les chants traditionnels occitans à travers ses voix et ses percussions. Après avoir dédié son concert à la jeunesse qui se rebelle, il invite les festivaliers à danser. Des rondes se forment devant la scène. On se prend par la main, on avance, on recule, on tourne, parfois sans vraiment savoir où poser les pieds. Nous finissons nous aussi au milieu du cercle, à rire de nos maladresses avec les autres participants. Nous pensions assister à un dernier concert, nous voilà embarqués dans un bal collectif. Une façon particulièrement réjouissante de terminer notre vendredi.

Le samedi, en revanche, notre soirée s’achève un peu trop tôt. Après un passage devant Bold, nous rejoignons une dernière fois la Scène Mer pour retrouver Deluxe, quelques mois après les avoir applaudis au Printemps de Bourges. Mais notre train nous attend. Cinq minutes à peine après le début du concert, il faut quitter l’esplanade alors que la fête continue derrière nous.

Cette 35e édition restera forcément marquée par son ouverture annulée. Pourtant, les deux soirées suivantes auront rappelé ce qui nous plaît tant à la Fiesta des Suds. Bien sûr, il y a les concerts et les artistes que l’on vient applaudir. Mais il y a aussi les DJ, les découvertes, les rencontres imprévues, les enfants qui chantent à la Bodega et les inconnus avec lesquels on se retrouve à danser. Nous quittons Marseille avec quelques frustrations, beaucoup de souvenirs et surtout l’envie de revenir l’année prochaine. En espérant, cette fois, que le mistral nous laisse profiter de toutes les soirées.